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L’Améthyste (ツ)

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Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

— Tu t’es blessé ? demande Alvin, le lendemain et alors que Joakim s’installe sur son canapé pour sa séance du jour.

Le jeune homme a l’air triste, las, les mains bandées qu’il laisse pendre dans le vide.

– Mon sac de sable a voulu un duel, que j’ai gagné, bien entendu.

— Je n’en attendais pas moins de toi ! Et sinon, est-ce que l’enterrement s’est bien déroulé ? Vous étiez nombreux ? Tu veux m’en parler ?

— Non.

— D’accord. Et qu’as-tu fait ensuite ?  Je veux dire, après la cérémonie.

— Je suis allé à mon cours de claquettes, c’est vraiment passionnant, on dirait pas comme ça.

— Intéressant !

— Vous notez vraiment ça dans votre calepin ?

– Oui.  Pourquoi ?

— Mon frère est encore malade, révèle soudain Joakim avec nervosité.

Il serre les dents, semble perdu et plus angoissé que jamais.  Pendant un instant, Alvin a bien l’impression qu’il va fondre en larmes, mais à la place, son client reprend, le regard dans le vague :

— Pour tout vous dire, je ne sais pas pourquoi vous avez voulu que je revienne aujourd’hui, vos séances sont trop rapprochées et je n’ai pas la tête à…

— Alarich a souvent des coups de mou, non ?  Ce n’est jamais très grave, il me semble.  Et ce n’est pas de ta faute.  Tu considères que ça l’est ?

— Bien sûr que oui ! Pourquoi pensez-vous que mon frère est malade ?!

— Parce que c’est quelque chose qui arrive dans la vie.  Non ?

— Mon frère ne fêtera jamais ses trente ans !  Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait !  Sa condition lui interdit tout avenir !  Et c’est de ma faute.

— Pourquoi donc ?

— Parce qu’Alarich n’aurait jamais dû naître !  Laisse soudain échapper Joakim en perdant son self-control légendaire.  Parce que mes putains de parents n’auraient jamais dû avoir d’autres enfants après moi !  Ils ont flirté avec le danger, deux fois, et aujourd’hui Alarich paie pour ça et on sait tous comment cela va se terminer !  Et ça sera de ma faute.  À moi et rien qu’à moi !

— Tu considères que c’est de ta faute si tes parents ont eu d’autres enfants après toi ?

— Arrêtez de gribouiller sur votre maudit calepin, ça me stresse !  Et si je n’avais pas été ce que je suis, ces idiots immatures n’auraient jamais remis le couvert, retenté l’expérience, je…  J’ai créé le mal d’Alarich.

— Tu hais ton intelligence parce que tu t’imagines que c’est cela qui a causé la naissance de ton frère ?

— Osez me dire que si j’avais été trisomique, ils auraient eu d’autres enfants après moi, renvoie Joakim dans un ricanement empli d’ironie.  Osez seulement me le dire en face !

— Qui sait. Lorsque l’on aime, il est fréquent de vouloir plusieurs enfants.

— Ne me prenez pas pour un con !

— Chaque vie est unique, Joakim. Ton frère est unique, comme ta sœur. Ta sœur, qui est bien portante, n’est-ce pas ?

– Pour l’instant.  Elle n’a que seize ans.

— Bien sûr, il peut nous arriver à tous un souci à chaque instant de nos vies, mais tu n’es responsable que de tes propres agissements, auprès des personnes que tu côtoies.

— Vous êtes un charlatan.  Vous dites de la merde.

— Tu reproches à tes parents et surtout à ton père, qui représente à tes yeux la figure paternelle, l’ordre et la stabilité de la maison, d’avoir permis à Alarich de vivre cette vie de souffrances.  Ton père t’a plus déçu que ta mère sur ce coup-là, car même s’il est celui qui t’ennuie le plus au quotidien, il est celui que tu respectes le plus, au fond.

— Vous êtes payés trop cher pour déblatérer tant de conneries, c’est fou.

Le regard au sol de Joakim ainsi que son visage fermé trahissent le fond de sa pensée et son psychologue se relève de son siège pour venir s’asseoir près de lui.

