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À quelques kilomètres de là, chez les Bauer, Jeyne sirote une boisson chaude avec son fils unique, tout en discutant de tout et de rien ; cela fait quelques mois qu’ils deux ne se sont plus vus et elle vient d’apprendre que le couple de sa progéniture va mal, en ce moment. Pudique, son Raphaël ne lui a jamais rien dit, au téléphone, mais Jeyne creuse désormais intelligemment pour comprendre que la seule coupable de tout ce fiasco n’est qu’Eva, la seule responsable du chaos moral qui règne dans l’ancienne maison du bonheur ! Oui, elle le clame, que le rôle de la mère de famille manque à ce foyer ! Cette femme ne devait pas fuir ainsi chez sa mère en abandonnant les siens ! Jeyne râle, critique, Raphaël défend. Il ne supporte pas qu’on attaque trop son épouse…
— Je vais rester quelques jours, si cela ne te dérange pas, annonce Jeyne avec un doux sourire et tout en dévisageant son fils avec compassion. Je ne pense pas que tu aies vraiment envie d’être seul à t’occuper de tes enfants, en ce moment, n’est-ce pas ? Je t’aiderais à gérer tout cela. En attendant que tu discutes avec Eva. Tu sais bien comme elle est, un peu égoïste, méchante, mais elle reviendra surem…
— Je ne veux pas qu’elle revienne, maman.
— Pardon ? s’enquit Jeyne avec surprise, presque choquée, les yeux désormais écarquillés.
Elle fronce les sourcils pour riposter, mais Raphaël la coupe, pour balbutier maladroitement :
— Elle, elle…
Raphaël Bauer a toujours été un homme fier. Un homme rempli d’assurance qui doute rarement de sa personne. Toute sa vie, et surtout durant son adolescence, il a eu l’habitude d’être courtisé et réclamé par la gent féminine, et jusqu’à aujourd’hui, il n’imaginait pas qu’un autre homme puisse lui faire de l’ombre. Son épouse a toujours été l’idole et la star de sa vie, la compagne idéale que tous les hommes souhaiteraient avoir à leurs côtés, mais qui n’aimait cependant que lui. Comment aurait-il pu alors penser qu’elle puisse…
Avec une honte palpable, il avoue à sa mère l’infidélité qui lui a brisé le cœur. Alors qu’il ouvre péniblement les lèvres pour prononcer ces mots qui sonnent faux à ses yeux « elle m’a trompé », son cœur vole en éclats avec sa définition de l’amour. Il ne comprend toujours pas l’acte de son âme sœur… Sa mère s’empresse aussitôt de faire de gros yeux, tout en fronçant furieusement les sourcils pour jeter mille injures à destination de l’infâme fille de joie qui s’est moquée de la prunelle de ses yeux durant toutes ces années ! Beaucoup de vérités cinglantes jaillissent du gosier de la femme d’âge mûr et sa rancœur envers Eva Bauer se révèle palpable, à tel point que Raphaël tente de l’apaiser, blessé que l’on puisse critiquer aussi vivement celle qui reste son épouse ; personne n’a le droit d’entacher ainsi le nom de sa Juliette…
— Je me demande ce que Vanessa pense de tout ça ! Je suis sure qu’elle est du côté de sa petite conne ! Je vais y aller et on va voir ce qu’elle va me dire !!! Mon Dieu, je n’en reviens pas, comment a-t-elle osé ?! Comment ?! Vanessa était sûrement au courant, je me demande si ça ne serait pas pour cela qu’elle ne m’appelle plus, je suis sure qu’elle meurt de honte !
— Vous n’avez pas à vous en mêler, nous allons régler tout ça avec Eva…
— Toi, tu vas régler quelque chose avec Eva ? Pardonne-moi mon chéri, mais à part tout excuser et offrir à cette conne, tu n’as jamais su régler quoi que ce soit avec !
Jeyne lance cela en détalant de la maison Bauer, en direction de celle des Muller. Sa vieille amie Vanessa lui ouvre rapidement sa porte dès qu’elle la voit sur son perron :
— Hey, ton fils ne sait pas ce qu’il perd, mais je lui souhaite bien du courage pour retrouver une femme aussi exceptionnelle qu’Eva. Au pire, il pourra enfin se décider à virer de bord, j’ai toujours parié que son coming-out se ferait avant ses quarante ans.
C’est au moment où Vanessa éclate diaboliquement de rire, la gorge déployée à son maximum et le regard revanchard, que l’amitié sincère qui s’était tissée, au fil des années, entre elle et Jeyne Bauer, vole en éclats…
— Tu es… Pathétique, renvoie Jeyne, l’estomac noué et en tournant illico les talons, maudissant la lignée abjecte et sans éducation de son interlocutrice.
Elle s’en veut d’avoir couru ici. Qu’espérait-elle donc ? Les chiens ne font pas des chats et Vanessa Beckers ayant souvent été une garce manipulatrice, par le passé, il fallait se douter que le naturel de tout ce petit monde reviendrait un jour au galop… « Au fond, dans cette sordide famille Muller, le seul adulte encore sain et stable reste Erwan », songe Jayne en revenant chez son fils, plus furieuse et blessée que jamais.