Catégorie

L’Améthyste (ツ)

~ 355 ~

Temps de lecture : 5 minutes

 

*

 

=== 10 juin, 13 h 00… ===

Aïsha Mulher pose le pied sur le sol américain après dix-sept interminables heures de vol.  N’ayant pratiquement pas fermé l’œil durant tout le voyage, c’est épuisée et nerveuse qu’elle attend l’arrivée de sa valise sur le tapis roulant des bagages. La veille, et sitôt qu’elle recevait l’e-mail de son époux, elle se précipitait chez elle pour prendre le minimum syndical d’affaires pour une escapade à Los Angeles, tout en passant un coup de fil à la famille pour leur demander de récupérer les enfants à l’école en fin de journée.  Ils devaient aussi les garder quelques jours avec eux. Elle devait s’absenter d’urgence !

 

*

 

Vers treize heures et demie, l’ancien Troublemaker est stupéfait de voir son épouse apparaître devant la porte de sa chambre d’hôtel.  Sa surprise se trahit sans difficulté par ses yeux ébène écarquillés et Aïsha entre à l’intérieur de la pièce en silence.  Elle a l’air exténuée.  Wilfrid lui attrape très vite sa valise pour la poser soigneusement près de son lit. L’air penaud, il a honte d’avoir infligé un si long voyage à son épouse.  Ne sachant pas trop quoi lui bafouiller, il ose alors, avec timidité, beaucoup de maladresses, ainsi qu’un air con dessiné sur le visage :

— Tu…  Tu as reçu mon mail… ?

— À ton avis ? lui répond froidement Aïsha en allant s’asseoir sur son lit.

Elle pose son sac à main et s’étire, jette un œil sur l’ordinateur portable de son époux qui est toujours clapet ouvert.  Curieuse, elle passe le doigt sur le pad et constate qu’il se rallume et que la boite mail de son époux est encore ouverte, sur le pop-up « message envoyé ».  « Son crétin d’infidèle n’a donc plus touché à son laptop depuis l’envoi de son message », songe-t-elle.

— Tu vois, je te l’avais dit, que sa batterie, c’est du costaud, qu’elle lance ensuite en jetant un œil sur l’ordinateur.

Elle lui rappelle ainsi le débat interminable qu’ils ont eu il y a deux ans, le jour où ils ont acheté le fameux laptop.  Wilfrid clamait qu’il n’aurait pas 10 h d’autonomie et que son prix était absurde, tandis que son épouse le contredisait fermement sur le sujet.

— Je suis content de te voir…  bafouilla Wilfrid, honteux, la bouille triste et en détournant le regard pour ne pas croiser celui de sa femme,  Mais Aïsha… Dis-moi ce que tu penses de…  Parce que depuis que je t’ai envoyé le mail, je n’ai plus bougé de la chambre en attendant ta réponse, je ne suis même pas allé soutenir Raph’ pour la perte de son fils…  Je…  Je dois savoir…

Touchée de voir son époux aussi désabusé et anéanti, Aïsha se sent réconfortée dans ses doutes à son sujet.  Cette idiote de Paula n’a pas encore gagné la guerre ; mais le fait qu’elle ait tout de même remporté une bataille énerve Aïsha au plus haut point et son époux va le réaliser.

— Que veux-tu que je te dise ?  Tu m’as trompée, avec cette petite conne, et ce n’est pas une photo de moi et des enfants sur ta table de chevet qui va suffisamment m’émouvoir pour que je ferme les yeux sur ton adultère.

— Aïsha, je…

— Il n’y a pas de « mais ».  Tu m’aimes moi, et blablabla.  Je le sais tout cela, Wilfrid.  Oui, je sais que tu m’aimes !  Et on surmontera ça, mais en attendant…

— Je ferai tout ce que tu voudras pour me faire pardonner…  balbutia honteusement Wilfrid en grimpant sur son lit pour venir se blottir contre son épouse, l’air désespéré.

— J’allais finir ma phrase par : en attendant, sois patient, n’en demande pas trop, alors les grandes effusions de sentiments et les câlins, tu te les gardes pour plus tard.  Lorsque tout ça sera loin derrière nous, lorsqu’on aura réalisé qu’on peut continuer ensemble.

