Catégorie

L’Améthyste (ツ)

~ 373 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

=== 20 h 00 ===

 Le visage marqué par les traces du canapé sur lequel il a dormi toute la journée, Joakim s’éveille lentement puis se frotte les yeux en baillant à s’en décrocher la mâchoire.  La vache, il s’est apparemment endormi et il ne l’a pas senti venir. Il est tombé comme une pierre ! Ses yeux le picotent d’ailleurs encore un peu et il s’étire longuement, encore engourdi par sa journée de sommeil. Un rapide coup d’œil en direction de sa montre lui indique l’heure et il ne comprend pas qu’il soit seul en salle de recherches, à cette heure-ci. Mais où sont donc les autres et pourquoi ne travaillent-ils pas ? Qu’à cela ne tienne, il n’est pas là pour se préoccuper de leur conscience professionnelle, mais plutôt pour se souvenir de sa sœur. Ni une ni deux, il se précipite dans la chambre de sa cadette.

 Une fois arrivé à destination, il constate ses parents autour de sa sœur.

Tous se dépêchent de l’acclamer, heureux de le revoir : « Heey, le plus beau est arrivé ! » « On s’impatientait ! »  « Il est des nôtres ! »

Joakim écourte les salutations et se dépêche de demander à sa cadette :

— Alors, tu as fait ton choix ? Tu dois faire vite, commençons à te traiter de la bonne façon. Est-ce qu’ils t’ont expliqué ce qui va se passer maintenant ?!

— Comment sais-tu ce que j’ai, toi ? s’étonne aussitôt Erika en blêmissant.

Elle n’est pas au courant du rôle que son frère a joué dans sa guérison et se sent gênée qu’il ait connaissance de son hermaphrodisme.

— Tu vas te faire opérer alors ? Demain ? Ils t’ont programmé ton opération ? ajoute Joakim en ignorant sa question.

Il reste épuisé après son incroyable marathon sans sommeil et a les nerfs aussi tendus qu’une corde prête à craquer.

— Elle a choisi d’être un garçon, intervient Raphaël en haussant les épaules.

— Et toi, tu as bien dormi ? Tu es assez reposé ? Tu as une petite mine ! ajoute Eva en dévisageant son fils.

— Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ! Tu es une fille, Erika ! gronde furieusement Joakim, les sourcils froncés en direction de sa cadette. Qui est-ce qui t’a manipulée pour te faire faire un choix aussi con ?! Tu n’as pas pu choisir ça pour toi ! Alors pour qui le fais-tu, hein ?!

— Je le fais pour moi, que ça te plaise ou non, grince froidement Erika, vexée. Si tu avais du cœur et pensais à autre chose qu’à ta gueule pour une fois, tu me soutiendrais. Mais bien sûr, soutenir et appuyer les autres, ça, tu ne sais pas faire ! Le don de soi… Tu ne connais pas !

Elle termine sa réplique dans un ricanement ironique.

 — P… pauvre conne ! cingle Joakim, choqué, tout en ressortant de la chambre en trombe, fou de rage.

 Derrière lui et autour d’Erika, Raphaël et Éva n’attendent pas pour gronder leur fille, l’air sévère et autoritaire,

— Dis donc toi, pour qui te prends-tu ?!  Tu auras intérêt à t’excuser auprès de ton frère, commence Raphaël, très en colère,

— Et plutôt deux fois qu’une, la seconde Éva. Parce que sache que si tu es tirée d’affaire aujourd’hui, c’est uniquement grâce à lui. Tu lui dois la vie !!!

— D’un côté, c’est vrai qu’elle ne peut pas savoir, reprend Raphaël d’une voix plus douce, mais ta mère a raison, Erika, ton frère t’a sauvé la vie.

— Même en ne sachant rien, elle ne devrait jamais se permettre de lui cracher des trucs aussi abjects ! insiste Éva, très en colère. Quand on sait tout ce qu’il fait pour elle !

