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L’Améthyste (ツ)

~ 259 ~

Temps de lecture : 3 minutes

Stressée et aigrie, Eva se dirige d’un pas rapide vers l’intérieur de la maison. La présence de Jeyne Bauer sur les lieux coupant par avance toutes ses envies de s’éterniser ici. Un comble… Puisque cette demeure reste la sienne à elle aussi. Son agacement ainsi que sa déception sont palpables et alors qu’elle pousse la porte d’entrée, Raphaël la salue, avec les courtoisies de rigueur, mais sans plus :

— Bonjour, Eva, dit-il presque avec indifférence, le coude nonchalamment posé sur le comptoir de la cuisine, adoptant ainsi une attitude désinvolte.

Eva sait qu’il se donne un genre.

— Bonjour, Raphael, Bonjour Jeyne, renvoie-t-elle avec le minimum syndical en guise de politesse.

Mais que faisait donc la mère de son époux chez elle ?! Sa nervosité ne s’atténue pas, mais elle se force à reprendre, avec calme : « Alarich est en haut, je suppose ? Il a dû rentrer de chez l’orthophoniste, à cette heure-ci. Je vais le voir. »

— Pas de soucis, répond poliment Raphaël, horriblement gêné par la situation.

Jamais il n’aurait pu s’imaginer, un jour, devoir traiter sa propre épouse en étrangère. Sa détresse est évidente et il rêve de disparaître de la scène, de se glisser dans un trou de souris pour ne plus en sortir.

— Bonjour Eva ! intervient enfin Jeyne et tandis que la concernée file déjà vers l’escalier pour voir son cadet. « Ça va ? Tu ne te sens pas trop tiraillée par la culpabilité lorsque tu reviens ici ?

— Maman ! Ça suffit ! réagit Raphaël, agacé que l’on puisse parler ainsi à son épouse.

— Mêlez-vous de ce qui vous regarde, rétorque sèchement Eva sans arrêter ses pas. Décidément, vous ne savez rien faire d’autre que rester pendue à ma famille.

— Qui est la mienne aussi ! Je te trouves drôlement culottée d’oser te pointer ici, si fière, comme si tout t’appartenait encore, après avoir tout gâché !

— Je suis chez moi, Jeyne. Vous êtes ici dans ma maison. De quel droit osez-vous m’adresser la parole ?! Ma mère ne vous a-t-elle pas suffisamment remis à votre place, que vous en redemandiez ?? grince Eva en s’arrêtant sur une marche de l’escalier. « Retournez donc épancher vos déboires sentimentaux et autres auprès de Raph’, et oubliez-moi ! »

Devant l’agressivité évidente des deux femmes ici présentes, Raphaël se sent obligé d’intervenir pour calmer tout ce petit monde,

— Eva ?! Arrête ça maintenant. Va voir Alarich tranquillement, et… Et puis voilà.

— Quand j’aurai besoin de toi pour me dire ce que je dois faire, je te ferai signe, conclut Eva en filant au premier étage, furieuse et humiliée que son idiot de mari n’ait pas daigné sortir une réplique qui la défendrait.

Elle monte les escaliers plus déçue que jamais. « Roméo n’a pas choisi le camp de Juliette, aujourd’hui… » songe-t-elle alors qu’il le fait pourtant, d’une voix sévère, une fois seul avec sa mère :

— Ne te mêle plus de nos histoires, maman. Tu n’as pas à lui parler ainsi.

— Et toi tu dois être plus ferme et intransigeant avec elle ! Tu dois lui faire réaliser à chaque instant ce qu’elle a provoqué puis perdu ! Elle ne doit plus se sentir fière et supérieure, entre ces murs ! Réveille-toi, Raphael ! Cette femme t’a trompé !

— Elle est encore ma femme et la mère de mes enfants, alors respecte-la. Je ne veux plus jamais te revoir lui parler comme tu l’as fait. Sur ce, je te laisse. Je dois retrouver Tobias en ville.

— Très bien, puisque c’est ainsi, j’irai profiter de la plage ! Fils indigne ! sourit affectueusement Jeyne pour détendre l’atmosphère, bien consciente qu’elle exagère parfois, lorsqu’elle se mêle un peu trop de la vie de sa progéniture.

