Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Cette nuit-là ne sera pas de tout repos pour Joakim et Trisha. En effet , le couple a clairement quelques ébats en retard à rattraper et c’est avec un plaisir non dissimulé qu’ils effectuent leur ô combien délicieuse besogne, avant de s’endormir l’un contre l’autre et enlacés comme ils ne s’étaient encore jamais étreints.

Quelques heures plus tard, au petit matin et après cette nuit plutôt agitée qui aurait pu faire crier à l’aide les ressorts du matelas de la rouquine, c’est toujours lovés l’un contre l’autre qu’ils s’éveillent doucement, entre deux taquineries et baisers. Quelle nuit magique…

Ils sont véritablement heureux, à cet instant. Et cela faisait longtemps… Qu’ils n’avaient plus ressenti pareil épanouissement, complicité, dans les bras l’un de l’autre.

Joyeuse, Trisha décide de prendre possession de la salle de bains en premier, interdisant à son petit ami, à l’aide d’un clin d’œil taquin, de la suivre, parce que la jeune fille se doute que leur présence ensemble dans la salle d’eau ne sera qu’une prolongation de leurs ébats.

Joakim esquisse un sourire sincère, amusé, tout en la laissant filer. Il sait bien qu’elle n’a pas tort… Après qu’il ait renfilé ses vêtements, il décide de l’attendre au salon.

Maya est déjà dans la pièce, soufflant de lassitude lorsqu’elle le voit arriver. Elle est agacée de le revoir ici. Elle qui pensait que sa fille avait enfin su se détacher de celui qui lui avait fait tant de peine, tout en la décevant chaque jour un peu plus…

— Pire qu’un morpion… Tu ne lâches jamais l’affaire, hein ? grommelle-t-elle, stressée, tout en touillant son café qui repose sur la table basse du salon.

Elle a toujours adoré prendre son petit-déjeuner ainsi, tranquillement installée sur son grand canapé à zapper quelques chaînes de télévision, tout en sirotant sa délicieuse mixture pendant que le chaton de la maison — qui, au lieu de ne passer qu’une seule nuit ici, est en train de se faire lentement, mais surement, adopter par elle et sa fille — s’amuse à tournicoter entre ses jambes.

— Bonjour, répond Joakim avec une politesse qui ne lui ressemble pas vraiment, entre ces murs.

Maya en est surprise. Sur le coup, elle se demande même s’il ne serait pas tombé sur la tête, ce matin. Elle ironise alors en retour et sans attendre :

— Tu ne t’es pas fait trop mal en tombant du lit ?

— Toujours le mot pour rire, vous, décidément, lui retourne Joakim avec une tranquillité qui en devient désormais intrigante pour son interlocutrice.

« Que mijote donc cet étrange énergumène ? ! » se demande Maya, un air interloqué qui se lit sur son visage. Elle s’empresse de poursuivre :

— Si je ne te connaissais pas, je pourrais presque avoir l’impression d’être devant un jeune homme plein de bonnes intentions, mais…

— C’est le cas, l’interrompt Joakim avec assurance.

— Ah, tu crois ? grince Maya en remuant plus nerveusement sa cuillère dans sa tasse de café. Parce que moi, j’ai plutôt l’impression d’être devant un petit con qui se sert d’une jeune fille dévouée qui l’aime, et…

— Je ne vais plus faire d’erreur, je vous le promets.

Maya se fige devant son affirmation. Il semble si calme et sincère qu’elle a presque envie de le croire…

Elle reste cependant perplexe, continue de l’observer, de façon presque gênante, tout en se fichant de ce qu’il pourrait en penser. Elle se met à songer qu’il est vrai que sous ses prunelles vert olive, il n’a pas l’air méchant, bien au contraire, puisque de sa présence se dégage une sorte d’autorité, de protection, mais aussi d’assurance. Maya comprend l’affection que sa fille peut lui porter, car cet idiot a un petit truc en plus, en effet…

Alors pourquoi ? Pourquoi émane-t-il aussi de lui une telle aura nourrie d’on ne sait quoi ? Cet autre petit quelque chose qui donnait envie de le fuir et de s’en méfier comme de la peste. Maya se perd dans ses songes, à la fois angoissée, énervée, puis blasée, elle ne réalise pas l’entrée de sa fille dans la pièce,

— Bonjour maman ! s’exclame joyeusement Trisha en s’approchant rapidement de son petit ami. « Alors, vous n’avez pas trop comméré en mon absence, tous les deux !? »

Elle semble si heureuse aujourd’hui que Maya ne se sent pas de ternir l’ambiance parce qu’elle n’apprécie pas que son trublion soit de retour ici. Elle lui répond donc, l’air joyeux et avec humour :

— On complotait pour prendre le contrôle de L.A.. Cependant, puisque tu es de retour, on va devoir remettre notre petite réunion à plus tard, sourit Maya en direction de Joakim et avec un clin d’œil complice.