Catégorie

L’Améthyste (ツ)

~ 316 ~

Temps de lecture : 6 minutes

 

*

 

C’était il y a quelques heures.  Raphaël a reçu ses amis pour qu’ensemble, ils aménagent son garage en salle de musique improvisée.

L’ancien groupe avait hâte de rejouer ensemble pour se remettre dans le bain musical qu’ils avaient tous un peu quitté, excepté Tobias, le seul qui a fait de leur passion commune son métier.

Les heures avaient défilé dans une incroyable bonne humeur et Raphaël avait commencé à croire que leur rêve de retour sur la scène était possible.

Il en avait déjà parlé devant son staff et celui-ci a applaudi l’idée car même si les TroubleMaker ont eu une carrière écourtée alors qu’ils commençaient justement à percer sur le continent, beaucoup de fans se souviennent encore d’eux.  Universal Music n’est pas du tout contre l’idée de relancer ce groupe.

Le point noir de la journée, pour Raphaël, n’a été que l’arrivée de Paula Keller dans son salon.  Elle cherchait son épouse et il lui a vite annoncé que celle-ci était chez sa mère.  Cependant, au lieu de courir retrouver sa femme dans la maison d’à côté, elle a préféré faire une escale dans son garage, attirée soudainement par des sons de batterie, de guitares, et les notes de la chanson « TroubleMaker ».  La scène l’a transportée vingt ans en arrière.

Prise de nostalgie et tellement heureuse de revoir ce groupe jouer de ses instruments devant elle, elle s’est incrustée auprès des musiciens pendant presque toute leur répétition.

Aux anges, émue de retrouver Terry qui n’avait pas changé.  Sur ses traits, on lisait son habituelle sagesse, ainsi que son côté astucieux, malin, voire manipulateur.  C’est ce qui faisait son charme, bien qu’il n’ait jamais vraiment plu à Paula, qui n’a toujours vu exister que Wilfrid Mulher.

Son brun sexy et impétueux, le rebelle croisé clown des ex-Troublemakers.  Son ex qui a lui aussi refait sa vie, avec une nana rencontrée on ne sait où, avant de fuir en Nouvelle-Calédonie avec elle.

Paula se remémorait tout cela en l’admirant gratter sur sa guitare avec le talent qui lui est propre.  Charmée, elle le déshabillait en pensées, des idées perverses plein la tête, frustrée de réaliser que près de vingt ans plus tard, il lui faisait toujours le même effet, voire plus encore.  Elle s’en mordait la lèvre inférieure de désir.

« Fantasmer n’est pas tromper », se répétait-elle à elle-même, nullement honteuse de se délecter d’un si bel homme.

« Admirer n’est pas trahir. »

Sauf quand l’attirance est réciproque car Wilfrid n’avait pas de pensées plus pures que les siennes, loin de là.  Il trouvait en effet qu’elle s’était sublimée avec les années.  Ses formes semblaient toujours aussi généreuses qu’à l’époque et son minois de femme fatale le subjuguait encore.  Il la trouvait magnifique et se perdait dans ses magnifiques yeux verts.  Sans parler de sa bouche espiègle qu’il rêvait de capturer, de dévorer…

Discrètement et sans attirer l’attention de ses amis, il lui jetait parfois quelques regards discrets et assez coquins.  Un clin d’œil par-ci, un sourire en coin par-là.  Et lorsqu’ils réussirent enfin à se retrouver seuls dans le garage parce que les autres TroubleMakers filaient en direction du salon pour boire quelques bières fraîches, le pire se produisait, sans que ni l’un ni l’autre n’ait besoin de prononcer le moindre mot.

D’un seul mouvement et comme si elle ne pesait rien pour lui, il l’attrapait soudain et la soulevait du sol.  Consentante, elle n’attendait pas un instant pour lui rendre ses baisers passionnés.

Il s’ensuivait de longues embrassades langoureuses.  La température montait à vive allure entre les deux ex-amants. Les jambes de sa partenaire entortillées autour de sa taille lui donnaient l’envie pressante de la prendre immédiatement ; ils en avaient déjà la position et il était à deux doigts de se lancer…  Quand subitement, les autres Troublemakers réapparaissaient dans le garage pour les arrêter dans leur élan.

