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L’Améthyste (ツ)

~ 232 ~

Temps de lecture : 9 minutes

— Bonjour, enchanté de faire votre connaissance, réagit Raphaël au plus vite et avec politesse, souriant à son interlocuteur. « Je peux faire quelque chose pour vous ? J’espère que vous n’allez pas m’annoncer que mon fils perturbe votre cours, ou autre ! »

Il lance sa question d’un air amusé. Il essaie de pimenter la future conversation d’humour, car il se pourrait que celle-ci lui déplaise très vite. Qu’est-ce que son idiot de fils a bien pu encore faire pour que son professeur en arrive à devoir venir sonner ici… ?

— Joakim ? Perturber mon cours ? Encore faudrait-il qu’il y vienne régulièrement, pour cela ! souligne avec légèreté le professeur. Mais, rassurez-vous, je ne suis pas là pour vous parler de son absentéisme, mais plutôt de…

— Pardonnez-moi mon impolitesse, je vous interromps, vous avez dit « absentéisme » ? Mon fils ne va pas en cours ? s’interroge Raphaël avec dégoût ainsi qu’une soudaine honte.

Décidément, son aîné lui en fait voir de toutes les couleurs ! Il aimerait bien lui attraper la tête et la jeter dans un panier de basket !

— Vous n’étiez pas au courant ? s’étonne son interlocuteur. Cela ne me surprend qu’à moitié, Joakim a l’air d’être un jeune homme assez discret.

— Je peux vous offrir à boire ? Un café ou autre ? Parce que je sens que la conversation va être longue, vous devez tout me dire sur mon fils ! Parce que je vous jure que s’il sèche les cours, je n’étais absolument pas au courant.

— Le lycée ne vous a-t-il jamais appelé pour vous en prévenir ?

— Euh… Non. Mais, je crois que Joakim a fait mettre son numéro personnel comme contact pour la famille, ou alors c’est le mien, mais je n’ai jamais reçu d’appel, enfin, je ne m’en souviens plus. Excusez-moi, tout cela remonte à son entrée au collège, alors ma mémoire me joue des tours.

— Vous avez l’air d’avoir énormément confiance en votre fils, je me trompe ?

— En effet, c’est le cas… Mais, après ce que vous m’avancez, je commence à le regretter, grince Raphaël en riant jaune. Sincèrement, je ne sais vraiment pas quoi vous dire, et…

— À mon tour de m’excuser pour mon impolitesse, car je vous interromps : je ne suis absolument pas venu vous voir pour les absences de Joakim, mais plutôt pour vous demander ce qu’un élève aussi brillant fait dans ma classe. Je suppose que vous n’ignorez pas son incroyable potentiel ?

— Pardon ?

La surprise ainsi que l’incompréhension de Raphael sont palpables et son interlocuteur les ressent immédiatement. Il reprend avec un sourire espiègle :

— J’ignore pourquoi, mais cela ne me surprend que très peu.

— Soyez plus clair, vous avez parlé d’incroyable potentiel ? Dans quel domaine ?

— Pour faire clair, monsieur Bauer, je pense que votre fils a un don pour les mathématiques. N’avez-vous jamais pensé qu’il puisse être surdoué ? Voire plus encore ?

— Sérieusement ? Il est en effet très intelligent, mais je n’ai jamais rien vu d’incroyable et exceptionnel pour pouvoir penser ça. Ses notes sont passables. Êtes-vous sûr de ne pas vous tromper d’élève ? Joakim se débrouille depuis toujours à l’école, mais il n’a jamais eu de félicitations ni d’encouragements de ses professeurs, bien au contraire. Vous devez d’ailleurs savoir qu’il se cantonne à la moyenne.

— Dites-m’en plus ! Je suis de plus en plus fasciné par votre fils ! Trouveriez-vous culotté que je vous demande de jeter un œil dans sa chambre ? Je me sens comme Sherlock Holmes sur une enquête, alors si vous me retirez mon os maintenant, j’aurai cette frustration jusqu’à la fin de mes jours !

Le professeur a terminé sa phrase avec un amusement certain. Il rit. Pour lui, élucider l’histoire de son pire élève devient un jeu, une quête.

— C’est assez délicat, car Joakim a une sainte horreur que l’on pénètre dans son antre. Cependant, puisque les absents ont toujours tort, suivez-moi ! C’est au second étage.

