Au même moment, des fragments de l’ego d’Erika Bauer peuvent être ramassés à la cuillère sur le tapis de danse de la salle d’entrainement des Watcha Say. En effet, Jonathan et elle, fiers et prétentieux aujourd’hui alors qu’ils présentaient à leur professeure leur chorégraphie de couple pour les Nationales, qu’ils ont travaillée de A à Z et dont ils sont terriblement fiers, reçoivent désormais l’avis de Linda Stevens sur leur prestation…
— C’est nul, terriblement nul.
Sa voix est sèche alors qu’elle leur laisse tomber cela, l’air désabusé. Blasée, elle reprend :
— Vous m’avez bâclé cette chorégraphie. Avez-vous envie d’être ridicules aux Nationales ? Je commence à croire que vous n’avez aucune estime de vous-même. Mais, l’erreur étant humaine, je ne vais pas en rajouter, mais plutôt vous laisser me gommer cet échec en repartant de zéro, des premiers aux derniers pas. Vous n’avez plus que deux semaines désormais… Je vous conseille donc de vous y mettre dès aujourd’hui, et très sérieusement, si vous ne voulez pas que votre candidature couple soit annulée.
— Au pire, nous pourrions changer de chanson… Celle-là est difficile à exploiter, et… Propose timidement Erika en se mordillant l’index nerveusement, complètement affligée à l’idée de travailler encore et encore sur la même musique.
Elle aimerait repartir sur une nouvelle base plus motivante, effacer l’ardoise et en récupérer une neuve…
— Non. Cette chanson est vraiment très belle et ce n’est pas elle le problème, mais plutôt vous et votre manque d’investissement !
Leur professeur gronde, l’air sévère, juste avant de féliciter à haute voix Molly, qui excelle à quelques mètres de là sur sa propre danse. Comme quoi, son école possède encore un vivier de talents non tari. Erika reste trop laxiste aux yeux de Linda. Pour elle, celle-ci se repose sur ses lauriers depuis sa victoire au Hall of Fame et, malgré ses récentes défaites sur ses trois dernières compétitions, elle ne semble pas avoir pris du plomb dans la tête, bien au contraire…
Say the words, like you believe in // Dis les mots, tels que tu as envie de les dire. Hide the hurt, like you don’t feel it // Cache ta douleur, comme si tu ne laressentais pas. You’re strong enough to let her go // tu es assez fort pour la laisser s’échapper. This is goodbye, just to say so//C’est un au revoir, dis-le simplement.
Noah marche d’un pas assuré en direction de la maison de sa petite amie. Il a enfin pris sa décision, et même si elle ne plaira sûrement pas à la concernée, il reste ferme dessus. Il ne changera pas d’avis…
Il va rompre, car leur histoire n’a aucun avenir. Pour lui, le sien se dessine lentement avec Perrine…
Il espère garder une relation amicale avec sa blonde. Il l’apprécie énormément, malgré tout…
Parce qu’il l’aimait sincèrement. Il ne peut le nier, elle lui manquera post-rupture. Son rire de crécelle, ses manières superficielles — mais très attachantes —, il ne les retrouvera pas ailleurs (et certainement pas chez Perrine).
There is no happy ending // Il n’y a pas de fin heureuse. This love won’t last forever// Cet amour ne durera pas éternellement. It’s time to quit pretending // Il est temps d’arrêter de se bercer d’illusions. Take everything you feel // Fais simplement ce que te dicte ton cœur Make it vanish // Fais disparaître tout ça Make it vanish // Fais disparaître tout ça
I wish our worlds never collided // J’aurais aimé que nos chemins ne se croisent jamais. This won’t work, don’t try to fight it // Tout cela ne fonctionnera pas, cela ne sert à rien de lutter. You’re strong enough to let me go // Tu es assez forte pour me laisser m’en aller.
Il sait que sa personnalité fière, courageuse et impétueuse se remettra rapidement de leur rupture. Sa séduisante Amy a beaucoup de succès auprès des hommes. « Elle l’aura remplacé en moins de deux ! » s’assure-t-il en pensée.