 

— Le ciel t’a offert un don et les gens comme toi sont ceux qui font avancer le monde.  Ils découvrent, créent, font avancer la science, changent les choses.  Ils sont une bénédiction et non l’incarnation des pensées négatives que tu as à ton sujet.  Sans eux, comment avancerait-on ?

— La séance est finie, au revoir, grommelle Joakim en se refermant tel l’huître qu’il a toujours été.

Il en a la tête qui tourne, de cette séance agaçante.

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Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Pendant ce temps, l’ambiance du côté Watcha Say est plutôt bonne – ou moqueuse, question de point de vue… – si l’on s’arrête sur les gloussements bruyants d’Erika qui raconte avec amusement à son amie Kaylah que leur amie Ashley ressemble vraiment à un porcelet quand elle pleure et qu’elle est digne de la marionnette Peggy, des Muppets !  Celle-ci vient en effet de se disputer avec son boyfriend, Jonathan, et la scène n’est pas passée inaperçue, en pleine pause de l’après-midi…

Empathique envers l’adolescente en pleine crise de couple, Kaylah soupire à sa comparse qu’elle doit se concentrer sur leurs entraînements ainsi que sur sa propre vie, plutôt que sur les histoires des autres.    Surprise et gênée par la réflexion de Kaylah, Erika balbutie quelques mots maladroits de honte avant de changer de sujet de conversation, terriblement mal à l’aise.

Il est vrai qu’il n’est pas sain de passer son temps à souhaiter la fin du couple de son ami Jonathan et elle en a pleinement conscience…    En la voyant agir ainsi, on pourrait presque croire qu’elle en pince encore pour son partenaire de danse et c’est ce qui l’agace soudain, puisque ce n’est pas le cas !  Elle aime réellement Riley et est comblée à ses côtés !

 

*

 

Il ne s’est écoulé que dix minutes depuis que Joakim a quitté son cabinet, et son psychologue appelle déjà son père.

Oui, sa profession lui interdit de révéler quoi que ce soit qui lui a été confié sur son canapé, mais ce ne sont pas les nombreux secrets douteux de Joakim qu’il veut trahir à cet instant, loin de là.

— Oui, bonjour ?  répond Raphaël, en ne reconnaissant pas le numéro qui s’affiche sur son téléphone.

Il s’agace de cela.  D’ordinaire, ceux qui l’appellent sur son numéro privé ne sont jamais inconnus de son répertoire de contacts.

— Bonjour monsieur Bauer, je suis Alvin Grahams, le psychologue de votre fils !

— Oh, bonjour monsieur Grahams ! Tout va bien avec lui, j’espère ?! Ou ça y est, il vous a rendu fou et vous avez posé votre démission pour changer littéralement de voie professionnelle ?!

Alvin laisse échapper un petit rire amusé, avant d’ajouter en reprenant son sérieux :

— Tout se passe très bien, ne vous en faites pas !  Nous avançons même très bien tous les deux et c’est pour cette raison que je tenais à vous parler, car vous jouez un rôle crucial dans sa guérison.

— S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire, je suis tout ouïe. Un rôle prépondérant, dans quel sens ?

Le stress de Raphaël augmente d’un cran.  Que voulait donc dire le psy de son enfant par cette phrase ?  Le juge-t-il responsable d’un quelconque malheur ou mal-être ?! Aurait-il raté une étape dans l’éducation de son gosse ?!  Est-il un parent déplorable ?!  Cette possibilité reste sa hantise.

— Monsieur Bauer, votre fils est rongé par la culpabilité.  À ses yeux, sa naissance a provoqué celle de vos jumeaux et donc ce que vit le jeune Alarich au quotidien.  Je vous conseille de vous entretenir rapidement avec lui afin de lui faire comprendre que le fait de vouloir trois enfants ne vient que du choix de deux amoureux.  Il doit comprendre que le fait qu’il ait été bien portant n’a rien à voir là-dedans.  Aujourd’hui, Joakim se déteste, ainsi que son intelligence.  Vous devez l’aider à se déculpabiliser car sans ça, j’ai bien peur qu’il n’accepte jamais ses incroyables facultés, voire même simplement son existence.

