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L’Améthyste (ツ)

~ 244 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 


Trisha reste plantée devant son immeuble, plus muette qu’une carpe. Elle n’ose plus prononcer la moindre parole. Elle meurt de honte et dévisage son petit ami parti s’asseoir contre sa moto à l’arrêt.


Le couple va rester ainsi, en silence, pendant de nombreuses minutes, aux allures d’éternité. Tous les deux réfléchissent à la réaction à adopter…

Joakim, le visage plus fermé que jamais, fixe un point invisible au loin, l’air indifférent, comme si rien ne l’avait atteint, comme s’il se fichait de tout. Cette capacité à être un monstre d’insensibilité impressionne Trisha. Mais pas dans le bon sens…


L’air désemparé, les yeux humides, elle se retient de fondre en larmes.


Elle refuse de pleurer devant lui, mais le challenge se révèle ardu… Son désintérêt la démolit à petit feu. Sa combativité fond comme neige au soleil, elle perd espoir et songe à baisser les bras. Elle doit arrêter d’espérer et de prier pour eux… « Ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, stop ! », se résigne-t-elle en pensée.

 

Grégoire Les Roses De Mon Silence FULL VERSION
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♪ Les Roses de mon silence — Grégoire ♪


— J’aurais essayé… bafouille-t-elle, la gorge nouée, l’estomac retourné. « On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé… »

— De quoi ? Qu’as-tu essayé ? réagit enfin Joakim, quittant finalement le cadran de sa moto du regard pour le ramener vers elle, l’air sceptique, interloqué par ses larmes.

Il ne les comprend pas, mais cela ne lui dit rien qui vaille.

C’est si dur de trouver les mots.
Pour te dire tout ce que je pense.
Je suis bien loin d’être Rimbaud.
Bien loin d’avoir son éloquence,


— J’ai essayé parce que j’y ai cru, je m’y suis accrochée, répond Trisha en balbutiant à moitié entre deux sanglots, comme si elle se parlait à elle-même.

Assise au banc des accusés, elle se justifie devant des jurés imaginaires. « Coupable d’avoir été trop conne… », songe-t-elle, dégoûtée par sa propre naïveté et bêtise.


— Ce truc que tu m’as dit, je… Je m’y suis accrochée, je pensais qu’il y avait dedans une part de vérité, poursuit-elle, l’air abattu. Mais, au final, tu es bel et bien ce contre quoi tu m’avais mise en garde, au tout début de notre histoire, je ne suis qu’une idiote, et je… Je…

— Qu’est-ce que je t’ai dit ? questionne Joakim, l’air ahuri. J’ai dit quelque chose, moi ?

Je ne sais pas manier les phrases.
Pour avouer mes sentiments
Je n’ai pas assez d’emphase.
Alors, voici en attendant


— Tu ne te souviens pas ? Ce fut le plus beau jour de notre histoire, pour ma part, du moins, car j’ai cru que tu tenais à moi ! Tu… Tu… Tu m’as dit « je t’aime ».

Toutes les roses de mon silence
Tous mes poèmes, feuilles blanches
Mon plus beau bouquet de patience
J’ai mis des baisers sur les branches.

Joakim lève un sourcil, l’air étonné, puis laisse échapper un petit ricanement.

J’ai griffonné tous mes cahiers.
Pour t’envoyer mon cœur à nu.
Mais mes doigts ne sauront jamais
Dire à quel point tes yeux me tuent.


— Pardon ? Je pense que tu as dû rêver. C’était quand ?

Quand je m’élance, je recule.
Je n’ai à la place du cran.
Que la peur d’être ridicule
Alors, voici en attendant

« Les gens ont peur d’eux-mêmes, de leur propre réalité, par-dessus tout de leurs sentiments. »  [Jim Morrison]

~ 245 ~

Temps de lecture : 5 minutes

Toutes les roses de mon silence
Tous mes poèmes, feuilles blanches.

— Waouh… Jusqu’au bout, tu auras été dégueulasse… , déglutit Trisha, profondément blessée.