— Merci infiniment !

— Et sans vouloir être indiscret, pourquoi tenez-vous à voir sa chambre ? Je n’arrive pas à saisir comment cela pourrait vous montrer quoi que ce soit. Sa chambre est celle d’un ado normal… Elle refoule parfois une odeur suspecte que l’on soupçonne nourrie d’un mélange de sueur et de vieilles chaussettes sales…

— Un ado à première vue normal… Vous me fascinez, monsieur Bauer ! s’exclame Charles en pénétrant enfin dans la chambre de son élève, sur les talons du père de celui-ci.

— Voilà, voilà, faites comme chez vous, mais ne déplacez rien, prévient Raphaël avec sérieux, avant de reprendre avec une pincée d’humour : des gens sont morts pour moins que ça.

— Je peux ? demande sans attendre Charles en posant sa main sur l’un des tiroirs du bureau de Joakim. Juste un œil !

— Oui, oui, bien sûr, accepte sans rechigner Raphaël en laissant son interlocuteur fouiller dans le bureau de son fils.

Son interlocuteur sort de nombreux cahiers et feuilles de mathématiques des tiroirs, fouine avec avidité et précaution dans les papiers, les notes de sa progéniture… Raphaël reprend, sceptique :

— Pensez-vous réellement que mon fils pourrait être « surdoué » ? Parce que, sincèrement, nous n’avons jamais eu le moindre indice pour avoir le moindre doute sur le sujet…

— Ne culpabilisez pas d’être passé à côté, j’ai côtoyé votre fils et je peux confirmer qu’à première vue, strictement rien ne nous met sur la voie. C’est ce qui m’intrigue le plus, car ce n’est pas particulièrement habituel.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ? Je ne comprends pas…

— Ce qu’il y a, monsieur Bauer, c’est que votre fils n’est pas simplement surdoué. Si ce n’était que ça, je n’aurais pas pris la peine de me déplacer.

— Comment ça ?

— Je ne cherche qu’à confirmer mes soupçons, ajoute Charles en éparpillant de nombreuses feuilles griffonnées de formules de mathématiques sur le bureau de son élève. Vous savez ce que c’est, ça ?

— Euh, ses cours de maths ? En reste sceptique. Raphaël, plutôt mal à l’aise,

— J’aurais tant aimé pouvoir enseigner cela ! pouffe le professeur. Mais, non, ce que vous voyez là, votre fils ne l’a pas sorti de mes cours, et c’est ce qui est le plus fascinant, monsieur Bauer, car votre fils est à l’évidence un véritable génie des mathématiques.

« J’aurais tant aimé pouvoir allumer son ordinateur pour recueillir plus d’informations sur ce qu’il peut faire hors cours. Cependant, je pense qu’il ne faut pas que je me donne cette peine, à mon avis. Il doit y avoir un mot de passe dès l’ouverture de la session, et ce n’est même pas la peine que je tente d’accéder aux données de quelqu’un plus intelligent que moi ! »

Charles rit avec amusement en disant cela, encore envoûté par les formules de son élève qu’il n’arrive même pas à analyser correctement tant elles semblent complexes.

— Je n’ai pas pu vous servir à grand-chose jusqu’à maintenant, mais ça, au moins, je peux vous le confirmer, il verrouille en effet son ordinateur, lui apprend Raphaël, encore sceptique face à ce qu’il vient de découvrir.

— Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, sourit Charles en commençant à ranger soigneusement les affaires de Joakim qu’il avait éparpillées un peu sur tout le bureau, tout en observant avec intérêt les quelques encyclopédies scientifiques de sa bibliothèque.

Décidément, cet adolescent le fascine, mais il doit prendre congé désormais. Souriant, il ajoute alors :

— Je dois rentrer car ma femme, elle, n’a pas besoin d’être un génie pour savoir m’arracher la tête quand je rentre tard !

— Pardonnez-moi de douter de vous, mais êtes-vous vraiment sûr de ce que vous avancez sur mon fils ? Reste sceptique, Raphaël, l’air perturbé. Parce que, sincèrement, si mon fils était réellement ce que vous pensez, ses notes au lycée s’en ressentiraient et vous êtes bien placé pour savoir que ce n’est pas le cas.

