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C’était il y a quelques heures.  Raphaël a reçu ses amis pour qu’ensemble, ils aménagent son garage en salle de musique improvisée.

L’ancien groupe avait hâte de rejouer ensemble pour se remettre dans le bain musical qu’ils avaient tous un peu quitté, excepté Tobias, le seul qui a fait de leur passion commune son métier.

Les heures avaient défilé dans une incroyable bonne humeur et Raphaël avait commencé à croire que leur rêve de retour sur la scène était possible.

Il en avait déjà parlé devant son staff et celui-ci a applaudi l’idée car même si les TroubleMaker ont eu une carrière écourtée alors qu’ils commençaient justement à percer sur le continent, beaucoup de fans se souviennent encore d’eux.  Universal Music n’est pas du tout contre l’idée de relancer ce groupe.

Le point noir de la journée, pour Raphaël, n’a été que l’arrivée de Paula Keller dans son salon.  Elle cherchait son épouse et il lui a vite annoncé que celle-ci était chez sa mère.  Cependant, au lieu de courir retrouver sa femme dans la maison d’à côté, elle a préféré faire une escale dans son garage, attirée soudainement par des sons de batterie, de guitares, et les notes de la chanson « TroubleMaker ».  La scène l’a transportée vingt ans en arrière.

Prise de nostalgie et tellement heureuse de revoir ce groupe jouer de ses instruments devant elle, elle s’est incrustée auprès des musiciens pendant presque toute leur répétition.

Aux anges, émue de retrouver Terry qui n’avait pas changé.  Sur ses traits, on lisait son habituelle sagesse, ainsi que son côté astucieux, malin, voire manipulateur.  C’est ce qui faisait son charme, bien qu’il n’ait jamais vraiment plu à Paula, qui n’a toujours vu exister que Wilfrid Mulher.

Son brun sexy et impétueux, le rebelle croisé clown des ex-Troublemakers.  Son ex qui a lui aussi refait sa vie, avec une nana rencontrée on ne sait où, avant de fuir en Nouvelle-Calédonie avec elle.

Paula se remémorait tout cela en l’admirant gratter sur sa guitare avec le talent qui lui est propre.  Charmée, elle le déshabillait en pensées, des idées perverses plein la tête, frustrée de réaliser que près de vingt ans plus tard, il lui faisait toujours le même effet, voire plus encore.  Elle s’en mordait la lèvre inférieure de désir.

« Fantasmer n’est pas tromper », se répétait-elle à elle-même, nullement honteuse de se délecter d’un si bel homme.

« Admirer n’est pas trahir. »

Sauf quand l’attirance est réciproque car Wilfrid n’avait pas de pensées plus pures que les siennes, loin de là.  Il trouvait en effet qu’elle s’était sublimée avec les années.  Ses formes semblaient toujours aussi généreuses qu’à l’époque et son minois de femme fatale le subjuguait encore.  Il la trouvait magnifique et se perdait dans ses magnifiques yeux verts.  Sans parler de sa bouche espiègle qu’il rêvait de capturer, de dévorer…

Discrètement et sans attirer l’attention de ses amis, il lui jetait parfois quelques regards discrets et assez coquins.  Un clin d’œil par-ci, un sourire en coin par-là.  Et lorsqu’ils réussirent enfin à se retrouver seuls dans le garage parce que les autres TroubleMakers filaient en direction du salon pour boire quelques bières fraîches, le pire se produisait, sans que ni l’un ni l’autre n’ait besoin de prononcer le moindre mot.

D’un seul mouvement et comme si elle ne pesait rien pour lui, il l’attrapait soudain et la soulevait du sol.  Consentante, elle n’attendait pas un instant pour lui rendre ses baisers passionnés.

Il s’ensuivait de longues embrassades langoureuses.  La température montait à vive allure entre les deux ex-amants. Les jambes de sa partenaire entortillées autour de sa taille lui donnaient l’envie pressante de la prendre immédiatement ; ils en avaient déjà la position et il était à deux doigts de se lancer…  Quand subitement, les autres Troublemakers réapparaissaient dans le garage pour les arrêter dans leur élan.

L’idiot immature aux yeux de ses amis se faisait immédiatement fusiller du regard, tandis que Paula prenait congé aussitôt après, le visage écarlate de honte et déglutissant sa gêne.  De son côté, Wilfrid se contentait de rester fidèle à lui-même en se grattant bêtement la tête, l’air idiot, comme un enfant pris en flagrant délit en tentant de piquer dans le pot de Nutella.

— Me regardez pas comme ça !  On a rien fait, c’est bon !

– Remonte ta braguette, soufflait froidement Terry sans un sourire, l’air sévère.

— Oh ! Whowhowho, je te permets pas de mater par là-bas, toi !  Vicelard !! grondait Wilfrid d’un air faussement sévère en refermant son pantalon.  Bon, on rejoue un peu encore ?!  À moins que vous ayez des choses à faire maintenant !

— Tu es marié, Wilfrid, tu as une femme et des enfants extraordinaires qui t’attendent.  Comment as-tu pu leur faire ça ?

Les paroles de Raphaël dégageaient une évidente détresse et il ne décolérait pas depuis l’instant où il avait surpris l’un de ses meilleurs amis trahir la femme à qui il avait juré fidélité éternelle devant l’autel.  « Dis-moi juste, Wilfrid, comment est-ce qu’on peut… »

— D’une, on a strictement rien fait.  se justifiait aussitôt le guitariste troublemaker.  De deux, on est adultes et matures.  De trois, tout ça n’engage à rien.  De quatre, cela ne se reproduira pas, je vous le jure.  De cinq, je m’excuse, vous inquiétez pas, j’ai honte, mais Paula est devenue une bombe, j’ai cru devenir fou !  De six, arrêtez de me regarder comme ça, je ne suis qu’un homme !!!!  De sept, je suis fidèle à ma femme, vous le savez !!! Et tout ça ne sortira jamais de ces murs, hein ?!  J’ai confiance en vous !  De huit, on s’est juste embrassés, hein, c’est mal, mais c’est rien, ce n’est pas un accroc dans le contrat, de… !! Arrrrrrrgh, je suis un homme fidèle !  Et ça changera JAMAIS !  RAAAAH, de neuf, je suis une merde qui n’a aucune volonté,  Oh god, je suis encore un gosse attardé, qu’est-ce que j’ai fait et qu’est-ce que j’allais faire ! ???  De dix, pitiéééééé les mecs, ne me laissez plus jamais seul dans une pièce avec Paula ou je vais flinguer mon mariage !!! Je suis trop con et immature pour pouvoir rester sans surveillance !!!

— Le fait que tu sois capable de prononcer le point dix prouve que tu n’es pas une merde, sourit Terry en lui passant un bras autour des épaules.  On a confiance en toi, tu sauras te reprendre et ne plus faire de folies, surtout que, désolé de te le dire, mais elle est pas très belle, Paula…

— C’est ce que j’allais dire, intervient Tobias : je la trouve vraiment pas exceptionnelle.

— Ouais nan, mais vous, si on ne s’appelle pas Jane, Ellie ou encore Eva, on est laides, alors bon !  défend farouchement Wilfrid, vexé qu’on puisse critiquer ses goûts en matière de femmes.

Le visage de Raphaël se refermait et se crispait alors qu’il entendait le prénom de son épouse, car il mourrait d’envie de leur clamer que sa femme adorée à lui les surpassait toutes.  À une époque, il l’aurait sûrement fait, des étoiles plein les yeux et une fierté incommensurable dans le regard, mais aujourd’hui…