— Ne me dis pas que tu veux faire un break ?!  se fige d’effroi Wilfrid, blanc comme un linge, l’air suppliant.

— Non, bien sûr que non.

— Alors on est encore ensemble… ?

— Oui.

— On reprend l’avion tous les deux demain si tu veux et on rentre chez nous.  s’exclame Wilfrid, le cœur battant.  Comme ça, tu verras bien que je me fiche de Paula !  Je veux rentrer chez nous…

– Pour que tu regrettes pour le restant de tes jours de ne pas avoir saisi cette ultime opportunité ?  Tu sais bien à quel point ça te tient à cœur…  Tu as quelque chose à tenter ici avec tes amis troubleMaker donc, on ne repartira pas avant.  On restera ici tous les deux en attendant.

— Mais… Les enfants ?!  Tu les as laissés chez la mama ?

– Tu as tout compris. Tu vois, on a pas besoin de se presser de rentrer.  Les monstres sont entre de bonnes mains et ne réaliseront même pas notre absence.

— Mais tellement ! glousse Wilfrid, l’air rieur.  Je suis d’ailleurs sûr qu’aucun n’a demandé après moi depuis mon départ !

— De temps en temps, si, j’avais droit à « il revient quand papa », mais c’était toujours celui qui attendait son tour de Xbox qui le demandait…

— Je t’avais dit qu’il fallait tous les noyer à la naissance.

Le couple rit au souvenir de l’ingratitude des enfants de nos jours et Wilfrid propose un restaurant à sa belle sitôt après.  Il a tant à se faire pardonner qu’il décide de se transformer en époux modèle.  Désormais, seuls les intérêts et désirs de sa petite femme compteront à ses yeux et ainsi, il arrivera peut-être à lui prouver son importance dans sa vie…

~ 356 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

La journée a été riche en émotions pour Joey Sanders.  Tôt dans la matinée, on est venu le chercher en cellule pour lui annoncer sa libération.

Le coupable de l’incendie de Black Coat Press s’est apparemment dénoncé aux autorités.  Il a été immédiatement enfermé.  Joey se surprend de ce miracle, puis digère douloureusement d’avoir perdu quatre mois de sa vie.

Il a aussitôt foncé chez sa grand-mère pour y retrouver sa génitrice qui y vit depuis le décès de son père.  Les deux femmes l’enlacent rapidement, comblées de le retrouver.

Quelques heures plus tard, vers dix-huit heures, Joey se rend chez son ex-petite amie, à qui il a tant à dire, car son indifférence et son rejet lui ont souvent poignardé le cœur, alors qu’il était enfermé dans une prison puante et malfamée, entouré de sordides individus qu’il a dû apprendre à côtoyer. 

Malgré leur relation parfois en dent de scie, sa rousse a été sa première petite amie sérieuse et il l’a aimée comme un fou.  C’est pour cela que le jour où il a dû accepter qu’elle ne croie plus jamais en lui parce qu’elle le pensait coupable de l’incendie d’une maison d’édition et d’une manipulation morale à son égard, son monde s’est écroulé.

Il tient donc à lui dire aujourd’hui qu’il y a quatre mois, il ne lui a pas menti.  Il était bel et bien la victime d’une sordide et cruelle supercherie. Il a tant pensé à elle pendant son emprisonnement, qu’il veut lui crier qu’elle a constamment occupé son esprit et qu’il a attendu avec impatience ce jour où, enfin, il se retrouverait de nouveau devant elle pour avoir une vraie discussion en tête-à-tête…

C’est Maya Hill qui lui ouvre la porte de son appartement.  sa fille n’est pas sur place ; sûrement en ville à traîner avec des Drifterz ou en studio pour accompagner Amy Wills.  Joey esquisse un sourire en entendant le prénom de la blondinette qui a fait partie de son ancienne vie, elle aussi.

Avec politesse, Maya propose une boisson fraiche à son invité – ou chaude, c’est comme il veut, il ne paiera pas plus cher ! –, ainsi que des petits gâteaux qu’ils peuvent grignoter en attendant le retour de la rousse satanique !

Joey ne se fait pas prier, trop heureux de retrouver un fragment de son ancienne vie.

L’appartement de son ex-petite amie…

La belle-mère avec qui il s’est toujours bien entendu.

