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Trisha reste plantée devant son immeuble, plus muette qu’une carpe. Elle n’ose plus prononcer la moindre parole. Elle meurt de honte et dévisage son petit ami parti s’asseoir contre sa moto à l’arrêt.

Le couple va rester ainsi, en silence, pendant de nombreuses minutes, aux allures d’éternité. Tous les deux réfléchissent à la réaction à adopter…

Joakim, le visage plus fermé que jamais, fixe un point invisible au loin, l’air indifférent, comme si rien ne l’avait atteint, comme s’il se fichait de tout. Cette capacité à être un monstre d’insensibilité impressionne Trisha. Mais pas dans le bon sens…

L’air désemparé, les yeux humides, elle se retient de fondre en larmes.

Elle refuse de pleurer devant lui, mais le challenge se révèle ardu… Son désintérêt la démolit à petit feu. Sa combativité fond comme neige au soleil, elle perd espoir et songe à baisser les bras. Elle doit arrêter d’espérer et de prier pour eux… « Ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, stop ! », se résigne-t-elle en pensée.
♪ Les Roses de mon silence — Grégoire ♪

— J’aurais essayé… bafouille-t-elle, la gorge nouée, l’estomac retourné. « On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé… »

— De quoi ? Qu’as-tu essayé ? réagit enfin Joakim, quittant finalement le cadran de sa moto du regard pour le ramener vers elle, l’air sceptique, interloqué par ses larmes.
Il ne les comprend pas, mais cela ne lui dit rien qui vaille.
C’est si dur de trouver les mots.
Pour te dire tout ce que je pense.
Je suis bien loin d’être Rimbaud.
Bien loin d’avoir son éloquence,

— J’ai essayé parce que j’y ai cru, je m’y suis accrochée, répond Trisha en balbutiant à moitié entre deux sanglots, comme si elle se parlait à elle-même.
Assise au banc des accusés, elle se justifie devant des jurés imaginaires. « Coupable d’avoir été trop conne… », songe-t-elle, dégoûtée par sa propre naïveté et bêtise.

— Ce truc que tu m’as dit, je… Je m’y suis accrochée, je pensais qu’il y avait dedans une part de vérité, poursuit-elle, l’air abattu. Mais, au final, tu es bel et bien ce contre quoi tu m’avais mise en garde, au tout début de notre histoire, je ne suis qu’une idiote, et je… Je…
— Qu’est-ce que je t’ai dit ? questionne Joakim, l’air ahuri. J’ai dit quelque chose, moi ?
Je ne sais pas manier les phrases.
Pour avouer mes sentiments
Je n’ai pas assez d’emphase.
Alors, voici en attendant

— Tu ne te souviens pas ? Ce fut le plus beau jour de notre histoire, pour ma part, du moins, car j’ai cru que tu tenais à moi ! Tu… Tu… Tu m’as dit « je t’aime ».
Toutes les roses de mon silence
Tous mes poèmes, feuilles blanches
Mon plus beau bouquet de patience
J’ai mis des baisers sur les branches.
Joakim lève un sourcil, l’air étonné, puis laisse échapper un petit ricanement.
J’ai griffonné tous mes cahiers.
Pour t’envoyer mon cœur à nu.
Mais mes doigts ne sauront jamais
Dire à quel point tes yeux me tuent.

— Pardon ? Je pense que tu as dû rêver. C’était quand ?
Quand je m’élance, je recule.
Je n’ai à la place du cran.
Que la peur d’être ridicule
Alors, voici en attendant
« Les gens ont peur d’eux-mêmes, de leur propre réalité, par-dessus tout de leurs sentiments. » [Jim Morrison]




















