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=== 10 juin, 13 h 00… ===
Aïsha Mulher pose le pied sur le sol américain après dix-sept interminables heures de vol. N’ayant pratiquement pas fermé l’œil durant tout le voyage, c’est épuisée et nerveuse qu’elle attend l’arrivée de sa valise sur le tapis roulant des bagages. La veille, et sitôt qu’elle recevait l’e-mail de son époux, elle se précipitait chez elle pour prendre le minimum syndical d’affaires pour une escapade à Los Angeles, tout en passant un coup de fil à la famille pour leur demander de récupérer les enfants à l’école en fin de journée. Ils devaient aussi les garder quelques jours avec eux. Elle devait s’absenter d’urgence !
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Vers treize heures et demie, l’ancien Troublemaker est stupéfait de voir son épouse apparaître devant la porte de sa chambre d’hôtel. Sa surprise se trahit sans difficulté par ses yeux ébène écarquillés et Aïsha entre à l’intérieur de la pièce en silence. Elle a l’air exténuée. Wilfrid lui attrape très vite sa valise pour la poser soigneusement près de son lit. L’air penaud, il a honte d’avoir infligé un si long voyage à son épouse. Ne sachant pas trop quoi lui bafouiller, il ose alors, avec timidité, beaucoup de maladresses, ainsi qu’un air con dessiné sur le visage :

— Tu… Tu as reçu mon mail… ?

— À ton avis ? lui répond froidement Aïsha en allant s’asseoir sur son lit.
Elle pose son sac à main et s’étire, jette un œil sur l’ordinateur portable de son époux qui est toujours clapet ouvert. Curieuse, elle passe le doigt sur le pad et constate qu’il se rallume et que la boite mail de son époux est encore ouverte, sur le pop-up « message envoyé ». « Son crétin d’infidèle n’a donc plus touché à son laptop depuis l’envoi de son message », songe-t-elle.

— Tu vois, je te l’avais dit, que sa batterie, c’est du costaud, qu’elle lance ensuite en jetant un œil sur l’ordinateur.
Elle lui rappelle ainsi le débat interminable qu’ils ont eu il y a deux ans, le jour où ils ont acheté le fameux laptop. Wilfrid clamait qu’il n’aurait pas 10 h d’autonomie et que son prix était absurde, tandis que son épouse le contredisait fermement sur le sujet.

— Je suis content de te voir… bafouilla Wilfrid, honteux, la bouille triste et en détournant le regard pour ne pas croiser celui de sa femme, Mais Aïsha… Dis-moi ce que tu penses de… Parce que depuis que je t’ai envoyé le mail, je n’ai plus bougé de la chambre en attendant ta réponse, je ne suis même pas allé soutenir Raph’ pour la perte de son fils… Je… Je dois savoir…
Touchée de voir son époux aussi désabusé et anéanti, Aïsha se sent réconfortée dans ses doutes à son sujet. Cette idiote de Paula n’a pas encore gagné la guerre ; mais le fait qu’elle ait tout de même remporté une bataille énerve Aïsha au plus haut point et son époux va le réaliser.

— Que veux-tu que je te dise ? Tu m’as trompée, avec cette petite conne, et ce n’est pas une photo de moi et des enfants sur ta table de chevet qui va suffisamment m’émouvoir pour que je ferme les yeux sur ton adultère.
— Aïsha, je…
— Il n’y a pas de « mais ». Tu m’aimes moi, et blablabla. Je le sais tout cela, Wilfrid. Oui, je sais que tu m’aimes ! Et on surmontera ça, mais en attendant…
— Je ferai tout ce que tu voudras pour me faire pardonner… balbutia honteusement Wilfrid en grimpant sur son lit pour venir se blottir contre son épouse, l’air désespéré.

— J’allais finir ma phrase par : en attendant, sois patient, n’en demande pas trop, alors les grandes effusions de sentiments et les câlins, tu te les gardes pour plus tard. Lorsque tout ça sera loin derrière nous, lorsqu’on aura réalisé qu’on peut continuer ensemble.
— Ne me dis pas que tu veux faire un break ?! se fige d’effroi Wilfrid, blanc comme un linge, l’air suppliant.
— Non, bien sûr que non.
— Alors on est encore ensemble… ?
— Oui.

— On reprend l’avion tous les deux demain si tu veux et on rentre chez nous. s’exclame Wilfrid, le cœur battant. Comme ça, tu verras bien que je me fiche de Paula ! Je veux rentrer chez nous…

– Pour que tu regrettes pour le restant de tes jours de ne pas avoir saisi cette ultime opportunité ? Tu sais bien à quel point ça te tient à cœur… Tu as quelque chose à tenter ici avec tes amis troubleMaker donc, on ne repartira pas avant. On restera ici tous les deux en attendant.
— Mais… Les enfants ?! Tu les as laissés chez la mama ?
– Tu as tout compris. Tu vois, on a pas besoin de se presser de rentrer. Les monstres sont entre de bonnes mains et ne réaliseront même pas notre absence.
— Mais tellement ! glousse Wilfrid, l’air rieur. Je suis d’ailleurs sûr qu’aucun n’a demandé après moi depuis mon départ !
— De temps en temps, si, j’avais droit à « il revient quand papa », mais c’était toujours celui qui attendait son tour de Xbox qui le demandait…
— Je t’avais dit qu’il fallait tous les noyer à la naissance.
Le couple rit au souvenir de l’ingratitude des enfants de nos jours et Wilfrid propose un restaurant à sa belle sitôt après. Il a tant à se faire pardonner qu’il décide de se transformer en époux modèle. Désormais, seuls les intérêts et désirs de sa petite femme compteront à ses yeux et ainsi, il arrivera peut-être à lui prouver son importance dans sa vie…