L’idiot immature aux yeux de ses amis se faisait immédiatement fusiller du regard, tandis que Paula prenait congé aussitôt après, le visage écarlate de honte et déglutissant sa gêne.  De son côté, Wilfrid se contentait de rester fidèle à lui-même en se grattant bêtement la tête, l’air idiot, comme un enfant pris en flagrant délit en tentant de piquer dans le pot de Nutella.

— Me regardez pas comme ça !  On a rien fait, c’est bon !

– Remonte ta braguette, soufflait froidement Terry sans un sourire, l’air sévère.

— Oh ! Whowhowho, je te permets pas de mater par là-bas, toi !  Vicelard !! grondait Wilfrid d’un air faussement sévère en refermant son pantalon.  Bon, on rejoue un peu encore ?!  À moins que vous ayez des choses à faire maintenant !

— Tu es marié, Wilfrid, tu as une femme et des enfants extraordinaires qui t’attendent.  Comment as-tu pu leur faire ça ?

Les paroles de Raphaël dégageaient une évidente détresse et il ne décolérait pas depuis l’instant où il avait surpris l’un de ses meilleurs amis trahir la femme à qui il avait juré fidélité éternelle devant l’autel.  « Dis-moi juste, Wilfrid, comment est-ce qu’on peut… »

— D’une, on a strictement rien fait.  se justifiait aussitôt le guitariste troublemaker.  De deux, on est adultes et matures.  De trois, tout ça n’engage à rien.  De quatre, cela ne se reproduira pas, je vous le jure.  De cinq, je m’excuse, vous inquiétez pas, j’ai honte, mais Paula est devenue une bombe, j’ai cru devenir fou !  De six, arrêtez de me regarder comme ça, je ne suis qu’un homme !!!!  De sept, je suis fidèle à ma femme, vous le savez !!! Et tout ça ne sortira jamais de ces murs, hein ?!  J’ai confiance en vous !  De huit, on s’est juste embrassés, hein, c’est mal, mais c’est rien, ce n’est pas un accroc dans le contrat, de… !! Arrrrrrrgh, je suis un homme fidèle !  Et ça changera JAMAIS !  RAAAAH, de neuf, je suis une merde qui n’a aucune volonté,  Oh god, je suis encore un gosse attardé, qu’est-ce que j’ai fait et qu’est-ce que j’allais faire ! ???  De dix, pitiéééééé les mecs, ne me laissez plus jamais seul dans une pièce avec Paula ou je vais flinguer mon mariage !!! Je suis trop con et immature pour pouvoir rester sans surveillance !!!

— Le fait que tu sois capable de prononcer le point dix prouve que tu n’es pas une merde, sourit Terry en lui passant un bras autour des épaules.  On a confiance en toi, tu sauras te reprendre et ne plus faire de folies, surtout que, désolé de te le dire, mais elle est pas très belle, Paula…

— C’est ce que j’allais dire, intervient Tobias : je la trouve vraiment pas exceptionnelle.

— Ouais nan, mais vous, si on ne s’appelle pas Jane, Ellie ou encore Eva, on est laides, alors bon !  défend farouchement Wilfrid, vexé qu’on puisse critiquer ses goûts en matière de femmes.

Le visage de Raphaël se refermait et se crispait alors qu’il entendait le prénom de son épouse, car il mourrait d’envie de leur clamer que sa femme adorée à lui les surpassait toutes.  À une époque, il l’aurait sûrement fait, des étoiles plein les yeux et une fierté incommensurable dans le regard, mais aujourd’hui…

~ 317 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Alors que sa compagne traine dans la salle de bain, Joakim descend marcher sur la plage devant chez lui.  Il souhaite aussi passer un appel en toute discrétion.

Le seul moyen d’arrêter un assassin en mission restant de le tuer avant qu’il n’ait pu abattre sa cible, il n’a pas le choix.  Il n’y a pas de retour en arrière avec ces gens-là.  Joakim sait que sa compagne sera en danger tant que cette menace ne sera pas éliminée.

Il prend donc contact avec l’un des meilleurs tueurs de Californie — un réel psychopathe qui, selon la rumeur, dévore ses victimes après leur avoir tranché la gorge — pour l’envoyer sur la piste de celui qu’il veut voir disparaître.  Le travail doit être effectué en urgence, avant l’aube.  Joakim offre 200 000 dollars pour la mission.  Dès que sa cible sera abattue, son tueur devra lui envoyer une photo de la victime abattue, pour recevoir son argent.

