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L’Améthyste (ツ)

~ 340 ~

Temps de lecture : 4 minutes

Leur fils, Noah, n’est pas avec eux.  Il voit d’ici la réunion de famille où tout le monde va se pleurer les uns sur les autres.  Il préfère à la place jeter sa peine pour Alarich dans un parkour improvisé.  Il fonce en ville et escalade tout ce qu’il peut croiser ; se concentrer ainsi lui permet de s’occuper l’esprit pour l’empêcher de repenser aux malheurs qui frappent les siens et surtout à l’indifférence de son meilleur ami dont le téléphone est éteint depuis le début de la journée.  Un vrai binôme aurait eu besoin de lui après le décès de son cadet et Noah se dépite de leur amitié ridicule qui n’en est finalement peut-être pas une.

Et dire qu’à une époque ils étaient plus unis que les doigts d’une seule main…  Lorsque Noah s’en souvient, il doit toujours serrer les dents pour se retenir de pleurer, tant son cœur se fissure.  Ça fait si mal d’être relégué au rang de second…

Le Drifterz prend finalement une pause dans son parkour et il décide d’envoyer un message à une vieille amie qui aurait pu devenir un amour ; si le destin n’en avait pas décidé autrement…

« Salut, je sais que tu n’aimes pas que je te contacte, mais je vis un deuil et je sais pas à qui en parler, alors du coup je reste comme un con sur la jetée Est de Santa Monica. »

« J’arrive. »

Noah croit rêver.  Elle n’a mis que dix secondes pour lui répondre, alors qu’elle ne lui écrivait plus du tout.  Soudainement vexé, il ne lui renvoie rien d’autre.

Perrine le rejoint quinze minutes plus tard et s’assoit tranquillement à ses côtés, en silence.

Noah ne bouge pas d’un millimètre, surpris qu’elle n’ait pas menti et soit venue.

— Il ne fallait pas te sentir obligée, grommelle-t-il, boudeur.  Je n’allais pas me jeter dans le lac non plus.  J’ai écrit la première dinguerie qui me passait par la tête…

— Je ne me suis pas sentie obligée.

– Ah…

— J’aimerais être surprise du fait que le grand Joakim ne soit pas là pour traverser ce que tu vis, à tes côtés, mais malheureusement ce n’est pas le cas.  Les semaines défilent, et rien ne change…  Il te laisse toujours tomber.

— C’est son frère, Alarich, qui nous a quittés, et sa sœur est hospitalisée, alors ça devrait être à moi d’être là pour lui, mais tu vois, il a laissé son téléphone éteint toute la journée. Parce que tu te doutes que Miguel ou Kristofer sont de meilleurs amis pour lui.  Ce qui montre que tu te trompes sur toute la ligne, car si, les semaines défilent et tout change, absolument tout…

— Pas cette dévotion infinie que tu offres aux ingrats, par contre.

Perrine répondit plutôt froidement et cela surprit Noah.  « Elle s’est durcie avec les semaines, ou quoi… » craint-il.

– Tu es dure.  C’est comme ça que tu parles à un vieux pote que tu revois ?  en étant aussi méchante ?

Il essaie de faire de l’humour.  Il n’aime pas la voir ainsi.  Il ne veut pas la voir changer.  Pas elle…

– Idiot.

– Sans âme !

Victoire.  Perrine esquisse désormais un sourire amusé, avant de reprendre sur un ton plus léger :

— Et sinon, toi et ton crew, vous êtes prêts pour le championnat ? On a fait le pari en interne d’être mieux classés que vous, je tenais à te le dire. Alors donnez tout ce que vous avez, car on veut du challenge !!

— Elle est mignonne quand elle s’imagine un instant que son crew peut nous battre.

— Réaliste, mon cher !  Chez les Drifterz, il n’y a que deux têtes qui imposent vraiment le respect : Noah Beckers et Alex Taylor.  Tout le reste, c’est de la nioniotte !