There is no happy ending! This love won’t last forever! It’s time to quit pretending! Take everything you feel! Make it vanish! Make it vanish!
Mais alors qu’il n’a jamais été aussi sûr de lui de toute sa vie, apercevoir soudain Amy, le visage rougi et ravagé par les larmes, lui perfore le cœur.
Il en déglutit maladroitement un faible « bonjour » hésitant, puis la concernée s’effondre dans ses bras en lui apprenant que sa mère vient d’être hospitalisée et qu’on lui a décelé un cancer du foie en phase terminale. Noah n’a pas le temps de prononcer son souhait de rupture…
Son estomac se tord de douleur. Les éléments s’unissent contre lui, il en vient presque à regretter son existence. La boule au ventre, il se désespère de ne jamais avoir son mot à dire face aux événements. Tellement désemparé de ne pas pouvoir diriger son destin… Tout cela semblait écrit. Il n’est décidément destiné qu’à se soucier des autres et n’a pas le droit au bonheur. Un pathétique pantin, une misérable peluche sans personnalité…
Wish I could disappear // J’aimerais pouvoir disparaitre. like I was never here // Comme si je n’avais jamais été là Wish I could disappear // J’aimerais pouvoir disparaître. wish you would just forget // J’aimerais que tu puisses juste tout oublier like we had never met // Comme si on ne s’était jamais rencontré ! Those words were never said // Comme si on ne s’était jamais adressé la parole. Make them vanish // Fais disparaître tout ça Make them vanish // Fais disparaître tout ça
— C’est gentil d’être passé, j’allais justement t’appeler… sanglote Amy dans ses bras. Je ne sais pas quoi faire, Noah, je… Je… J’ose pas aller la voir à l’hôpital… J’ai peur… J’ai tellement peur… Qu’est-ce que je vais devenir, si elle m’abandonne … ? Elle est tout ce qu’il me reste, je… Je ne veux pas qu’elle me laisse toute seule…
— Je suis là… Tu… Tu ne seras jamais toute seule.
« Perrine avait raison. » se désespère-t-il. Il n’est finalement qu’un faible indigne d’elle et de ses sentiments. Il ne l’appellera donc ni ce soir, ni demain ou un autre jour. Ainsi, il lui fera comprendre qu’elle ne s’est pas trompée à son sujet…
There is no happy ending! This love won’t last forever! It’s time to quit pretending! Take everything you feel! There is no happy ending!
This love won’t last forever! It’s time to quit pretending! Take everything you feel! Make it vanish! Make it vanish!
Une fois n’est pas coutume, Joakim rentre chez lui immédiatement après sa séance avec son psy. Pour une fois, il n’a pas eu envie de trainer à droite à gauche avant de rentrer…
Pénétrant sur la terrasse intérieure de la maison, il remarque très vite, à travers les grandes vitrées du salon, son père occupé à gratter sur la vieille guitare sèche qu’il s’est achetée il y a une dizaine d’années. Il l’avait ensuite soigneusement rangée dans un placard pour ne plus jamais la ressortir…
Joakim n’attend pas pour le taquiner sur le sujet, sitôt qu’il met un pied dans le salon, riant qu’après avoir dépoussiéré sa guitare électrique, voilà qu’il fait la même avec la sèche ?? L’air sérieux, il ajoute ensuite que son interlocuteur n’a pas perdu la main, il semble encore bon à quelque chose !
Surpris par la réplique, Raphael la prend comme un compliment et remercie son aîné, avant de lui apprendre la proposition de ses amis musiciens.
« C’est une bonne idée », réagit sans attendre Joakim.