 — Comment ça ? Qu’est-ce qu’il a fait ? ne comprend pas, Erika, réellement sceptique sur le coup, pour ensuite mourir de honte et fondre en larmes dès que ses parents lui révèlent finalement tout.

 — Oh mon dieu, pourquoi je lui ai dit ça, pourquoi, balbutie-t-elle ensuite, en larmes. Il ne me le pardonnera jamais…

— Mais si ma chérie, la réconforte aussitôt Éva. Tu lui feras un gros câlin en lui demandant pardon et voilà !

~ 374 ~

Temps de lecture : 5 minutes

*

Folle de rage, de détresse et peu après le départ de son ex-meilleure amie, Trisha appelle Noah pour se confier, tout lui révéler, pleurer avec lui : elle a besoin d’un allié…

*

Pendant ce temps, Joakim se dirige vers la sortie de l’hôpital pour le quitter et ne plus y revenir.  Il en veut à sa cadette !  En chemin, un homme l’interpelle soudain.  Il souhaite s’entretenir avec le fameux génie qui a alimenté tant de conversations, ces derniers jours.

Sa proposition est plutôt alléchante ; il offre à Joakim un cursus complet dans l’un des centres de formations du MIT situé à New York.  Cette institution a des places limitées et des exigences incroyables pour y entrer et le jeune prodige y serait comme un poisson dans l’eau.  Le recruteur certifie que la poignée d’élus formés dans cet établissement est toujours destinée à des avenirs glorieux.

La seule condition pour avoir immédiatement une place dans ce cursus, c’est de s’engager à signer un contrat d’embauche à durée indéterminée avec le laboratoire qui lui offre cette opportunité.

Il commencera à travailler pour eux dès la fin de sa formation.

Toujours sur les nerfs et de très mauvaise humeur, Joakim n’a, sur le coup, pas réellement envie de se pencher sur la question.  Il prend toutefois la carte de l’intermédiaire, M. Douglas Villar, en promettant au concerné d’y réfléchir…

 

*

 

De son côté et parce qu’elle est désormais seule au monde, Amy fonce chez son manager, valise en main, les yeux trempés de larmes de détresse.  Elle tremble sur place et sanglote silencieusement, elle semble désemparée.

— Amy ? Quelque chose ne va pas ?  s’inquiète aussitôt Richard.

Elle explose en sanglots.   Il lui demande aussitôt ce qu’il se passe et elle lui renvoie que sa vie tout entière vient de partir en fumée.  La jeune chanteuse pleure sans interruption, d’abord sur le perron, puis à l’intérieur de la maison de son manager, dans le creux de ses bras où elle se blottit avec désespoir.

 Anéantie, elle craque et lui raconte ses mésaventures, dans plusieurs tirades maladroites et presque inaudibles :

 — Trisha me hait… Noah va me haïr, Joakim va me mépriser.  L’ensemble des Drifterz me cracheront bientôt dessus, ce connard de Kristofer a détruit ma vie !

Elle ne peut s’arrêter de pleurer et Richard, ne sachant plus comment la réconforter, lui propose soudain :

— Tu sais, si vraiment tu crains de côtoyer tes anciens amis, j’ai encore un pied-à-terre en Utah, alors si cela t’intéresse, on pourrait s’y rendre quelque temps.  Le temps que tu te ressources loin de L.A., tu verras, le coin est magnifique, et les conditions seront optimales pour qu’on se recentre sur ta carrière, loin de tout ce qui te fait souffrir.  Est-ce que cela t’intéresse ?  De faire un break ?

– Je.. Je..    Mais c’est possible ? s’interroge Amy, surprise, tout en ravalant ses larmes.  Co… Comment… ?

— Eh bien, il suffit de prendre l’avion, tu sais, ces grosses machines qui volent dans le ciel !

— Arrête de te moquer de moi !

— Désolé, sourit Richard avec amusement avant d’ajouter avec gentillesse, donc si ça te tente, on part quand tu veux.

— Ce soir, c’est possible ?

— Hein ?!  Si vite ?!  Attends, il faut qu’on s’organise quand même !  Que je prévienne la prod’ et tout !

