*

Le lendemain, Joakim se rend à son premier rendez-vous avec le fameux psychologue recommandé. Il se sent nerveux, agacé de songer que cette première séance ne lui sert qu’à perdre son temps. Il s’en veut de l’avoir acceptée.

Il avait mieux à faire et se trouve idiot d’avoir pensé qu’il avait besoin de venir ici. « Pourquoi a-t-il pris ce rendez-vous, à la fin ? » Il s’insulte en pensées. Son entourage le rend con. Tout est de leur faute !

Ce bonhomme tout fripé assis devant lui ne va certainement plus lui lâcher la grappe, faisant de son existence un enfer sur terre. Quelle idiotie d’être venu ici. Il a besoin de tout en ce moment, sauf de quelqu’un qui le suit de près, lui, ses pensées ainsi que ses agissements.

La nervosité du génie désabusé grimpe en flèche et il en devient désagréable avec son interlocuteur. Il souhaite écourter cette séance au plus vite. Il essaie donc de se montrer insupportable et irrespectueux, afin de se faire chasser d’ici à coups de pied dans le derrière.

Son psychologue, qui exerce ce métier depuis une dizaine d’années, ne se laisse pas réellement impressionner par son comportement et, au contraire, en profite même pour lui rappeler que ses honoraires sont payés d’avance par son père.

Joakim grommelle qu’ils peuvent donc en rester là et ne jamais se revoir. Pourtant, et alors qu’il propose cela dans un énergique grognement, il reste toutefois assis sur son fauteuil, sans bouger d’un millimètre.

Alvin Graham en reste très satisfait, de cette réaction, puisqu’elle lui prouve que son jeune client, sous son évidente mauvaise volonté, souhaite vraiment s’en sortir. Il pourrait en effet détaler d’ici sans demander son reste, puisque rien ni personne ne l’oblige à finir cette séance. Pourtant, cet idiot garde sagement ses fesses sur son fauteuil, lui prouvant ainsi qu’il finira par faire quelque chose du génie maladroit.

Joakim Bauer n’est pas le premier à se présenter dans son bureau, loin de là. Les génies, Alvin les connait bien et se fascine d’eux, ces dieux de la connaissance capables de changer le monde, tout en ignorant tout des relations humaines. Il n’y a rien de plus incroyable qu’un être doté d’une intelligence supérieure qui peut tout accomplir, tout en étant malgré tout susceptible de perdre pied dès qu’il s’agit de simplement côtoyer la société.