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L’Améthyste (ツ)

~ 328 ~

Temps de lecture : 3 minutes

 

*

 

=== 8 juin, 7 h 30 du matin… ===

Les cris de sa fille alertent Raphael pour le faire s’envoler au premier étage.  La dernière fois qu’il avait couru aussi vite, c’est lorsqu’on l’a appelé en urgence, alors qu’il travaillait encore, pour lui annoncer que son épouse allait accoucher de ses jumeaux.  Ce jour-là a été le troisième plus beau jour de la vie de ce père comblé et aimant.  Le premier ayant été celui de son mariage et le deuxième, celui de la naissance de son fils aîné…

Son cœur vole en éclats dès qu’il découvre son cadet inerte, devant sa fille.

Un doux sourire étire le visage de l’incarnation de la bonté humaine.  Raphael se précipite près de lui et songe à un simple malaise.  Il refuse d’imaginer le pire et se dépêche d’appeler les pompiers.

Derrière lui et alors qu’il prend son fils inconscient dans ses bras pour le remuer légèrement en l’appelant par son prénom, sa fille ne s’arrête plus de pleurer en bafouillant maladroitement sa détresse ainsi que son impuissance.

Joakim entre dans la pièce à son tour.  Il a pris son temps pour monter les escaliers, car ses jambes et son esprit lui ont fait défaut.  Comme si son être tout entier ne voulait pas constater la scène qui se déroule au premier étage de la maison. Désormais derrière sa sœur, il reste figé tel un poteau sans vie, l’air bête, complètement ahuri, voire débile.  Tellement impuissant.  Inutile.

Il ne réalise pas réellement ce qui est en train de se produire sous ses yeux et reste immobile, stoïque, l’air perdu.

Sa sœur tombe au sol et déverse crashing avec abondance ce qu’on appelle le « liquide lacrymal ».  Les neurotypiques en laissent souvent couler, clamant ainsi au monde leur humanité et leur manière d’être affectés par les événements, mais lui ne sait pas faire.  Il aimerait, pourtant, mais son cœur demeure plus vide et glacé que jamais, violemment enseveli dans un gouffre sans fond où sont en train de s’unir l’ensemble de ses craintes et angoisses.  Toutes unies pour l’anéantir !  Une spirale sans fin s’ouvre sous les pieds du jeune homme qui en a désormais la gorge qui le brûle à tel point qu’il peine à respirer.  Et ce, malgré qu’il ne laisse toujours pas échapper le moindre sanglot et que son corps n’ait bougé d’un seul millimètre.

Désemparée et complètement paniquée, Erika balbutie en pleurant, en direction de son père :

– Il ..  Il ne se relèvera pas, n’est-ce pas… C’est fini, hein ? Dis-le… Il..  Il nous a abandonnés. Il…

Le car des Watcha Say klaxonne soudain devant leur domicile et elle en profite pour se relever d’un bond et courir s’y engouffrer, sans se retourner ni prononcer un mot de plus.  Elle doit fuir l’horreur, vite.

Une part d’elle meurt aujourd’hui avec son jumeau…

~ 329 ~

Temps de lecture : 3 minutes

 

=== 8 juin, 8 h 30 ===

 

L’heure du décès est annoncée aux parents qui priaient désespérément en salle d’attente, attendant qu’une équipe de chirurgiens tente de sauver leur enfant.

Eva est la première à s’effondrer et les bras de son époux la réceptionnent pour qu’elle y enfouisse sa tête.  Elle tremble comme une feuille et n’en revient pas.

Le couple va pleurer ainsi, l’un sur l’autre, pendant plusieurs d’interminables minutes.  Ils essaieront de réaliser l’ampleur de la tragédie…

Naturellement et comme toujours lorsqu’ils doivent affronter un drame, ils se tournent l’un vers l’autre car malgré tout ce qu’ils ont pu vivre récemment, être ensemble les rend toujours plus forts dans l’épreuve.  Cela n’a jamais changé avec les années.

Plus qu’un couple, les époux Bauer ont su montrer au monde, à leur entourage, que les âmes sœurs existent.  L’un sans l’autre, ces deux-là ne sont rien mais ensemble ils peuvent tout affronter et vaincre !  Pourtant, aujourd’hui, ce nouveau drame leur semble insurmontable…

Cela ne peut être la réalité.  Ils ne l’acceptent pas.  Ils ne peuvent pas perdre leur deuxième fils.  une part d’eux se fissure et leurs cœurs volent en éclats.