Elle se mord les lèvres de colère. Dans cinq minutes, si l’idiot cruel ne déguerpit pas d’ici, elle le giflera. Elle le déteste !

Mon plus beau bouquet de patience
J’ai mis des baisers sur les branches.

— Je suis pas dégueulasse, c’est juste que je n’ai jamais dit une chose pareille. Tu racontes n’importe quoi.

J’ignore ce que tu en feras.
Je ne sais même pas où tu es.

— Si tu veux ! Allez, j’en ai assez, restons en là !
— Hein ? Mais pourquoi ?

Mais si tu penses un peu à moi.
Je t’en prie, ne laisse pas faner.


— Parce que je t’aime, moi ! Et je ne peux pas continuer d’aimer à sens unique, je suis désolée, je t’avais dit que je serais satisfaite de notre relation et que je ne te demanderais rien de plus que le peu que tu daignes m’offrir, mais j’ai menti car au final si, j’ai besoin de beaucoup plus !


— Comme d’un mannequin qui a 20 de QI ? ironise Joakim en ricanant à nouveau.

— Qui es-tu pour juger son intelligence ?! Et puis, peut-être ! Tu sais qu’il tient à moi, lui, au moins !! Avec lui, je me sens valorisée, j’ai l’impression d’exister… Il me donne de l’attention !

— Je l’emmerde.

Toutes les roses de mon silence
Tous mes poèmes, feuilles blanches.
Mon plus beau bouquet de patience
J’ai mis mes baisers sur les branches.

— J’en doute pas… Bref, je vais monter maintenant, au revoir Joakim… On aura passé de bons moments tous les deux… Alors rentre bien et prends soin de toi…

Its No Secret Nevertheless Lyrics
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♪ Its-No-Secret – Nevertheless ♪


— Eh, attends, où tu vas ?! Reviens ! l’appelle-t-il énergiquement en se précipitant pour l’attraper par la taille et la forcer à se tourner dans sa direction.

[…]

I live like I’m changing with the seasons // Je change avec les saisons.
When you give me every reason to stay by your side, but still I hide// Alors que tu me donnes toutes les raisons de rester à tes côtés, je fais semblant de pas le voir.

And it’s no secret, I know everybody knows //  Mais pourtant ce n’est pas un secret et tout le monde le sait.
I need you, I need you // Que j’ai besoin de toi, que j’ai besoin de toi

L’air perdu, il plonge son regard dans le sien, tout en se grattant bêtement la tête.

— Pourquoi est-ce que tu es énervée contre moi en fait? Je veux pas que tu t’en ailles, reste avec moi. Tu le sais, que je tiens à toi. J’ai besoin de toi. Ne me laisse pas…

It’s no secret, I’m afraid to be alone. Ce n’est pas un secret, j’ai peur d’être seul.
I need you, I need you now // Que j’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi maintenant.


— Hein ? Mais pourquoi choisis-tu ce moment-là pour m’offrir ce que j’ai toujours voulu ?!  explose Trisha, profondément énervée et émue, le cœur en miettes, mais battant à tout rompre.

L’air perdu, désespérée, elle reprend :


— Ne joue pas avec moi, Joakim, s’il-te-plaît…  Sois humain, je, je…

I gotta get this off my chest // Il faut que je retire ce poids de ma poitrine.
I’ve been drowning in the ocean, pledging my devotion // J’ai l’impression de me noyer dans l’océan, alors que je jure mon dévouement.

— Trisha, je n’ai jamais joué avec toi.  Arrête de pleurer s’il te plait…  bafouille Joakim en prenant tendrement ses deux mains tremblantes.  Je suis désolé, si j’ai été un trou du cul… Pardon…

To the one I left for something in between, my head’s in the unseen // À celle que j’avais presque lâchée pour de mauvaises raisons.
You’ve been here everyday, I ran away //  Tu étais là tous les jours, et moi je te fuyais.


— Ce… Ce n’est pas grave, bégaie Trisha entre deux sanglots, très émue de voir son compagnon tenter de la garder.