L’atmosphère de ce salon qu’il a toujours trouvée si reposante.  Le moelleux de ces fauteuils qui incite toujours à piquer un somme.  Joey se remémore cette soirée-là où lui et Trisha ont terminé la soirée en faisant des galipettes dessus.

Maya est ravie de le retrouver et s’empresse de l’inonder de questions.

Joey ignore tout de l’identité de celui qui s’est dénoncé pour sa libération.  Sceptique, Maya soupire que « les flics ne pensent qu’à boucler les affaires au plus vite, une histoire de quota tout ça, j’te le dis ! »

Vexé et un peu blessé, Joey se hâte de la reprendre, l’air stressé :

— Ils ont juste su la vérité, je suis réellement innocent.  J’ai été piégé.

— Je n’en doute pas, mon grand, mais je trouve que tout ça s’est fait très vi–

Stressé, Joey l’interrompt pour expliquer ce qu’il sait de sa libération rapide :

– La personne qui s’est dénoncée a avoué que tout ce que je disais il y a quatre mois était vrai.  Maya, sais-tu qu’on m’a ri au nez en février et qu’aujourd’hui, presque tout le personnel du pénitencier m’a souri et salué ?

— Tout va bien, alors. Mis à part que tu ne sais pas qui s’est dénoncé p—

— Rien ne va bien, non, grommelle Joey avec rancœur.  J’ai perdu quatre mois de ma vie, parce que j’ai été piégé !  Et je crois savoir par qui.

— Ah ? s’intrigue Maya, subitement très intéressée par la conversation : « Dis m’en plus, Sherlock Holmes ! »

— C’est Bauer.  Depuis le début il avait des vues sur Trisha et vu la relation unique qu’on avait, il n’avait pas d’autre choix que de…

— Hey, loulou ! Ce n’est pas bien d’accuser sans preuves quand justement, tu viens de voir les conséquences d’une punition injustifiée !

— Oh, mais je trouverais les preuves, Maya, crois-moi que je les trouverais.  Car si je ne connais pas encore l’identité réelle de celui qui s’est dénoncé pour moi, cela ne sera pas difficile à trouver, car il a forcément un lien avec l’entourage de Bauer !  Ce chien, il n’y avait que lui pour…

~ 357 ~

Temps de lecture : 4 minutes

Trisha qui pénètre dans l’appartement force l’ancien prisonnier à s’interrompre sous la surprise. Sur le coup, la rouquine ne le reconnaît pas, tant la prison semble l’avoir changé ; physiquement parlant, du moins. Une barbe naissante, des traits tirés qui façonnent désormais un air durci par la vie et les épreuves, à la place d’un minois soigné.

— Devine qui est venu nous rendre une petite visite ! lance Maya en direction de sa progéniture. Il est de retour !

 — Euh… Joey ?! s’intrigue Trisha, pas vraiment convaincue.

Une demi-heure d’explications plus tard, la rouquine ne sait plus quoi penser de l’histoire absurde qu’on vient de lui narrer.

Son petit ami n’est peut-être pas un saint, mais il n’en est pas au point de faire enfermer un innocent sans raison. Elle s’agace. Son ex doit arrêter de tenter de dénigrer Joakim. La réalisante sceptique, Joey lui confesse alors qu’il est certain que le jeune Bauer a agi ainsi pour l’évincer et lui voler sa copine. Trisha éclate aussitôt de rire et ce comportement met mal à l’aise sa mère, au point qu’elle la gronde peu après, l’air sévère :

— Un peu de respect, chérie, voyons, je ne t’ai pas élevée comme ça. Que tu sois d’accord ou non avec ce qu’il dit ne doit pas t’empêcher de rester courtoise.

— Je sais, excuse-moi, Joey ! se reprend alors Trisha, encore rouge de son fou rire. « Bref tout ça pour te dire que non, tu te trompes à son sujet, car même si Joakim aurait pu te faire un coup pareil, car après tout, ce petit génie en a plus d’une dans son sac, des idées à la con, il faut que tu te rappelles qu’à l’époque, il ne me supportait carrément pas. Il me détestait sincèrement ! Je ne lui plaisais pas. Tu comprends donc qu’il n’avait pas besoin de t’évincer ? Ce n’est pas lui qui m’a couru après, mais l’inverse. »

— « Petit génie » ? reprend Joey, l’air sceptique. Qu’est-ce que tu entends par là ?