— Ça se voit que tu n’as pas vu les progrès d’Aidan, toi !

– Tu es toujours trop gentil avec tes amis. Mais parole d’adversaire, seuls toi et Alex valez vraiment quelque chose et en fait, pour être honnête, je devrais plutôt dire, seul toi, es réellement bon, mais je n’ai pas non plus envie de te faire exploser les chevilles à quelques jours du championnat…

— Tu es tellement mignonne avec moi ce soir, que je te propose de mettre la pâtée en parkour, maintenant ! Marché conclu !?

— Marché conclu, dans dix minutes, tu vas ramper en me suppliant de te laisser faire une pause. Par contre pas de sauts inter-immeubles, s’il te plait. À chaque fois que tu en fais, mon cœur s’arrête et j’ai pas envie de mourir ce soir…

— Ohhhhh, comme elle s’inquiète pour moi !!!

— … Je te déteste, pouffe Perrine, à la fois amusée mais surtout le cœur battant à tout rompre.

Les semaines ont défilé, mais elle l’aime toujours autant ; malheureusement.

~ 341 ~

Temps de lecture : 2 minutes

 

*

 

=== 8 juin, 21 h 00 ===

Pendant ce temps, Jonathan envoie un énième message sur le répondeur de son amie mal en point.  Dès qu’il l’appelle, il espère qu’elle puisse lui répondre, au cas où elle irait mieux et aurait quitté les soins intensifs.  Il commence à en avoir assez de sa boite vocale.

« Ça m’énerve de pas savoir !  Même si je te sais vaillante, alors je sais que tu iras mieux.  Je t’envoie toute ma force !  Écris-moi ou appelle-moi, dès que tu le peux !! »

— Tu laisses encore un message sur le répondeur de ta petite chérie ?

Matthew adore taquiner son frère cadet sur ses sentiments inavoués.

— On sait rien du tout et c’est vraiment le pire.  J’aimerais tellement savoir comment son état évolue…

— Ça fait pas 24 h qu’elle est hospitalisée, alors essaie d’être patient.  Si tu veux, on essaiera d’aller la voir, demain.

— C’était prévu.

— Eh eh, ne t’en fais pas, une chérie ça se bichonne !

— Arrête avec ça !

— La moumoute que tu as sur la tête et qui te fait une bouille de bambin, on en parle ?

— Toutes les filles m’ont dit que ça m’allait très bien !

— Toutes, sauf une… !

— Parce qu’elle est lesbienne !

— Comme tous les ados en recherche de personnalité !

— Je crois pas, perso.  Elle a vraiment l’air bien avec Riley.

— Elle est bisexuelle alors.

— Mais non, n’importe quoi !

— Crois ton grand frère chéri et lâche pas l’affaire avec elle !

~ 342 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

=== 8 juin, 22 h 30 ===

Cette première journée de colocation pour les deux ex-amants s’achève dans la bonne humeur.  Ils ont adoré passer la journée ensemble.

Après un repas très copieux, les deux hommes terminent leur soirée avec une partie de billard, tout en sirotant des digestifs très alcoolisés qui doivent les faire digérer les délicieuses pâtes à la carbonara du propriétaire des lieux !  Shane est en effet un excellent cuisinier qui adore se mettre aux fourneaux pour régaler ses amis.  « L’homme parfait ! » lui susurre souvent Kristofer.

Alors que cette soirée s’annonçait magique pour le millionnaire devenu colocataire de son ex, un indésirable vient soudain ruiner tous ses espoirs en sonnant à la porte pour proposer à Shane une « sortie à deux ».  Pour réponse, celui-ci accepte immédiatement l’invitation en posant sa quille de billard.  Il fonce ensuite vers l’imposteur oh combien sexy…

Kristofer le trouve en effet magnifique, tout en le détestant déjà pour ce qu’il espère faire ce soir.  Il balbutie aussitôt en direction de son ex :

— Tu… Tu vas où ?