— Tu veux monter ? lui propose-t-elle timidement pour enterrer la hache de guerre, tout en étant un peu inquiète de sa future réponse.

Elle se blottit contre lui pour qu’il ne voie pas son visage mouillé par les larmes, sûrement souillé par un mascara dégoulinant.

 — À moins bien sûr que tu aies à faire, ce soir, ce n’est pas grave, dans ce cas… ajoute-elle en prévention, dans un soupir.

And it’s no secret, I know everybody knows //  Mais ce n’est pourtant pas un secret.
I need you, I need you // J’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi.

— Je reste avec toi. Je te promets de ne plus jamais te faire pleurer.

— C’est vrai ? taquine Trisha, surprise, en ravalant un dernier sanglot.  Parce que parfois, tes promesses, hein !

It’s no secret, I’m afraid to be alone. Ce n’est pas un secret, j’ai peur d’être seul.
I need you, I need you // J’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi.


— Je te le jure, lui certifie Joakim en la serrant un peu plus contre lui.

Every single second, every minute that goes by // À chaque seconde, à chaque minute qui s’écoule
I need you, I need you // J’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi.

Il réalise aujourd’hui que, malgré que son intelligence lui ait toujours permis de ne jamais rien craindre ou redouter, ce soir, il a été terrifié à l’idée de la perdre.  Il en a encore mal entre les côtes et cette douleur l’a profondément surpris en lui offrant une très désagréable sensation.

« C’est donc ça, tenir à quelqu’un ? »


« Ce que l’amour nous procure, c’est de la haine et de l’attention.  C’est de la peine et de la passion. »

~ 246 ~

Temps de lecture : 3 minutes

*


Le couple réconcilié rejoint l’appartement de la rouquine et plus particulièrement la chambre de celle-ci, tout en entrecoupant le trajet par de nombreuses pauses, prétextes à embrassades.


Une fois sur place, Trisha prévient son homme qu’elle l’abandonne quelques instants pour filer se démaquiller pour la nuit.  Joakim la laisse donc s’échapper de la pièce, presque à contrecœur.

Une fois seul, il s’étire et patiente sagement, quand tout à coup, il entend le sac à main de sa petite amie émettre un bruit de vibrations.


Tenaillé par une vive curiosité, il se jette sans attendre sur l’iPhone de sa rouquine, pour constater l’arrivée d’un message instantané de Jay Kellers.

« Trisha ? Il se passe quoi, là ? »


Alors que Joakim se préparait à envoyer un lot d’insultes à celui qui essaie, une fois de plus, de marcher sur ses plates-bandes, il se désiste finalement. Il préfère, à la place, lire les conversations précédentes entre sa compagne et celui qu’il a presque défiguré il y a peu.  La longueur de leur discussion a évidemment titillé sa curiosité et maintenant qu’il fait défiler toutes les bulles de parole sans en voir la fin, il réalise que cela fait depuis un sacré moment que sa rousse est proche d’un autre homme.  Il ne l’a pas vue venir, celle-là…


Sa colère se mue peu à peu en profonde tristesse et, blasé, un peu amorphe, il ne réalise même pas le retour de sa rouquine dans la chambre,


— Joakim ? lui fait-elle alors en remarquant très vite ce qu’il lit avec assiduité. 

Certains échanges parfois amicaux, voire un peu coquins.  Un jeu de séduction subtil auquel elle et Jay Keller s’adonnaient depuis de nombreuses semaines.  Trisha en déglutit de honte et dévisage son petit ami, l’air inquiet, mais toutefois profondément sincère :

— Je ne vais pas te mentir, on a flirté…  Mais, je peux te jurer une chose, c’est qu’il ne s’est jamais rien passé de plus.  On a rien fait, je te le promets.

Pour unique réponse, Joakim repose le téléphone là où il l’a subtilisé, avant de l’attraper pour l’embrasser fougueusement.


Elle lui appartient.  Et il ne la laissera plus jamais lui échapper.

Minayaverse

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