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Temps de lecture : 3 minutes

 

*

 

Une demi-heure plus tard et alors qu’Eva redescend au salon, accompagnée de son fils Alarich, Erika revient au domicile familial en compagnie de Jonathan. Malgré le fait qu’ils viennent de terminer leur cours de danse du jour, l’adolescente et son ami avaient l’intention de s’entrainer encore un peu sur la chorégraphie couple qu’ils vont présenter aux Nationales.

Constatant sa mère sur place, Erika se précipite joyeusement vers elle en trépignant de joie,

– Maman ! ! Tu es là !!   s’exclame-t-elle en lui sautant dans les bras, folle de joie. Tu restes un peu, stp ? Stp ? Stp ! J’aimerais te montrer notre chorégraphie pour les Nationales !! Tu sais, celle sur Apologize !!! Tu veux rester un peu ?! Stp ! Stp ! Stp !

– Puisque c’est demandé si gentiment… Sourit Eva devant l’insistance de sa fille.

Alors que sa progéniture commence à danser avec son partenaire, Eva repense à l’altercation avec son époux et Jeyne. Elle se remet de plus en plus difficilement de ces moments car la seule chose qui a le pouvoir de la démolir n’est que la froideur et le désintérêt de son époux. Le couple n’est pas habitué aux désaccords et les rares accrochages qu’ils ont eus durant leur mariage n’ont jamais dépassé les 24 heures. La chanteuse ne sait donc plus gérer cela, une situation dans laquelle elle n’est plus la Juliette fusionnelle de son Roméo.

– Alors ?! ?! Comment est-ce que tu nous as trouvés ?! Tu aimes ?! inonde Erika une fois sa danse terminée et alors qu’elle attrape sa bouteille d’eau pour étancher sa soif après l’effort.

– J’aime bien, oui, lui répond Eva sans enthousiasme.

– Pourquoi es-tu froide ? Tu n’as pas aimé ? 

Erika boude, frustrée de réaliser que sa mère est si désintéressée par la merveilleuse chorégraphie dont elle est si fière.

– Disons que je trouve que ce petit côté hip-hop n’est pas du tout adapté à la chanson, avoue Eva avec franchise. Vous savez, ce titre, il a représenté beaucoup pour mon père.    Il est précieux, dans la famille. Les paroles ont réellement représenté quelque chose. Je trouve que votre chorégraphie n’a pas su le retranscrire.    Apologize est une chanson remplie d’émotion et il faudrait la danser avec plus de sensualité et de douceur. J’ai l’impression que vous l’avez bâclée en voulant la terminer trop vite.

– Bâclée !? T’es vraiment pas sympa ! 

Erika s’offusque immédiatement, piquée au vif. « Nous avons énormément travaillé sur cette chanson, et tu nous critiques sans même reconnaître les mouvements géniaux de la chorégraphie, alors que tu n’y connais rien. »

L’adolescente grommelle, râle, nerveuse, stressée, profondément vexée et blessée que sa mère ait pu critiquer la prestation dont elle est si fière. Elle qui espérait tellement briller à ses yeux…

– Redescends de ton piédestal, ma chérie, s’agace Eva, car si tu n’es pas capable de recevoir une critique honnête de ta propre mère, tu n’as pas fini de rager durant ta carrière.    Tu m’as demandé mon avis, je te l’ai donné avec sincérité. Maintenant, tu le prends ou tu t’assois dessus, c’est à toi de voir. Sur ce, je dois rentrer chez mamie, alors je te laisse. Embrasse Joakim pour moi. Au revoir, les enfants.

La mère de famille conclut avec un sourire en direction de sa fille boudeuse et de son comparse danseur, tout en se dirigeant vers la rue pour filer.

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Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Pendant ce temps, Trisha se rend chez sa meilleure amie pour discuter de quelque chose qui l’angoisse terriblement. Elle a besoin d’être rassurée sur un point, car son petit ami lui en apprit beaucoup sur son binôme blond. Elle l’a vécu comme une humiliation, de réaliser qu’elle ignorait tout de la concernée !