— Tu m’as dit que c’était quand je veux !

— Certes… sourit Richard en ouvrant le clapet de son ordinateur portable.  Bon eh bien, je vais voir si on peut avoir deux places dans le premier avion pour Saint-Georges.

— Merci Richard…  recommence à sangloter Amy alors que son manager pianote déjà sur son clavier,

— Y a pas de quoi, fillette.

 

*

 

Au même moment, un vieil homme suffoque au chevet de sa fille adoptive.  Déclinant et entre deux vertiges, il prononce ses dernières paroles tandis qu’une ambulance appelée par Ashelia est déjà en route, et ce, malgré que Garett lui ait soupiré que cela ne servait à rien qu’elle se donne cette peine.  Il sait bien que quoiqu’elle tente, il ne verra plus le soleil se lever à nouveau.

— Ma chérie… Écoute-moi…  Tu vas prendre l’enveloppe dans ma table de nuit de gauche et te rendre à l’adresse inscrite dessus, mais tu ne vas pas l’ouvrir…  Je te l’interdis, tu m’entends ?  Elle n’est pas pour toi.

— Arrête de parler, tu dois rester calme en attendant qu’ils arrivent.

— Promets-moi de te rendre à l’adresse et de lui donner la lettre, sans essayer de la lire, promets-le-moi, Ashelia, promets-le-moi…

— Qu’est-ce que tu as encore fait ? Tu es allé trouver l’adresse de l’autre connard et tu veux tout lui dire sur moi, c’est ça ?  Je t’ai déjà dit que je ne voulais rien savoir de lui, que je me fiche de lui !  Et puis arrête tes bêtises, car tu vas t’en sortir, arrête juste de parler et patiente en te reposant.  Ils ne vont plus tarder.

— Non, c’est fini Ashelia, je le sais. Alors promets-moi d’aller là-bas et de lui donner la lettre sans la lire, je compte sur toi.  Ne me laisse pas mourir dans l’angoisse de te laisser seule, je t’en prie, c’est ma dernière volonté, respecte-la !

— J’entends l’ambulance, je vais leur ouvrir, renvoie Ashelia sans se préoccuper de ce qu’il dit.

Il est inconcevable qu’elle le perde aujourd’hui, cela ne peut se produire et elle ne veut pas l’imaginer.  Il est vieux et malade, certes, mais il n’est pas encore bon pour la casse.  Il a encore de longues années devant lui et ça, elle le sait !  Que sous ses rides et son air abîmé par la vie, il a encore quelques ressources !  Elle croit en lui, car c’est un battant !  Il en a vu d’autres dans sa vie bien remplie et elle est certaine que dans quelques jours, il sera remis de tout ça.  Ils en rigoleront ensuite tous les deux, de son envie qu’elle contacte un abruti !!

~ 375 ~

Temps de lecture : 4 minutes

 

*

 

Encore sur les nerfs à cause de la puérilité de sa sœur et ayant été loin de tous ses proches pendant plus de quatre jours, le premier réflexe de Joakim est de se rendre chez Noah.  Il a besoin de le voir, de traîner un peu avec lui !  Mine de rien, ce sale blond lui a manqué et le fait qu’il ne l’ait pas une seule fois contacté, même pour lui rappeler le championnat de breakdance, l’inquiète un peu.  Son allié d’enfance lui reprocherait-il quelque chose ?  Aurait-il un poil de cul défrisé ?  C’est en baillant à s’en décrocher les mâchoires qu’il pénètre dans le hall des Beckers,

 — Hey ! fait-il très vite en voyant la tête de Noah arriver vers lui.

Son visage semble blasé, ou plutôt éteint, Joakim s’intrigue :

— Quelque chose ne va pas ?

Ce coup de poing, il ne l’a pas vu venir et l’impact est tel qu’il en fait un pas en arrière sous la surprise.