— Je sors avec Darren.  Tu sais où sont les clefs, coloc !  J’ai pris mon double, donc ne te sens pas obligé de rester au loft, si tu veux aller faire la bringue aussi, ne te gênes pas !  On se voit demain !

Sur ce, Shane disparaît de chez lui, sur les talons du type que Kristofer ne connaissait pas avant ce soir.  Il le maudit déjà en se demandant quel statut peut bien avoir ce type pour l’homme de sa vie.  Il déteste l’air hautain qu’il a osé lui afficher car il a lu en lui un « tu as perdu Varels, Shane est à moi ».

Parano, peut-être, mais le cœur du millionnaire tambourine dans sa poitrine.  Ses yeux s’humidifient tandis qu’il reste seul et con, planté en plein milieu du salon du loft.

Il souffre d’imaginer son amour dans les bras ou le lit d’un autre et rêve de se rouler en boule dans son lit pour pleurer jusqu’à l’aube…  Cette douleur qu’il ressent n’est en rien comparable à celle subie lorsqu’il imaginait Trisha dans les bras de Joakim car celle-ci est terrible.  Elle lui brule les entrailles et lui donne envie de hurler, de sauter par la fenêtre, de… de… de devenir fou !

 

*

 

Le cœur léger, Perrine rentre chez elle après le parkour avec Noah et, dès qu’elle arrive devant son immeuble, son ami blond lui envoie un sms amical pour lui proposer qu’ils se revoient le lendemain, en ville.  Le cœur de Perrine se serre aussitôt, avec douleur.  Sans attendre, elle lui renvoie un refus, la soirée qu’ils viennent de passer restera exceptionnelle.  Ils ne reprendront pas leur ancienne relation là où ils l’ont laissée, pour toujours les mêmes raisons.  Elle s’excuse de vouloir se préserver, mais son interlocuteur doit la comprendre.  Elle lui apprend aussi qu’elle ne veut plus de message de sa part.

Noah se désespère de sa demande et les larmes lui montent aux yeux.

Il y a cru.  Pendant un instant, il y a cru…

 

*

 

Quelques heures plus tard, en plein milieu de la nuit, Raphaël sursaute et réalise que son téléphone ne lui affiche ni appel en absence ni réception de nouveaux SMS.  Ce fait l’angoisse terriblement car il s’imagine déjà le pire.  Sans attendre, il se dépêche d’appeler son fils et celui-ci lui répond rapidement, pour lui annoncer qu’il passe la nuit sur place, sur ses recherches.

Raphaël n’en revient pas d’apprendre qu’il est encore dans sa salle de diagnostics à dévorer le programme de médecine et qu’en plus, il semble terriblement heureux.  Sa voix est claire, posée, tranquille et calme.  Adieu l’habituelle froideur et la constante mauvaise humeur, Raphaël redécouvre son gosse et a l’impression de ne jamais l’avoir senti aussi sympathique à l’autre bout d’une conversation.  Il a l’air enjoué, aux anges, comme s’il avait oublié les drames qui les frappent.

Joakim renaît.  Comme un petit-enfant qui gribouille une aquarelle en cours de dessin, le jeune homme est en pleine extase.  Au septième ciel.  Il raccroche d’ailleurs sa conversation, peu après, en disant amicalement à son père qu’il avait encore à lire et qu’il lui faisait perdre du temps !

Raphaël en tombe des nues, tout en laissant échapper un sourire radieux, les yeux humides de voir son gamin aussi serein.  Il n’en revient pas que celui n’ait besoin que d’une bibliothèque de livres de médecine pour avoir des étoiles dans les yeux.

Le père de famille se couche peu après, réconforté dans son malheur par le fait de voir son fils changer positivement.  Ravi, il prévoit de lui apporter des vêtements de rechange dès le lendemain, au cas où son petit prodige voudrait rester plus longtemps sur place…  

Minayaverse

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