— Cela ne veut rien dire, Monsieur Bauer. Saviez-vous qu’Einstein lui-même, lorsqu’il était enfant, peinait beaucoup avec l’enseignement dit « traditionnel » ? C’est ce qui l’a amené, avec le temps, à préférer avoir ses idées « à lui ». Les génies ne sont pas forcément des surdoués, il faut savoir dissocier ces deux termes.

« Un génie aura une vue nouvelle sur les choses, tandis qu’un surdoué saura jongler avec une aisance inouïe sur les idées anciennes. Alors certes, monsieur Bauer, Joakim n’a rien d’un surdoué, il déteste mes cours, il ignore ce qu’on lui enseigne et a sans doute des difficultés à l’assimiler, mais désormais je sais pourquoi. C’est tout simplement parce qu’il est meilleur que nous tous réunis ! Il nous trouve ridicules et crée lui-même son propre enseignement. »

— Eh bien alors, si… si vous le dites… en reste abasourdi Raphaël, toujours sceptique, mais également désormais très triste et abattu. « Vous devez penser que je suis un mauvais parent de ne pas avoir été capable de m’en apercevoir tout seul, n’est-ce pas… »

— Absolument pas. Parce que votre fils dissimule son potentiel inouï au quotidien et je vous invite à creuser là-dessous pour en trouver les raisons. Un être tel que lui ne devrait pas perdre son temps dans un lycée ordinaire, c’est insensé qu’il se perde dans un cursus normal et je suis certain qu’il le sait. Mais, malgré cela, il semble se complaire dans cette situation et, pour son bien, il faudrait en comprendre les raisons.

— Pour son bien ? angoisse Raphaël, perplexe. Je pense que, comme tous les adolescents de son âge, mon fils est atteint de flémingite aiguë !

— Sans vouloir vous offenser, je ne pense pas, monsieur Bauer, que les génies sont fainéants, ils ont au contraire soif de nouveautés, de découvertes, ils veulent innover, créer, contredit le professeur en perdant son ton enjoué et plein d’amusement. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’être assez proche d’un adolescent qui ressemblait énormément à votre fils et je ne voudrais pas qu’il arrive la même chose à Joakim. C’est pour cela que je tenais à vous voir en privé, parce que pour votre fils, il n’est sans doute pas trop tard.

— Je ne vous suis plus, de quoi me parlez-vous ? Qu’est-il arrivé à cet adolescent ?

— Il nous a quittés il y a cinq ans. Les dernières semaines de sa vie, il s’est enfermé dans une solitude de plus en plus imperméable, et le temps que l’on réalise l’étendue de son mal-être. Il était passé à l’acte.

— Mon Dieu… Je suis sincèrement désolé, déglutit tristement Raphaël, avant de reprendre avec une assurance et une confiance en son fils inébranlables : « Je vous remercie du fond du cœur de vous être intéressé à Joakim, mais je peux vous assurer que, même s’il est caractériel, il n’est ni suicidaire ni seul. Il a beaucoup d’amis, vous savez ! Bon, certes, je n’en connais que la moitié, parce que je lui fais une confiance quasi aveugle quant à ses fréquentations, mais c’est parce que je sais ce que je fais… Mon fils va bien, monsieur, je vous le promets. »

— En êtes-vous sûr ? Parce que, vu la façon dont vous me dites tout ça, j’ai plutôt l’impression que vous tentez de vous rassurer par tous les moyens. Ce qui est une erreur, car votre fils n’est pas un adolescent ordinaire qui n’aurait besoin que d’une bande d’amis de son âge pour s’épanouir, bien au contraire.

« Vous devez commencer à le voir pour ce qu’il est vraiment et essayer de le comprendre pour ce qu’il pourrait ressentir au quotidien. Essayez de vous mettre dans la peau d’un être doté d’une intelligence supérieure, mais qui erre dans un monde qui n’est pas à son niveau. Si vous le faites, pouvez-vous réellement penser que Joakim est heureux ? Vous allez dire que cela ne me regarde pas, mais personnellement, du peu que j’ai vu au lycée, je pense pouvoir m’avancer que non, il ne l’est pas. Bien au contraire. Il me rappelle cet ancien élève dont je vous ai parlé. Il lui ressemble énormément. »

— Que me conseillez-vous, alors ? Mes relations avec mon fils sont fragiles et je ne voudrais pas qu’il s’imagine que je souhaite marcher sur ses plates-bandes ; j’ai toujours mis un point d’honneur à le traiter comme un adulte et il le sait. Il ne supporterait pas que je me mêle subitement de sa vie et de ses agissements.