Il demande ensuite à son père de lui chanter quelque chose en acoustique, afin de vérifier que les années n’ont pas grignoté son talent ! Il a des doutes…
Raphaël rit de la taquinerie et obéit rapidement à sa progéniture :
LetterToMySon Enation
0:00 / -:--
♪ Letter to my son – Enation ♪
Listen to me carefully, piccolo bambino // Écoute-moiattentivement, p’tit bambin Papa’s singing to you now so listen with your soul // Papa chante pour toimaintenant, alors écoute avec toute ton âme…
Vanity, oh vanity’s a chasing of the wind // La vanité, la vanité, c’est chercher à brasser de l’air Everything we do here will one day end // Tout ce que nous faisons ici bas prendra fin un jour. Touch a stove and you’ll get burned, run and you may fall. Touche une poêle et tu te brûleras, cours et tu te casseras la gueule. Stand too long in one place, you might not live at all // Reste trop longtemps au même endroit, et tu passeras sans doute à côté de ta vie.
Put her on a pedestal and she might follow you. Mets-la sur un piédestal, et peut-être te suivra-t-elle. Make sure you know that she’s the one before you say, « I do. » // Sois sûr qu’elle est la bonne, avant de lui dire « oui, je le veux ». Money fades and glory tells the biggest of lies // L’argent et la gloire corrompent, dit le plus grand des mensonges. Welcome homes are always so much better than goodbyes // Un « Bienvenue à la maison » vaut toujours mieux qu’un « Au revoir ».
Beauty and charm deceive, virtue it is rare // La beauté et le charme trompent, la vertu est rare. Rain falls on everyone, the stoic and the scared. // La pluie tombe sur tout le monde, le stoïque et l’effrayé. Try to learn from my mistakes, avoid stubbornness // Essaie d’apprendre de mes erreurs, ne sois pas têtu. A lie might get you what you want, but it won’t keep many friends. Un mensonge t’amènera peut-être où tu veux, mais il ne fera pas rester un ami.
Drink too much and you’ll get drunk, sleep around and see // Bois trop et tu seras saoul, dors dehors et observe All that you’ve really known is vanity // Tu verras que tout ce que tu vois, c’est de la vanité. In the end you will not care how much you made. À la fin, tu ne feras plus attention à tout ce que tu as offert. As visions fade and the days erase, love is what remains // Quand on ne voit plus et que les jours effacent ce qui a été vu, l’amour est tout ce qu’il nous reste.
Nothing you could ever do could make me love you more // Rien de ce que tu pourras faire ne pourra me faire t’aimer plus. Nothing you will ever do could make me love you less // Rien de ce que tu as déjà fait ne pourrait me faire t’aimer moins.
[…]
Remember who you are, my son, the world can never tell // Souviens-toi qui tu es, mon fils. Car le monde ne saura jamais te le dire.
The first twenty years are the longest of your life // Les vingt premières années de ta vie sont les plus longues. Don’t be in too big a rush to have them all go by // Ne sois pas trop pressé de les voir se terminer. Be gracious to the stranger, be wary of men // Aie pitié de l’étranger, méfie-toi des hommes. Jealousy is poison and envy is its friend // La jalousie est un poison et l’envie est son amie.
Stay away from the loose girl, it’s never too soon // Reste loin de la fille paumée, il n’est jamais trop tôt pour la croiser. If you don’t want to sleep with her, don’t go in her room. Si tu ne veux pas coucher avec elle, ne va pas dans sa chambre. Dream out loud day and night under the sun and under the stars // Rêve jour et nuit, sous les nuages ou les étoiles.
Never ever apologize for being who you are // Ne t’excuse jamais d’être ce que tu es. Please do not despise the wounds of a friend // N’ignore jamais les blessures d’un ami. Bring it all into the light, never hold it in // Ramène-le vers la lumière, ne le laisse pas derrière.
Notice all the beauty that surrounds you every day. Constate toutes les petites choses merveilleuses qui t’entourent. A rainless night, a cloudy sky, a hug that’s on the way… // Une nuit sous la pluie, un ciel nuageux, un baiser au bout du chemin…
Dès la fin de la chanson, Joakim avoue que son père n’a rien perdu au fil des années. son don ne l’a pas quitté… Il devrait donc en effet accepter la proposition des autres Troublemakers et si leur groupe doit partir en tournée musicale, il pourra compter sur lui pour prendre soin des plus jeunes de la fratrie.