Son appel terminé, il raccroche et s’assoit sur le sable pour admirer l’océan et réfléchir.  Il ne se sent pas tranquille et une sorte de lassitude couplée à un sentiment de dégoût vient se mêler à son humeur en dents de scie.

Malgré le fait qu’il ait la certitude que le meurtrier qui cherchait à tuer sa rousse sera abattu dans la nuit, il n’a toujours pas les réponses qu’il recherchait.

Pourquoi ?  Qui… ?

La probabilité assez évidente que l’un de ses plus proches amis puisse se cacher sous ces questions lui noue l’estomac.

Il ne peut pas y croire.  Kristofer n’oserait pas…

Tout d’abord, par respect pour lui, mais également par crainte d’éventuelles conséquences.  Joakim tente de s’en convaincre en admirant les vagues qui dansent devant lui.  Kristofer n’est pas une lumière, mais il ne peut commettre une erreur pareille…

…  Mais, à part lui, qui aurait pu vouloir s’en prendre ainsi à Trisha ? Certainement pas Amy, qui n’a ni la trempe d’un assassin ni les contacts qu’il faut pour tenter un truc pareil.

Joakim a beau essayer de se mettre sur une autre piste, il ne voit que son ami Kristofer, d’assez cinglé pour vouloir faire tuer une innocente, juste par possessivité et folie.  Il en serre les poings de rage jusqu’à ce que ses jointures en deviennent douloureuses.  Il ne veut pas y croire mais il est bien forcé de s’y résigner…

— Joakim ? Ah bah, tu es là !  l’appelle sa rouquine en s’approchant de lui.

Il se relève aussitôt du sable et se dépêche de l’enlacer.

Ravie, sa compagne se love contre lui et lui demande d’un air inquiet :

— Qu’est-ce qu’il y a ?  Ça n’a pas l’air d’aller.  Dis-moi tout !

« Je te protégerai toujours, je te le jure, j’éradiquerai toutes les menaces qui te mettront en danger, qui qu’ils puissent être, ils mourront… » songe Joakim en glissant silencieusement sa main droite dans la chevelure rousse de sa dulcinée, avant de la faire basculer en arrière avec taquinerie et humour pour la prendre dans ses bras de façon chevaleresque :

— Le calme de la plage m’offre un break salvateur, j’en ai besoin, après avoir passé la journée à t’entendre.

— Oh !!! Je vois !  Dans ce cas, promis, je ne te parle plus pendant 48 heures !  Tu vas voir comme tu vas tomber en dépression !

— Chiche ?  Je te mets au défi !  De tenir au moins une heure… !  taquine Joakim avant de s’emparer de ses lèvres pour un long et langoureux baiser.

Il réfléchit déjà à la façon dont il va se venger de l’un de ses meilleurs amis, quand Trisha, folle amoureuse, le force ensuite à poser pour une photo de couple qui « va faire rager toutes ses copines ! »

~ 318 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

À quelques mètres, Zack et Serah se préparent à passer une soirée en amoureux chez le jeune homme. Avant de rejoindre leurs amis en boîte de nuit, ils pourraient cependant préférer rester sur place à jouer à League of Legends tout en se câlinant pendant des heures.

Enfin, ça, c’était ce qu’ils espéraient avant qu’Andreas n’appelle soudain son meilleur ami pour lui sangloter que Jenny vient de le quitter.  Encore une fois.

La voix du jeune Cobain est presque inaudible, à l’autre bout du fil, noyée dans ses balbutiements et reniflements de détresse.

Zack se dépêche de le consoler.  Il montre beaucoup d’animosité envers la naine aux cheveux colorés, la garce qui ne mérite pas son binôme !  Celui-ci a tort de la récupérer à chaque fois, il devrait définitivement l’oublier !  Chaque essai avec cette folle se montre constamment infructueux !  Cette routine de ruptures et réconciliations énerve Zack au plus haut point.  Il n’en peut plus de l’immaturité de ce couple.