En parallèle, Erika passe sur scène pour sa danse en solitaire.  Sa grâce et son talent émerveillent, tandis que son sourire illumine la salle.  Qui aurait pu croire qu’elle vivait aujourd’hui l’un des jours les plus sombres de son existence ?  Elle ne laisse rien paraître et même dans le bus pour se rendre à la compétition, elle n’a semé aucun indice.    Son masque de fer se renforçant avec les minutes. Morte de l’intérieur, elle prévoit de ne faire que danser aujourd’hui, tout en souffrant sur les vers de la chanson qu’elle illustre car ils lui rappellent la réalité et l’importance de la perte d’aujourd’hui…

…Every time I try to fly, I fall…  Without my wings, I feel so small…

=== 8 juin, 9 h 30 ===

Ses parents pleurent encore à l’hôpital lorsqu’elle présente sa danse de couple avec Jonathan.  Aucun membre de sa famille ne sera là pour la regarder aujourd’hui mais cela ne les empêchera pas de danser sur sa propre interprétation d’Apologize.  Les planches de la compétition se souviendront longtemps de ce numéro à la sensualité exquise. Des adolescents magnifiques…  Plus que des enfants, de véritables adultes. Sublimes et talentueux. Nombreux sont les spectateurs qui les imaginent en couple, dans la vie de tous les jours…    Nombreuses sont celles qui se damneraient bien pour se lover dans les bras du beau Jonathan, sublimé au fil des semaines grâce à des cheveux qui ont poussé un peu trop !  Sa flemme de les couper a doublé son sex-appeal et beaucoup d’amies le lui ont avoué.  Toutes, sauf sa compagne qui a préféré le quitter car son succès auprès de la gent féminine l’énervait trop.  Jonathan a laissé couler…  Les Nationales approchant, il n’allait pas se laisser perturber par des crises de jalousie immatures.

=== 8 juin, 9 h 45 ===

Deux chorégraphes d’affilée n’épuisent en rien Erika qui passe ensuite à trois avec deux autres Watcha Say.  En apparence radieuse et épanouie, elle illumine la scène de la compétition annuelle avec ses amies et cette nouvelle danse exquise émerveille encore une fois les juges.  Dès la fin du numéro, ils applaudissent, ne soulignent aucune faute et leurs francs sourires trahissent leur joie d’en avoir pris plein les yeux ! 

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Temps de lecture : 3 minutes

 

=== 8 juin, 11 h 30  ===

 

Cette matinée n’en finit pas.  La fatigue gagne peu à peu Erika qui se laisse tomber sur l’un des canapés des coulisses, tandis que le reste de ses amies danseuses continue de s’extasier sur leurs prestations respectives, attendant patiemment les résultats finaux.

En temps normal, Erika aurait été près de ses acolytes Watcha Say pour vanter elle aussi sa prestation, mais aujourd’hui ?  Plus rien ne l’importe et son masque commence à se fissurer lentement.  La réalité la rattrape.

Désormais, qui la comprendrait aussi bien que son frère jumeau.  Qui ? Son aîné, Joakim ?  Non.  Aussi attachée qu’elle puisse être au concerné, il ne remplacera jamais celui qui l’a quittée.  Alarich, c’est Alarich.  Un être irremplaçable dont l’absence restera insupportable.  Erika ne peut s’imaginer une existence sans lui à ses côtés.  La vie sera fade et sans intérêt, sans sa présence.  Il lui manquera toujours quelque chose.  Ses yeux s’humidifient de nouveau tandis qu’un brouhaha incroyable commence à s’échapper de la foule restée devant les planches et les juges.  Les notes ont été révélées et Erika peut déjà entendre des cris et hurlements insupportables.  Elle les déteste tous…  Ces chiens clament leur bonheur, quand elle n’a envie que d’une seule chose : mourir !

— Erika, Erika, debout !

— Hein ?  Quoi ? marmonne-t-elle en s’extirpant péniblement de sa léthargie dépressive,

— Tu dors, ou quoi ?!  Tu n’as rien entendu ?!

— De… De quoi ?

Molly rit de son air ahuri et stupide, avant de l’attraper vivement par le bras pour la tirer en avant.  Cette idiote qui dort debout n’a pas réalisé sa consécration…

1re place  Solo,  Erika Bauer, des Watcha Say

1re place  Duo,  Erika Bauer & Jonathan Bell, des Watcha Say

1ᵉʳ place Trio, Erika Bauer & Molly Gray & Kaylah Moore, des Watchay Say

Erika réalise à peine ce qui se passe alors qu’une pluie d’applaudissements débute.  Ses jambes flageolent, elle titube et s’agrippe un peu plus fort à son amie Molly, qui, surprise et choquée par la coulée de sang qui lui dégouline soudain du nez, la retient en l’appelant avec angoisse : « Erika ?! Erika ?! »

« Merde, au secours !  Quelqu’unnnnnnnnnn !!!!  » hurle la blondinette, terrifiée de voir sa comparse perdre connaissance.

Minayaverse

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