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=== 8 juin, 17 h 00 ===

Raphaël vient de quitter la chambre de sa fille.  Ses médecins ont déjà été plus que conciliants et compréhensifs avec lui en le laissant rester sur place plus longtemps qu’il ne le devait, mais il ne faut tout de même pas pousser mémé dans les orties et abuser de leur incroyable gentillesse.

Le père de famille erre donc dans le couloir principal de l’hôpital à la recherche de son fils aîné qui a soi-disant été emmené en salle de diagnostics.

Un quart d’heure plus tard, il retrouve son gosse après qu’on l’ait redirigé au moins six fois ; cet hôpital est vraiment immense !  Il est devant une grande et large pièce où Joakim semble discuter avec un groupe d’hommes en blouses ; sûrement l’équipe de diagnosticiens.

Tellement pris au jeu, dans son élément, il ne réalise pas la présence de son père.  Il est bien trop occupé à se concentrer sur ce qui se dit autour de lui, vu qu’il n’a encore jamais rien entendu d’aussi passionnant !  Assidu, il intervient souvent pour apporter sa pierre à l’édifice médical de ces hommes qui apprécient sa présence à leurs côtés.

« Son père n’a pas menti », pensent-ils tous.  « c’est un putain de surdoué. »

Dès qu’ils semblent l’avoir adopté, Joakim se dépêche de leur demander l’autorisation de mettre son nez dans la bibliothèque devant lui et sur laquelle il lorgne depuis son arrivée ici.  Bon nombre d’encyclopédies de médecine y figurent et tout le programme médical qu’un diagnosticien avale lors de ses interminables années d’études y figure.  L’équipe se sert très souvent de ces ouvrages pour se rafraîchir la mémoire.

La demande est touchante et acceptée.  Les diagnosticiens voient aussitôt Joakim commencer à faire défiler les pages de l’un des bouquins, les unes après les autres, à une vitesse assez incroyable.  Ils perdent soudain leur enthousiasme et commencent à s’intriguer, pensant à une mauvaise plaisanterie de la part du soi-disant jeune prodige,

L’un d’eux ose demander, l’air sceptique,

— Euh, tu lis vraiment, là ?  Parce que tu vas vite, je trouve !

Joakim n’attend pas pour esquisser aussitôt un sourire en coin, tout en se tapotant fièrement sa tempe droite à l’aide de son index,

— Je vous assure que désormais, le contenu de toutes les pages est là-dedans et il n’en sortira plus !

Derrière sa porte vitrée, Raphael réalise que son fils ne le remarquera pas de sitôt.  Il décide donc de rentrer chez lui pour prendre une bonne douche et pleurer sous le jet d’eau au souvenir de son fils fraîchement décédé, de sa fille très mal en point…

Il a besoin d’un break…

Il se couche ensuite sans manger et, alors qu’il fixe le plafond, il prie pour que sa fille s’en sorte et se demande si son aîné va se décider à l’appeler pour lui demander de venir le chercher à l’hôpital.

Ses nouveaux « amis » vont bien terminer leur journée un jour, non ?  À moins que ces gens-là travaillent h24 en ayant ni vie ni famille ?  Raphaël donnerait cher pour entendre sonner son téléphone portable, car il aimerait avoir son fils à ses côtés, pour ne pas vivre cette première soirée de deuil tout seul.  Il refuse d’appeler sa mère ou le moindre ami à la rescousse, mais il aimerait tant avoir sa dernière progéniture valide à ses côtés…  Son dernier gosse, actuellement kidnappé par des hommes en blouse, lui manque terriblement.  Il en grommelle de jalousie avant de regarder une nouvelle fois sa montre : L’heure tourne.  Ces gens-là ne dorment-ils jamais ???