Face à un autre agresseur, Joakim aurait immédiatement réagi en saisissant de sa main gauche le bras de son opposant pour retourner la situation et reprendre l’avantage en une seconde, mais ce soir, celui qui le frappe est Noah Beckers.  Son binôme, frère de cœur.  La gestuelle de corps prouve l’infini respect qu’il lui porte, mais cela, Noah ne peut l’imaginer.  À ses yeux, celui qu’il cogne n’est que la pire des raclures.

Un peu sonné, Joakim n’a pas le temps de prononcer quoique ce soit tandis que Noah lui crache, avec une déception et un dégoût palpable :

— Ce qui me fait le plus mal dans l’histoire, ce n’est pas qu’elle m’ait trompé, mais surtout que ce soit avec toi qu’elle l’ait fait.  Comment as-tu osé, Joakim ?  Me faire ça, à moi. Tu sais, je ne l’ai jamais cru quand on me disait que tu étais quelqu’un de mauvais et manipulateur, j’ai toujours été de ton côté…  Je me disais que tu étais capable du pire avec n’importe qui, et même en comprenant que tu as mis en taule un mec pour protéger Hajer, je ne voulais pas en savoir plus parce que j’étais ton allié avant tout.  Le reste ne m’a jamais importé, même quand tu ne me calculais plus, que tu vivais ta vie avec Kristofer ou d’autres, et tu le sais tout ça, hein, mais malgré tout, tu m’as trahi, moi, ton bras droit.  Celui avec qui tu as tout vécu depuis que t’es môme.  Et pourtant tu as pu ! Je ne comprends pas pourquoi.  Comment peux-tu être aussi intelligent et en même temps aussi con ?

 — Je peux savoir qui t’a mis des idées pareilles dans la tête ?  C’est Amy ?  Hajer ?!  marmonne Joakim en se massant la mâchoire ;  Diantre, son cousin a tout de même une poigne de fer !

— Peu importe, c’est fini Joakim, tu es mort à mes yeux.  Je lâche l’affaire avec toi.  Tu es seul avec ta grande intelligence, désormais.  Désolé, je peux plus, tu me donnes envie de gerber.

— Arrête, c’est n’importe quoi !  Tu sais bien que tu penses des conneries !

— La connerie de ma vie, c’est d’avoir été trop longtemps à tes côtés.

 

TearsOnAnAngel01
0:00 / -:--

♪ Tears on an Angel – Ryan Dan ♪

Noah termine sa phrase en tournant les talons pour monter au premier étage, disparaissant ainsi de la vue de son cousin et ex-meilleur ami, le cœur empli d’un mélange de haine et de détresse, tandis que Joakim le voit sortir de son champ de vision sans comprendre ce qui lui arrive.   Le ciel lui tombe sur la tête.  Un gouffre s’ouvre sous ses pieds…

Il ne peut y croire.  Ses yeux et oreilles lui mentent.

Il ne peut pas le perdre, pas lui…

Cover my eyes // Ce que je vois
Cover my ears // Ce que j’entends
Tell me these words are a lie // Dis-moi que ces mots sont des mensonges

It can’t be true // Ça ne peut pas être vrai.
That I’m losing you // Que je te perds
The sun cannot fall from the sky // Le soleil ne peut pas tomber du ciel.

Can you hear heaven cry // Entends-tu le ciel pleurer ?
Tears of an angel // Ce sont les larmes d’un ange…
Tears of aaaaaaaa…

Tears of an angel
Tears of an angel

Minayaverse

⚠️ JavaScript est requis

JavaScript est actuellement désactivé dans votre navigateur.

Ce site nécessite JavaScript pour fonctionner correctement. Veuillez l'activer pour continuer votre navigation.

Comment activer JavaScript :

Chrome / Edge :

  1. Cliquez sur les trois points (⋮) → Paramètres
  2. Confidentialité et sécurité → Paramètres du site
  3. JavaScript → Autorisé

Firefox :

  1. Tapez "about:config" dans la barre d'adresse
  2. Recherchez "javascript.enabled"
  3. Définissez sur "true"

Safari :

  1. Safari → Préférences
  2. Sécurité → Activer JavaScript

Rechargez la page après avoir activé JavaScript