Allongée sur le lit de son petit ami, Serah écoute la conversation d’une oreille et se retient de rire de cette situation, une nouvelle fois cocasse.

Elle sait bien que Jenny rappellera son Andy moins d’une heure après l’avoir laissé tomber.  Elle se dépêchera de le supplier de recommencer leur histoire ; mais avant cela, bien sûr, Andreas aura déjà demandé à son toutou, son fidèle cocker bien dressé, sa poupée de chiffon, son esclave soumis de venir chez lui pour le réconforter.  De retour dans les bras de son spaghetti, Jenny clamera à son crétin de petit ami qu’elle regrettait de l’avoir quitté et l’aimait bien trop pour pouvoir le laisser.  Elle lui dirait que tous les deux sont liés pour la vie et l’éternité.  Blablabla, insérez ici un discours niaiseux à souhait. Serah meurt désormais d’envie de pouffer alors qu’elle constate son Zack si impliqué dans la conversation.  Le pauvre semble tellement à fond dans l’histoire que cela lui parait risible.  Il déteste vraiment Jenny pour ce qu’elle fait endurer à son ami, Serah le voit bien, par ses mimiques outrées et ses amples gesticulations qui lui font perdre toute crédibilité.  La jeune fille le trouve pourtant mignon, au fond, alors qu’il s’agite nerveusement et postillonne furieusement dans son téléphone.  Elle le trouve réellement adorable.  Avec sa frimousse en colère.  Elle n’en peut plus.  Si la scène continue, elle va éclater de rire.  Son chéri est un dessin animé à lui tout seul !  Avec sa fine veine de colère sur la tempe !

Sa bonne humeur redescend immédiatement lorsqu’elle entend son brun annoncer à son interlocuteur qu’il le rejoint en ville dans quinze minutes.

Elle croit rêver, sur le coup.  Va-t-il vraiment la laisser dans l’oubli une fois encore, pour courir faire le toutou auprès de celui qui le traite comme une vieille chaussette usagée ?!  Elle hallucine.

Nonchalamment, Zack raccroche sa conversation et elle l’attaque aussitôt, avec une ironie palpable.  « Il n’a tout de même pas l’intention de la lâcher ce soir, pour lui préférer Andréas, aka le chouineur ?  Si ? »

Zack soupire en haussant les épaules.  Son statut de meilleur ami lui impose d’être là pour son binôme et rien n’empêche sa compagne de venir avec lui…

Serah rit avec acidité.  Et puis quoi encore…  Elle n’avait pas tué son père et sa mère à mains nues pour mériter de se coltiner Andréas Cobain pendant une soirée entière, « SOIRÉE QU’ELLE ÉTAIT JUSTEMENT CENSÉE PASSER AVEC SON PETIT AMI ! » crie-t-elle, agacée, avant de poursuivre, désormais furieuse :

« Comment son mec peut-il se faire ainsi manipuler par son faux ami discount ?!  Comment peut-il être aussi faible à la fin ?!  Il n’a ni couilles ni personnalité ! »

Face à cette pluie de remontrances, Zack bugue et réalise qu’il doit faire un choix, ce soir.  Envoyer paître son meilleur ami et rester avec sa rousse, ou laisser celle-ci rentrer chez elle en colère pour préférer rejoindre et secourir son ami ingrat.

Maladroitement, il balbutie qu’il ne peut laisser Andreas tomber et Serah s’extirpe de son lit en moins de deux, pour disparaître de sa chambre et de sa maison.   À cet instant et à ses yeux, ce crétin n’a plus rien de mignon ou d’adorable.

Minayaverse

⚠️ JavaScript est requis

JavaScript est actuellement désactivé dans votre navigateur.

Ce site nécessite JavaScript pour fonctionner correctement. Veuillez l'activer pour continuer votre navigation.

Comment activer JavaScript :

Chrome / Edge :

  1. Cliquez sur les trois points (⋮) → Paramètres
  2. Confidentialité et sécurité → Paramètres du site
  3. JavaScript → Autorisé

Firefox :

  1. Tapez "about:config" dans la barre d'adresse
  2. Recherchez "javascript.enabled"
  3. Définissez sur "true"

Safari :

  1. Safari → Préférences
  2. Sécurité → Activer JavaScript

Rechargez la page après avoir activé JavaScript