— Ah oui, c’est vrai que tu ne peux pas savoir, mais Joakim a plus de 180 de QI, informe Trisha avec énormément de fierté au creux de la voix et avant de la perdre progressivement pour réfléchir sur un point. « Le fait d’être plus intelligent que la moyenne n’est-il pas justement le prérequis pour pouvoir manigancer un plan aussi sordide que celui narré par son ex ? »

— Je vois… souffle Joey, le regard fuyant et perdu dans ses pensées, désormais au taquet pour analyser les informations reçues.

— Arrête avec ton « je vois » qui insinue de la merde, commence à stresser Trisha. Quoique tu puisses penser, ce n’est pas Joakim, ok ? Il n’avait aucune raison de te faire ça et la preuve, ton vrai coupable s’est dénoncé !

— La personne qui s’est dénoncée était manipulée, Trisha, j’en suis certain. Peut-être depuis le début. Après, je n’ai pas de preuves de ce que j’avance, c’est sûr, mais je suis persuadé que c’est quelqu’un de l’entourage de Bauer.

— Et qu’est-ce qui te fait penser ça en fait ? Ta jalousie envers mon mec, non ? 

— Mais… T… Tu sors encore avec lui ? reprend Joey, le cœur brusquement fracassé en mille morceaux. « Non, ne dis rien, cela ne me regarde pas… Mais bref, je ne me base pas que sur ça. Cependant, tu dois savoir que si tu n’as jamais cru en mon innocence, mes amis y croyaient, eux. Ils ont d’ailleurs mené leur petite enquête pendant que j’étais incarcéré. »

— Ouais, je crois avoir entendu un truc comme ça de la part de Mickael, il était venu me voir un jour en classe pour me dire que tu avais été piégé.

— Et tu ne l’as pas cru… ?

— Non.

— Tu aurais peut-être dû, intervient Maya, l’air sévère et en direction de sa fille. « Pas que je sois d’accord avec la théorie “Joakim le grand méchant”, mais de là à lui faire une confiance aveugle, peu importe ce qu’il se dit partout… »

— Partout ? rétorque Trisha, agacée. C’est bon, il ne s’agissait que des nanars de Mickael, qui n’était que moyennement sain et crédible, il suffit de voir comment il a fini… et sachant en plus qu’il a toujours été ton toutou, Joey, je ne pouvais pas le prendre au sérieux.

La rouquine soupire puis reprend, en direction de son ex :

— Bon, de toute manière, pourquoi continuer de parler de tout ça ? Tu es libre maintenant, Joey, alors profite de ta liberté et arrête de te faire du mal en cherchant qui ou quoi !

— Trisha, on m’a volé quatre mois de ma vie et la personne que j’aimais le plus au monde a été la première à me croire coupable d’un crime que je n’ai pas commis, tout ça par la faute d’un connard. Tu peux donc comprendre mon besoin de mettre une identité sur ce type. Et d’ailleurs, toi aussi, tu devrais vouloir faire la lumière sur tout ça, non ? Parce que si c’est effectivement Bauer qui m’a fait ça, vas-tu l’aimer encore en sachant qu’il m’a brisé ?? Tu es quelqu’un d’intègre, Trisha, je le sais…

— Ça suffit, ce n’est pas lui… marmonne Trisha, l’air sombre et un peu perdu. « Je sais que ce n’est pas lui, alors arrête avec tes salades ! Cela ne peut être lui ! Joakim est au-dessus de telles bassesses. Il vaut mieux que ça. »

Minayaverse

⚠️ JavaScript est requis

JavaScript est actuellement désactivé dans votre navigateur.

Ce site nécessite JavaScript pour fonctionner correctement. Veuillez l'activer pour continuer votre navigation.

Comment activer JavaScript :

Chrome / Edge :

  1. Cliquez sur les trois points (⋮) → Paramètres
  2. Confidentialité et sécurité → Paramètres du site
  3. JavaScript → Autorisé

Firefox :

  1. Tapez "about:config" dans la barre d'adresse
  2. Recherchez "javascript.enabled"
  3. Définissez sur "true"

Safari :

  1. Safari → Préférences
  2. Sécurité → Activer JavaScript

Rechargez la page après avoir activé JavaScript