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♪ I Speak Life – Donald Lawrence ♪

Au même moment, Joakim traine dans la chambre de son cadet encore alité. Cela l’angoisse terriblement.

Il n’ose pas imaginer ce que serait une vie sans lui… Et chaque fois que son regard croise le sien, toujours pétillant et empli d’affection, il a l’impression que c’est la dernière fois…

Très perspicace dès qu’il s’agissait de son aîné, Alarich réalise l’inquiétude qu’il dissimule sous sa fausse bonne humeur et il n’attend alors pas pour lui faire, avec une franche sincérité,
— -as -alade ! -est -apa, -eut -as me lèves !
I speak life, you’re gonna live, oh my brother // Je parle de vie… Tu vas vivre, oh mon frère…

— Oui, il s’inquiète pour toi, confirme Joakim avec sérieux. Mais, il a tort, n’est-ce pas ? parce que tu ne nous abandonneras jamais, hein ?
— Ah –on !

— J’ai vraiment besoin de toi, Alarich. Il faut pas que tu me laisses…
I speak life, you are the head and not the tail, you will prevail // Je parle de vie… Tu es quelque chose de grand, et non un simple truc qu’on peut emporter…

— -emble -ou -oujours !

— Oui, et je te fais confiance, parce que je ne veux pas d’une vie sans toi, Alarich. Je ne saurais pas… balbutie maladroitement Joakim en frottant énergiquement les cheveux de son cadet. J’ai besoin de toi, tu sais, je…
I speak life, don’t give up the fight for your life, you shall live and not die // // Je parle de vie… N’abandonne pas le combat pour ta vie, tu dois vivre et ne pas mourir…

— Joakim ? ? Je peux te parler, un instant ? fait Raphaël en pénétrant dans la chambre après avoir toqué une fois à la porte,
— Tu ne vois pas qu’on est occupés… ? grince froidement Joakim à destination de son père.
— Tu ne m’en veux pas Alouche ? Je peux te l’emprunter cinq minutes ? demande le père de famille à son benjamin.
Alarich sourit chaleureusement en pivotant sa tête de droite à gauche pour réponse et Joakim se relève de son lit, l’air bougon, pour s’isoler avec leur père à l’extérieur de la pièce.

— Je ne sais pas comment te dire ça… mais… commence Raphaël en se raclant la gorge.
— Ne dis rien dans ce cas, on gagnera du temps.

— Ça serait une erreur de le faire, car je ne veux pas que tu continues de t’imaginer quelque chose de faux.
— Hein ?? se refroidit un peu plus Joakim. Qu’est-ce que tu vas me sortir encore ?!
Que la décision d’avoir plusieurs enfants a été prise alors que ta mère était encore enceinte de toi car nous tenions absolument à avoir au moins un garçon et une fille, au minimum ! Et sincèrement, Joakim, nous n’avons jamais regretté de vous avoir eus, tous les trois, vous êtes ce que l’on a de plus beau au monde.
— Pourquoi ce discours ridicule ? Qu’est-ce que Grahams t’a dit… grince Joakim en serrant les dents.

— Ne le blâme pas et je refuse que tu t’imagines que le fait que tu sois en bonne santé a pu nous inciter à avoir plusieurs enfants. Nous avions décidé dès le début d’avoir une famille nombreuse et nous n’allions pas brider ce rêve par paranoïa…

– Ça suffit. Tu es pathétique. Comment peux-tu oser me dire toutes ces conneries en me regardant droit dans les yeux ? Parce que tu sais très bien que si j’avais été trisomique, toi et maman n’auriez jamais d’autres enfants après moi ! Admets-le, au moins !
— Es-tu dans nos tête pour pouvoir affirmer cela ? Je suis désolé Joakim, tu as beau être très intelligent, mais au niveau des sentiments humains tu as encore de grosses lacunes, parce que je peux t’assurer qu’avec ta mère, nous nous aimions comme des fous et nous voulions absolument avoir deux enfants au minimum, et ce peut importe l’état de santé du premier !

— Conneries…
— Va parler à ta mère, si rien qui sort de ma bouche ne trouve crédibilité à tes yeux ! Je veux que tu arrêtes de t’approprier des fautes qui ne sont pas les tiennes ! Ton existence n’a été que bénéfique ! Nous avons voulu les jumeaux et je les désirais autant que ta mère !
— C’est justement ça le problème, tu pouvais prendre une décision, celle de…
— C’est ce que j’ai fait ! Celle d’avoir d’autres enfants !
— Celle d’être niais, égoïste et naïf, alors que tu prenais des risques.
— Oh, pardonne-moi d’avoir un cœur et d’être sensible, bien sûr, dans le monde de Joakim c’est interdit ! Je ne devais réfléchir qu’avec pragmatisme et être infaillible, c’est bien connu !
— C’est bon, tu as fini ? Je peux retourner à côté ?
— Nous voulions plusieurs enfants et on en a été très heureux. Va dire à Erika qu’elle n’aurait jamais dû naître, dis-le aussi à Alarich que tu aimes tant ! Bordel. À t’entendre, je pourrais croire que tu n’as pas de cœur, mais maintenant je sais que c’est faux, tu en as un immense, mais il fonctionne juste trop maladroitement pour que tu puisses comprendre quoique ce soit de ce qui t’entoure…
— Si j’avais été trisomique, vous n’auriez jamais eu d’autres enfants. Admets-le au moins, espèce d’hypocrite.
— Si ! Je te jure que si ! Je te répète que l’on voulait une famille nombreuse !
— Je retourne avec Alarich. Ton hypocrisie me fait gerber.
— Eh bien, vomis sur ta bêtise, que veux-tu que je te dise ! Ta naissance a été, est toujours, une bénédiction, comme celle des jumeaux, point barre ! Vous êtes tous les trois nos merveilles !
Joakim s’éclipse avant la fin de la réplique. Il en a assez entendu et en veut terriblement à son psy, qui va payer cher sa traîtrise.
Désabusé, blessé, Raphaël part s’allonger dans sa chambre.
Ses pensées et souvenirs s’entrechoquent dans son esprit alors qu’il se remémore avec douleur que découvrir au cours de la deuxième grossesse de sa femme que l’un de ses jumeaux serait atteint de trisomie 21 a été un coup dur pour eux… Serait-il alors possible que son fils aîné ait totalement raison lorsqu’il les traite d’égoïstes parce qu’ils n’ont pas su s’arrêter après lui ? Raphaël commence à le craindre dans un moment de lucidité.