— Vous devez comprendre pourquoi il dissimule son potentiel. Si vous ne vous sentez pas capable de le cerner, n’en ayez pas honte, cela serait tout à fait compréhensible ; faites-le aider par un professionnel, c’est crucial, car Joakim est jeune, et il a encore toute sa vie devant lui, et, si cela se trouve même, un avenir des plus brillants ! Il ne doit pas continuer de gâcher ce qu’il est.

~ 233 ~

Temps de lecture : 3 minutes

 

*

 

Alors que Raphaël et le professeur de son fils redescendent au rez-de-chaussée en terminant tranquillement leur discussion, Joakim pousse soudain la porte d’entrée de la maison. Sa réaction est immédiate :

— Monsieur Ogilvie ? s’intrigue-t-il, sceptique

— Joakim ! Comment vas-tu ? renvoie chaleureusement le concerné.

— Que faites-vous ici ? reprend l’adolescent dont le stress grimpe en flèche.

— Il est venu discuter de deux ou trois petites choses, mais il repartait, là, intervient Raphaël en continuant d’escorter son invité.

— Joakim, as-tu déjà fait un test de Q.I. ? lance Charles sans l’once d’une hésitation.

— Pardon ? réagit nerveusement le lycéen. Ça vous prend souvent de débarquer chez vos élèves pour ça ?

— C’est une simple question, je suis simplement curieux ! Sachant que les génies sont généralement fiers de leurs Q.I., j’étais persuadé que, toi, tu connaissais le tien.

— C’est quoi ce cirque ?! gronde désormais Joakim en direction de son père.

Ne pouvant agresser son professeur, il se dirige instinctivement vers celui qu’il pourra asséner de reproches.

— Intéressant, lorsque tu dois t’en prendre à quelqu’un, tu te jettes sur ton père. C’est une piste à creuser ! souligne Charles, tout en se rapprochant de Joakim pour lui tendre du bout des doigts la carte d’un psychologue de renom. « Tiens, je le connais personnellement. Contacte-le en disant que tu viens de ma part. »

— Est-ce que vous vous moquez de moi ? s’énerve Joakim en enfonçant nerveusement la carte au fond de sa poche, après l’avoir froissée de toutes ses forces.

— En ai-je l’air ?

— Vous venez chez moi pour me traiter de cinglé ?! Mais, vous êtes malade, ou quoi ?!

— Joakim, Joakim… Comment un jeune homme aussi brillant que toi peut avoir une vision aussi réduite des psychologues ? Ton intelligence ne mérite pas de telles pensées idiotes, respecte-la.

— J’en ai assez entendu, vous êtes complètement taré.

— Pourquoi es-tu aussi en colère, Joakim ? D’où vient cette rage qui brûle en toi ? Quelles sont les raisons de cette évidente souffrance ? Je suis sûr que tu l’ignores toi-même, mais si un jour tu réalises que tu as besoin d’aide, ressors la carte que je t’ai donnée et contacte-le. N’aie pas honte de le faire.

Sur cette dernière phrase, le professeur se dirige vers la sortie, l’air confiant, après avoir serré chaleureusement la main de Raphaël qui, lui, est resté silencieux, honteux, pendant toute l’altercation professeur/élève.

— Tu me paieras ça, lui grogne d’ailleurs Joakim, une fois qu’il se retrouve seul avec lui et avant de filer dans sa chambre aussi vite que le vent.

Jamais encore il ne s’était senti aussi furieux, seul et humilié.

~ 234 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Deux heures plus tard, et alors que Raphaël n’espérait plus que son fils aîné daigne dîner avec lui et Alarich, ce soir, au vu de l’humeur massacrante que le concerné avait il y a peu, celui-ci revient au rez-de-chaussée pour dresser la table avec son jeune frère, le tout dans un silence de mort. Un timide sourire se dessine aussitôt sur les lèvres du père de famille qui, ému, pose le repas du soir sur la table ; Erika est absente. Elle mange chez sa grand-mère, pour changer.

Le dîner se déroule dans un silence de mort, et même Alarich pouvait la ressentir, cette ambiance lourde et pesante.