À la fin de la tirade du psychologue de son fils, Raphaël reste figé pendant près d’une minute.  Il en reste bouche bée, de ce qu’il apprend aujourd’hui.  son cœur se brise.

Titubant, encore sous le choc, il promet ensuite à son interlocuteur de faire ce qu’il lui a demandé, dès que possible.  Ses mots s’extirpent mécaniquement de son gosier et des larmes lui humidifient les yeux alors qu’il prononce maladroitement cela.

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*

 

Plus tard dans la journée, Molly Gray se prélasse chez elle, affalée sur son canapé, en regardant une télé-réalité qui l’indiffère, mais qui lui permet de se reposer entre deux entraînements de danse.

Il est de mauvaise humeur à cause de son père qui vient de le provoquer il y a quelques minutes à peine et alors qu’il rentrait paisiblement du travail !!  Leur relation s’est en effet dégradée depuis qu’il a osé lui interdire de passer quelques jours avec sa mère, loin de L.A.

Elle lui en veut terriblement de lui avoir fait rater une opportunité qui ne se représentera sans doute plus avant l’été.  Sa rancœur ne s’atténue pas et elle le déteste désormais, ce père égoïste et complètement insensible à ses besoins et envies.  Il a toujours été ainsi… en refusant de s’adoucir avec les années. « Con un jour, con toujours ! » grogne Molly à mi-voix alors que sa demi-sœur arrive pour s’asseoir près d’elle en riant à moitié et d’un air amusé.

— Ça ne s’arrange toujours pas, entre vous !

— Et c’est pas prêt de changer.

— Je te comprends, sur ce coup-là, il a carrément exagéré, soupire Riley en s’installant plus confortablement dans le sofa.  Après, on sait tous qu’il le fait pour ton bien, mais bien sûr, il ne pense jamais au mal que peuvent faire ses décisions.

— J’en ai assez, il me saoule. Tu ne peux pas savoir comment je le déteste, là !!! T’imagines, toi, si tu voyais Marcie deux fois par an et qu’il t’en volait une ?!

— J’imagine très bien… Mais, ce n’est pas en ressassant ça en boucle que tu changeras ça, au contraire même, si vous vous disputez sans arrêt, il sera de plus en plus chiant avec toi ! Tu le connais…

— Je sais ! Bon, parlons d’autre chose, s’il nous entend ça va encore être un drame.

— D’accord ! Parlons sentiments alors !  Ça avance entre toi et le brun au collège ?!

Molly rougit comme une pivoine et réagit au tac au tac,

— Mais n’importe quoi, pourquoi tu me parles de Freddy, toi ?!

— Bon d’accord, vu ta tête, c’est que ça ne s’est pas encore fait ! s’esclaffe Riley avec amusement,

— Ta bouche !  Avec ton bronzage prétentieux qui prouve que tu as abusé de la plage récemment, là !!!  Quand y en a qui s’entraînent comme des fous, d’autres se prélassent, à ce que je vois !!!  Parlons de toi un peu !!  Ça va avec Erika ?!  Elle est aussi chiante dans l’intimité qu’avec le commun des mortels ?!

Au tour de Riley d’avoir le feu aux joues…

— C’est ce qui fait son charme, eh ! répond-elle tout de même sans se démonter.

— Ah ouais, tu acquiesces carrément, ma pauvre !!! Je vais te retrouver avec des cheveux blancs un jour, toi !

Les deux comparses rient de bon cœur à l’unisson et Molly avoue ensuite avec sincérité qu’elle est heureuse de la relation que sa demi-sœur entretient avec Erika Bauer, car celle-ci l’a transformée, en bien !  Molly reconnaît que les deux filles forment un couple génial et qu’elles se complètent.  Riley sourit amicalement à la fin de la réplique et saute vivement au cou de son interlocutrice pour lui faire un bisou sur la joue ; un geste qui surprend et stresse évidemment Molly, qui n’est pas habituée à ce genre d’épanchements affectueux !

Minayaverse

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