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Tel un enfant sage, Joakim suit à la lettre les recommandations de son ami et rentre très vite chez lui pour remplir avec hâte un large sac à dos de quelques objets personnels dont il ne souhaite pas être séparé. Les disques durs de son ordinateur fixe surtout… mais également d’autres babioles plus superficielles.
À voir Alucard grincer du bec tandis qu’il remplit nerveusement son bagage, on pourrait croire que son oiseau débile comprend qu’il ne le reverra plus avant un moment. Affectueusement et sans un mot, Joakim lui caresse le haut du crâne du bout des doigts avant de filer hors de sa chambre pour détaler hors de chez lui. Son père n’est pas sur place et c’est une chance car il n’est pas en état de subir de longs au revoir ou embrassades désespérées, voire des crises de colère et de panique. Il ignore comment son père réagira à une annonce de départ à New York et ne souhaite pas prendre la peine d’y songer, préférant mettre le concerné devant le fait accompli. Il l’appellera dès son arrivée à Big Apple, et voilà.
Dans la vie, la seule façon de se relever, c’est d’avancer sans se retourner.
Une heure plus tard, il s’installe en salle d’embarquement après avoir acheté son billet et enregistré son sac à dos, apparemment trop lourd pour aller en cabine avec lui.

Quelques personnes l’entourent, mais il n’en regarde pas un seul. Trop épuisé, physiquement et moralement, pour s’occuper en observant ce qui l’entoure, il reste impassible sur son siège, l’air vide.
Mais de quoi seront donc faits ses lendemains ? A-t-il vraiment envie de le découvrir ?

Blasé, il commence à se demander si sa décision de s’envoler pour New York reste ce qu’il a de plus judicieux à faire aujourd’hui.

Le regard rempli de regrets et d’espoir, il jette un œil sur le cadran de son téléphone qui n’a jamais été aussi silencieux que ce soir. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps de ça, il devait snober la plupart de ses amis pour avoir un peu de solitude ; voilà que désormais, ces appels et discussions incessantes lui manquent terriblement…

— Joakim ?! Toi ici !

La tête blonde d’Amy le sort soudain de ses rêveries et il se relève sans attendre pour lui offrir une accolade afin de la saluer comme il se doit. Elle semble en compagnie d’un homme d’un certain âge que Joakim découvre lors des présentations qu’elle fait juste après. Il sourit et apprécie qu’elle ait embelli sa vie loin de lui. Elle le mérite, la pauvre…

Se croisant tous les deux à l’aéroport de Los Angeles à une heure pareille, les deux vieux comparses n’ont pas besoin d’échanger sur les raisons qui les mènent ici pour les comprendre très vite. Ils se contentent donc de s’asseoir sagement côte à côte pour patienter ensemble tout en se racontant mutuellement qu’ils partent ce soir pour… se consacrer à la musique en Utah, et rejoindre un centre de formation du MIT à New York. Le reste ne compte plus. Le reste ne doit plus compter. Ils doivent oublier…

Jamais regarder en arrière, jamais… Regarder en arrière.
Amy sourit légèrement. Elle semble assez heureuse et moins rongée par sa rupture avec sa meilleure amie ainsi que par l’écroulement de son monde. En effet, elle voit dans ce voyage une fuite salvatrice vers un avenir meilleur et sa relation amicale, voire familiale, avec son manager l’aide énormément. À ses côtés, elle se sent plus résiliente et assurée.
Elle n’est plus seule et se raccroche à ça.
Joakim n’a plus cette présence-là pour l’aider à se relever. Il l’a eue, il les a eues, mais il les a perdues ce soir… Noah, Trisha. Ces deux-là étaient ceux pour qui il aurait toujours su gravir des montagnes et traverser des vallées à cloche-pied. Son minois s’assombrit à nouveau et Amy le remarque, l’air inquiet.
— Est-ce que ça va ? Faudra qu’on s’écrive parfois quand même ! Penses-tu qu’on pourra rester en contact ?
— Bien sûr.
— Ouf alors !! Quand tu seras célèbre, je viendrai te soutirer de l’argent en niaisant devant la presse, je dirai que j’ai eu une liaison avec le grand chercheur que tu es. Grâce à toi, je serai riche !
Joakim laisse échapper un gloussement et Amy reprend presque aussitôt, l’air plus sérieux, cette fois :

— Nous ne sommes pas finis, Jo. Ce n’est que le début. Ils nous regretteront ! Je te jure qu’ils nous regretteront !
Elle termine sa phrase sur une intonation chantante, tout en se relevant de son siège pour se mettre à faire une interprétation personnelle de Cups, la chanson rendue célèbre par Anna Kendrick dans le film Pitch Perfect !