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Pendant ce temps, Jay raccompagne sa collègue après leur soirée. Ils arrivent enfin devant l’immeuble de la rouquine.

Trisha est aux anges ; elle se prépare déjà à l’embrasser langoureusement au moment du dernier au revoir.

Son ami lui plaît énormément et elle voudrait une histoire avec lui. Il l’a séduite, normal, il possède toutes les qualités du monde, selon elle. D’une beauté rare, il se montre galant, gentil, courtois, agréable, prévenant… Elle s’émoustille en se souvenant de tout cela. Alors qu’il resserre légèrement l’étreinte de sa main entrelacée avec la sienne, elle se demande si, après leur phase de séduction, il pourrait lui révéler une longue liste de défauts vicelards… C’est une possibilité, qui ne le rendra pas pire que Joakim l’indifférent insensible. Elle peut donc se jeter à corps perdu dans cette nouvelle aventure !

Elle le dévore du regard alors qu’il se retourne vers elle ; l’heure de la séparation approche. Elle veut l’embrasser, enfouir ses doigts dans ses magnifiques cheveux ébène, pendant un long et passionné baiser…

Jay semble hésiter sur la façon de clore la soirée ; doit-il enlacer son amie, lui offrir une bise discrète, ou au contraire s’emparer de ses lèvres ? Il y réfléchit en posant sensuellement ses deux mains sur sa taille, tandis qu’elle plonge dans son regard, les yeux pétillants d’envie et de désir. Satisfait, il comprend son message, rapproche son visage du sien, quand soudain…

… Le vrombissement d’une moto fait sursauter les deux mannequins qui reconnaissent aussitôt Joakim qui arrive devant eux à toute vitesse.

Surprise, la rouquine se décale vivement de son collègue. Son petit ami arrête avec hâte sa moto à quelques mètres, puis s’en extrait d’un bond pour foncer vers Jay Keller. Il a manqué de mourir dix fois au moins pour arriver jusqu’ici, défiant toutes les limites de vitesse, complètement aveuglé par cette rage incompréhensible, cette colère injustifiable.

Réduite au silence par la honte provoquée par son arrivée inopinée, Trisha ne trouve pas le moindre mot à prononcer et Jay, figé par l’indécision et l’incompréhension, voit Joakim lui foncer dessus…

… pour lui asséner un coup de poing d’une violence inouïe, en plein milieu du visage.

Il ne réalise ce qui lui arrive qu’au moment où il réalise que son os nasal se fracture sous l’impact.

Il en titube et tombe au sol, son nez pisse le sang, lui renvoie une douleur qui le terrifie. Son ennemi le chevauche sans attendre, le menace de nouveaux coups, d’un air haineux, tout en le secouant vivement.

Ce soir, Joakim ne réfléchit plus. Il veut faire disparaitre cet homme. En faire de la charpie, des confettis, le défigurer jusqu’à ce que même ses propres parents ne le reconnaissent plus. Il serait même prêt à le battre à mort ; oui, il pourrait lui ôter la vie à cet instant, il pourrait… Il aimerait…

— Joakim !! Arrête ! Laisse-le !! crie enfin Trisha, l’air paniqué.
Elle sort enfin de sa léthargie. Joakim se souvient de sa présence, inspire un grand coup et serre les dents. D’un geste vif, il lâche son ennemi et se relève du sol. Jay l’imite sitôt après, heureux de pouvoir encore le faire.

— Je te vois oser ça encore une seule fois avec elle et je peux t’assurer que ton visage ne te permettra plus jamais d’approcher le moindre objectif, prévient froidement Joakim, lui poussant le front d’une pichenette humiliante. « Allez, dégage ! »

— Trisha ? balbutie Jay, cherchant du réconfort dans le regard de la concernée.
Il aimerait qu’elle se mette illico de son côté. Qu’elle envoie l’autre aliéné agressif se faire voir, qu’elle lui crie qu’elle rompt, car elle juge avoir trouvé mieux !
— Je suis désolée… On se voit à l’agence, lui répond-elle en esquissant un sourire timide, honteux, alors qu’il s’éloigne finalement de son immeuble, l’air blasé, dépité par cette fin de soirée.

« Sa collègue n’est décidément qu’une conne, bonne qu’a rester le jouet d’un décérébré », songe-t-il avec dégoût.