— Trisha ? s’étonne Amy en ouvrant la porte de chez elle d’un air sceptique. « Que fais-tu ici ? Tu ne m’as même pas prévenue que tu passais. »

— Tu n’es pas venue en cours aujourd’hui, alors je m’inquiétais ! Comme tu ne me donnes plus de nouvelles quand ça ne va pas, je n’ai d’autre option que d’improviser !

— Pas de souci à se faire, tu sais que trois heures de sciences sociales, c’est pas vraiment mon truc. Mais j’aurais dû t’envoyer un message pour te prévenir, désolée.

— C’est rien, et au fait, pas mal du tout, ta nouvelle couleur ! Tu sors de chez le coiffeur ? sourit Trisha en pénétrant chez sa meilleure amie,

— Oui. Tu veux boire quelque chose ?

— Non, merci. En vérité, je venais surtout pour te parler de quelque chose d’important.

Le sang d’Amy ne fait qu’un tour et sa respiration se coupe brusquement. 

— Tu sais que si quelque chose ne va pas, tu peux m’en parler ? poursuit Trisha en trottant derrière son amie qui se dirige vers la pièce principale, le visage désormais blanc comme un linge. « Je suis ta meilleure amie et tu peux tout me dire, à moi… Les problèmes avec Noah, ta mère, la santé, les cours, et peut-être la musique ? Tu ne m’en parles pas beaucoup ces temps-ci ! Ça avance toujours ce projet d’album de covers, ou je sais plus quoi ? ! »

— Ça progresse doucement, mais pourquoi tu me poses tant de questions ? Qu’est-ce qui a pu te mettre des inquiétudes étranges dans la tête ?

— Je ne vais pas faire de détours, alors voilà, j’ai discuté avec Joakim et il m’a tout dévoilé.

Amy manque de s’étouffer.

— Hein ?!

— Ne te fais pas de souci, il n’a absolument rien dit de mal. Il se préoccupe simplement pour toi.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit… ?

– Tout.

Tandis que sa meilleure amie lui partage la manière dont l’homme qu’elle aime l’a dénigrée, rabaissée en la présentant comme une dépressive instable qui se cramponne désespérément à lui, Amy ressent non seulement une animosité grandissante pour lui, mais également un respect profond pour le salaud à l’esprit aiguisé qui a su prévoir un éventuel coup bas de son côté, tout en réussissant habilement à gagner les faveurs de sa petite amie fidèle.

« Bien joué, Joakim. Bien joué », songe Amy en congratulant en pensée la stratégie préventive à l’intégrité dégueulasse, de son amant.

À la fin du long discours affectueux de sa meilleure amie, elle joue le jeu et confirme timidement que Joakim l’a souvent aidée mais qu’elle accepte avec joie que son binôme roux prenne la relève.

Furieuse, trahie et blessée, elle comprend qu’il est désormais dans son intérêt de se détacher au plus vite de l’affreux manipulateur qui n’a aucun respect pour elle.

Elle lui en veut. Ce salaud l’a salie une fois de trop et elle souhaite que cette nouvelle humiliation l’aide à faire le deuil de leur relation abominable à sens unique. Elle demeure profondément écoeurée et ulcérée de prendre conscience que celui qui a su la ridiculiser comme nul autre est celui qu’elle a chéri plus que sa propre existence. Mais cela, Trisha ne s’en doutera jamais. Pour elle, son petit ami demeurera celui qui l’a trouvée un jour en ville, en larmes, décidant ensuite de rester quelques heures à ses côtés pour la consoler, tel un héros merveilleux et dévoué qu’il est. Ce crétin maitrise tellement l’art de la manipulation que sa rousse s’imagine aujourd’hui que pendant des semaines durant, une pauvre fille à problèmes l’a harcelé pour rechercher un ami à qui se confier, parce que la malheureuse ne savait le faire devant personne d’autre, alors que lui, pauvre altruiste au cœur gigantesque, souhaitait tout sauf cela et le gérait même très mal, de devoir cacher toute cette histoire à sa douce moitié… Joakim a bien joué, réalise Amy. Utilisant à la perfection ses failles, son mal-être connu de tous, il a avancé sa reine sur l’échiquier d’une main de maître. La blondinette vomit en pensée sur la noirceur de son âme. « Ce type est le faux-semblant incarné ! » se retient-elle d’hurler.

Minayaverse

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