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— Joakim, on peut parler un instant ? À trois, j’entre ! annonce Raphaël en toquant à la porte de son fils qui vient juste de raccrocher sa conversation avec Kristofer. 1, 2…. Attention à toi !

— Qu’est-ce qu’il y a encore ? soupire Joakim en cognant sur son sac de sport.
Son agacement va crescendo. Il s’attend déjà à recevoir de nouvelles remontrances de son paternel.

— Parle-moi de cet ami chez qui tu étais, qui est-il ? Est-ce un ami de lycée ? Il m’a l’air plus vieux que toi. Comment s’appelle-t-il ? Et ses parents, comment prennent-ils le fait qu’il fasse des soirées comme celle que j’ai pu voir hier soir ?! S’il vit encore avec eux, bien entendu… Car, à vue de nez, je lui donne bien 24 ans, à ce jeune garçon aux mœurs douteuses. Que fais-tu donc chez un type pareil ? Qu’est-ce qui vous rapproche ? Est-ce un Drifterz ? Non, je les connais tous…

— Je ne le connais pas réellement, c’est l’ami d’un ami qui est, lui, l’ami d’un autre ami. La soirée d’hier était exceptionnelle, elle ne se reproduira plus jamais, assure Joakim pour tenter de rassurer son père.
Il en va de sa propre liberté dans cette maison. Son père doit retrouver un minimum de confiance en lui pour ne pas faire de son existence un véritable enfer sur terre…

— Tu te moques de moi. Tu me mens.
Raphaël n’est plus dupe. Il ne croit plus le moindre mot qui s’échappe des lèvres de son fils et, lorsqu’il le dévisage encore aujourd’hui, il ne revoit que le sale gosse qu’il a récupéré la veille.
— Si tu le dis… soupire Joakim en continuant de taper sur son sac, plus nerveux que jamais.
— Je t’impose désormais un horaire de retour après les cours, reprend Raphaël avec fermeté. Désormais, ça sera 19 h, grand maximum.

— Sinon ? raille Joakim en levant un sourcil, l’air moqueur.
— Sinon tu iras vivre ailleurs, répond tranquillement Raphaël. Si tu ne te sens plus de respecter les règles de la maison…
— OK, répond froidement Joakim, choqué.
— Je n’ai pas vérifié auprès de ton psy pour voir si tu suivais toutes ses séances, parce que je te faisais confiance à ce sujet, mais finalement, je me dis que j’ai peut-être eu tort de le faire ? As-tu arrêté d’aller à tes séances en cours de route ?
Cela fait en effet depuis la mort d’Enzo que Joakim les a évitées comme la peste. Il garde donc le silence et son mutisme en dit long à son père :
— Tu ne m’aides vraiment pas… Je suis pourtant ton allié, Joakim… J’essaie de faire les choses bien, alors pourquoi…
— C’est bon, ne commence pas. Demain, j’y retournerai.
— C’est pour ton bien, tu le sais.
— Je sais. Maintenant, si tu as fini, tu vas peut-être me lâcher la grappe ?
— Oui, bien sûr. soupire Raphaël en s’éclipsant de la chambre de son fils, blasé de songer que l’on pouvait avoir un QI supérieur à celui d’Einstein, mais tout en étant aussi borné et irresponsable que le premier ado boutonneux du coin.