Raphaël est le premier à prendre la parole pour tenter de lancer un sujet de conversation :

— Parlons peu, mais parlons bien, Joakim, tu ne veux vraiment pas faire un test de QI ?

— Arrête ça, réplique sans attendre son fils aîné en se crispant.

— De quoi ?

— Sérieux, je plaisante pas. Arrête ça maintenant.

— Pourquoi ? Ton professeur a raison, on ne peut pas laisser de côté ce que tu es !

– 180. Voilà, maintenant, je ne veux plus entendre parler de cette histoire.

— 180 de Q.I ? répète Raphaël avec surprise, l’air interloqué. Sérieusement ? Sais-tu qu’Einstein lui-même n’avait que 160 ?

— Son Q.I. n’a jamais été chiffré avec exactitude, contredit fermement Joakim, avant de reprendre avec plus de fierté et l’air hautain : « Mais en effet, je le bats à plate couture. »

— Je m’en veux de ne pas l’avoir découvert avant, soupire Raphaël avec tristesse. On t’a mal aiguillé durant ton éducation.

— Ça suffit maintenant, grogne Joakim en fusillant son père du regard, tu oublies tout ça, merci, strictement rien n’a changé ici, rentre-le dans ton crâne, conclut-il en se relevant de table avec son assiette qu’il se presse d’aller ranger dans le lave-vaisselle.

— Joakim, reviens t’asseoir ! On doit parler de ce que tu es, de tes capacités ! Il est hors de question que je te laisse croupir dans un cursus normal si ce n’est pas ce qui te convient ! As-tu pensé à ce que tu pourrais accomplir ?

— Lâche-moi ! envoie sèchement Joakim en fusillant son père du regard. Merde, merde, et re-merde ! Lâche-moi avec ces conneries, ou c’est la dernière fois que tu me vois dans cette baraque, je suis sérieux ! Oublie les conneries de mon prof et évite d’aller répéter tout ça à qui veut l’entendre, ou je pars de cette maison et, sur ma vie, tu ne me reverras plus jamais !

Criant cela, Joakim remonte en trombe dans sa chambre sous le regard blasé de son père qui réfléchit au moyen de revenir sur le sujet sans le faire sortir de ses gonds. Il aimerait tant avoir les mots…

— Pour-uoi Joa-im fâché ? Questionne juste après Alarich, inquiet par tous ces cris, par cette aura noire qui se dégage du grand frère qu’il aime tant.

— Rien de bien important, il est de mauvaise humeur, voilà tout ! Le rassure sans attendre Raphaël en lui esquissant un sourire chaleureux.

 

*

 

Pendant ce temps, Kristofer Varels est chez lui, au téléphone avec son petit ami, pour le supplier de le retrouver ce soir à la fête qui se déroule chez lui.

Kristofer est désespéré, il déprime et a bu plus que de raison, ses phrases sont maladroites, il bafouille dans le combiné de son téléphone, sa détresse est plus que palpable. Il en a les larmes aux yeux, de devoir supplier ainsi son amour pour juste avoir le droit de le voir…

Moins sentimental que lui, Shane ne se laisse pas attendrir par sa voix larmoyante et c’est avec brutalité qu’il lui rappelle qu’ils ne sont pas en couple et qu’il n’a donc aucune obligation envers lui. S’il ne doit pas le voir pendant trois semaines, cela ne doit pas être un drame.

Kristofer fond en larmes en entendant cela ; comment peut-il aimer autant un être qui se préoccupe aussi peu de sa personne ? Il se sent tellement inutile et minable, à cet instant, qu’il a bien envie de cogner un mur. Sa manucure ne le lui pardonnerait pas, cela dit…

La conversation prend fin quelques instants plus tard. Kristofer, désespéré, chasse juste après tous ses amis fêtards. La soirée est annulée. Il n’a plus la tête à s’amuser et leur propose à tous d’aller se faire voir !

Il décide de finir la nuit seul dans son jacuzzi, avec pour seule compagnie sa bouteille de vodka.

 

De son côté, Shane est désormais de mauvaise humeur à cause de cet appel et c’est son plan cul de cette nuit qui paie pour ça. Après l’acte, il l’insulte et lui ordonne de dégager de chez lui et de ne plus jamais le contacter.

Minayaverse

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