
Leur fils, Noah, n’est pas avec eux. Il voit d’ici la réunion de famille où tout le monde va se pleurer les uns sur les autres. Il préfère à la place jeter sa peine pour Alarich dans un parkour improvisé. Il fonce en ville et escalade tout ce qu’il peut croiser ; se concentrer ainsi lui permet de s’occuper l’esprit pour l’empêcher de repenser aux malheurs qui frappent les siens et surtout à l’indifférence de son meilleur ami dont le téléphone est éteint depuis le début de la journée. Un vrai binôme aurait eu besoin de lui après le décès de son cadet et Noah se dépite de leur amitié ridicule qui n’en est finalement peut-être pas une.
Et dire qu’à une époque ils étaient plus unis que les doigts d’une seule main… Lorsque Noah s’en souvient, il doit toujours serrer les dents pour se retenir de pleurer, tant son cœur se fissure. Ça fait si mal d’être relégué au rang de second…

Le Drifterz prend finalement une pause dans son parkour et il décide d’envoyer un message à une vieille amie qui aurait pu devenir un amour ; si le destin n’en avait pas décidé autrement…
« Salut, je sais que tu n’aimes pas que je te contacte, mais je vis un deuil et je sais pas à qui en parler, alors du coup je reste comme un con sur la jetée Est de Santa Monica. »
« J’arrive. »

Noah croit rêver. Elle n’a mis que dix secondes pour lui répondre, alors qu’elle ne lui écrivait plus du tout. Soudainement vexé, il ne lui renvoie rien d’autre.

Perrine le rejoint quinze minutes plus tard et s’assoit tranquillement à ses côtés, en silence.

Noah ne bouge pas d’un millimètre, surpris qu’elle n’ait pas menti et soit venue.

— Il ne fallait pas te sentir obligée, grommelle-t-il, boudeur. Je n’allais pas me jeter dans le lac non plus. J’ai écrit la première dinguerie qui me passait par la tête…
— Je ne me suis pas sentie obligée.
– Ah…

— J’aimerais être surprise du fait que le grand Joakim ne soit pas là pour traverser ce que tu vis, à tes côtés, mais malheureusement ce n’est pas le cas. Les semaines défilent, et rien ne change… Il te laisse toujours tomber.

— C’est son frère, Alarich, qui nous a quittés, et sa sœur est hospitalisée, alors ça devrait être à moi d’être là pour lui, mais tu vois, il a laissé son téléphone éteint toute la journée. Parce que tu te doutes que Miguel ou Kristofer sont de meilleurs amis pour lui. Ce qui montre que tu te trompes sur toute la ligne, car si, les semaines défilent et tout change, absolument tout…
— Pas cette dévotion infinie que tu offres aux ingrats, par contre.
Perrine répondit plutôt froidement et cela surprit Noah. « Elle s’est durcie avec les semaines, ou quoi… » craint-il.
– Tu es dure. C’est comme ça que tu parles à un vieux pote que tu revois ? en étant aussi méchante ?
Il essaie de faire de l’humour. Il n’aime pas la voir ainsi. Il ne veut pas la voir changer. Pas elle…
– Idiot.
– Sans âme !
Victoire. Perrine esquisse désormais un sourire amusé, avant de reprendre sur un ton plus léger :
— Et sinon, toi et ton crew, vous êtes prêts pour le championnat ? On a fait le pari en interne d’être mieux classés que vous, je tenais à te le dire. Alors donnez tout ce que vous avez, car on veut du challenge !!
— Elle est mignonne quand elle s’imagine un instant que son crew peut nous battre.
— Réaliste, mon cher ! Chez les Drifterz, il n’y a que deux têtes qui imposent vraiment le respect : Noah Beckers et Alex Taylor. Tout le reste, c’est de la nioniotte !

— Ça se voit que tu n’as pas vu les progrès d’Aidan, toi !
– Tu es toujours trop gentil avec tes amis. Mais parole d’adversaire, seuls toi et Alex valez vraiment quelque chose et en fait, pour être honnête, je devrais plutôt dire, seul toi, es réellement bon, mais je n’ai pas non plus envie de te faire exploser les chevilles à quelques jours du championnat…
— Tu es tellement mignonne avec moi ce soir, que je te propose de mettre la pâtée en parkour, maintenant ! Marché conclu !?
— Marché conclu, dans dix minutes, tu vas ramper en me suppliant de te laisser faire une pause. Par contre pas de sauts inter-immeubles, s’il te plait. À chaque fois que tu en fais, mon cœur s’arrête et j’ai pas envie de mourir ce soir…
— Ohhhhh, comme elle s’inquiète pour moi !!!
— … Je te déteste, pouffe Perrine, à la fois amusée mais surtout le cœur battant à tout rompre.
Les semaines ont défilé, mais elle l’aime toujours autant ; malheureusement.










