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=== 8 juin, 15 h 30 ===

Tel un pantin désarticulé, Joakim est resté bêtement planté devant sa sœur inconsciente jusqu’à ce que l’un de ses médecins vienne apprendre à sa famille que le diagnostic de sa cadette n’est toujours pas établi. Ils ne comprennent pas ce qui arrive à cette adolescente.
Joakim se sent soudain aspiré dans une sorte de réalité parallèle.

C’est impossible. Rien de tout cela ne peut être vrai. Après le décès soudain de son jeune frère – dont le cœur a lâché brutalement et ce bien qu’il soit encore sous traitement –, voilà que sa petite sœur se met soudain à crever d’on ne sait quoi et sans explications. Elle crache du sang, s’affaiblit à vue d’œil et semble avoir de nombreux organes internes qui se mettent à dérailler les uns après les autres. Incompréhensible. Les meilleurs diagnosticiens sont pourtant sur le coup.

— Laissez-moi vous aider, lâche subitement Joakim, sans le réaliser et tout en observant encore le corps frêle de sa sœur allongé dans son lit.
Il ne la laissera pas le quitter, elle aussi. C’est impossible. Ces plaisanteries doivent cesser !

— Excusez-moi ? C’est à moi que vous parlez ? renvoie aussitôt le médecin dans sa direction et avec beaucoup de politesse, sous son air plutôt sceptique,
— Vous… Vous ne savez pas ce qu’elle a, n’est-ce pas… Laissez-moi vous aider.
Un rictus d’amusement étire le visage du médecin. Son jeune interlocuteur le touche, dans son désir de les aider à sauver sa sœur. Il le trouve adorable et lui sourit donc en retour : « Je vous promets que nos meilleurs sont sur le coup. Je vous jure que nous tentons le tout pour le tout. »
— Mais cela ne suffit pas, regardez-la. Laissez-moi vous aider, je… Je me suis souvent intéressé à la médecine, et je…
Joakim s’interrompt en se constatant soudain stupide et abruti. La honte et l’abattement le gagnent alors qu’il réalise que, quoiqu’il puisse penser de lui-même et de ses capacités, peu en ce monde en ont conscience. Une vague de lassitude le submerge et il baisse finalement les yeux, baissant les armes dans une abdication totale.

Raphael intervient à ce moment-là en direction du médecin :
— Mon fils est un génie et la médecine est son domaine de prédilection, alors s’il vous demande de le laisser aider vos diagnosticiens, croyez-le. Qu’avons-nous à perdre, de toute manière ? Faites-lui confiance, il pourrait vous surprendre.

Tous se figent pendant la réplique du père de famille. Éva découvre l’intelligence de son fils et le médecin d’Erika essaie d’analyser cette mauvaise plaisanterie tandis que Joakim… ne sait tout simplement plus où se mettre devant l’extrapolation flagrante de son père vis-à-vis de ses compétences. Ce fou est-il tombé sur la tête lorsqu’il ment ainsi devant un homme diplômé en médecine ?!
Le médecin reprend la parole en se souvenant que la mère de sa patiente est Eva Lee, la chanteuse de renom. Il soupire donc en direction de Joakim, le soi-disant génie de la médecine :
— Très bien, nous n’avons en effet rien à perdre, alors si tu veux bien me suivre ? Je ne peux pas te promettre que la direction te laissera longtemps avec l’équipe, mais si tu veux voir de toi-même que nous mettons tout en œuvre pour sauver ta sœur, je t’emmène en salle de diagnostics. Et j’espère que tout ceci n’est pas un canular, parce que sinon, une réputation ici pourrait en être entachée.
Le médecin dirige son regard en direction d’Éva alors qu’il termine sa phrase dans un toussotement croisé raclement de gorge ironique, tout en sortant de la chambre d’Erika avec Joakim sur ses talons.





















