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=== 8 juin, 7 h 30 du matin… ===

Les cris de sa fille alertent Raphael pour le faire s’envoler au premier étage.  La dernière fois qu’il avait couru aussi vite, c’est lorsqu’on l’a appelé en urgence, alors qu’il travaillait encore, pour lui annoncer que son épouse allait accoucher de ses jumeaux.  Ce jour-là a été le troisième plus beau jour de la vie de ce père comblé et aimant.  Le premier ayant été celui de son mariage et le deuxième, celui de la naissance de son fils aîné…

Son cœur vole en éclats dès qu’il découvre son cadet inerte, devant sa fille.

Un doux sourire étire le visage de l’incarnation de la bonté humaine.  Raphael se précipite près de lui et songe à un simple malaise.  Il refuse d’imaginer le pire et se dépêche d’appeler les pompiers.

Derrière lui et alors qu’il prend son fils inconscient dans ses bras pour le remuer légèrement en l’appelant par son prénom, sa fille ne s’arrête plus de pleurer en bafouillant maladroitement sa détresse ainsi que son impuissance.

Joakim entre dans la pièce à son tour.  Il a pris son temps pour monter les escaliers, car ses jambes et son esprit lui ont fait défaut.  Comme si son être tout entier ne voulait pas constater la scène qui se déroule au premier étage de la maison. Désormais derrière sa sœur, il reste figé tel un poteau sans vie, l’air bête, complètement ahuri, voire débile.  Tellement impuissant.  Inutile.

Il ne réalise pas réellement ce qui est en train de se produire sous ses yeux et reste immobile, stoïque, l’air perdu.

Sa sœur tombe au sol et déverse crashing avec abondance ce qu’on appelle le « liquide lacrymal ».  Les neurotypiques en laissent souvent couler, clamant ainsi au monde leur humanité et leur manière d’être affectés par les événements, mais lui ne sait pas faire.  Il aimerait, pourtant, mais son cœur demeure plus vide et glacé que jamais, violemment enseveli dans un gouffre sans fond où sont en train de s’unir l’ensemble de ses craintes et angoisses.  Toutes unies pour l’anéantir !  Une spirale sans fin s’ouvre sous les pieds du jeune homme qui en a désormais la gorge qui le brûle à tel point qu’il peine à respirer.  Et ce, malgré qu’il ne laisse toujours pas échapper le moindre sanglot et que son corps n’ait bougé d’un seul millimètre.

Désemparée et complètement paniquée, Erika balbutie en pleurant, en direction de son père :

– Il ..  Il ne se relèvera pas, n’est-ce pas… C’est fini, hein ? Dis-le… Il..  Il nous a abandonnés. Il…

Le car des Watcha Say klaxonne soudain devant leur domicile et elle en profite pour se relever d’un bond et courir s’y engouffrer, sans se retourner ni prononcer un mot de plus.  Elle doit fuir l’horreur, vite.

Une part d’elle meurt aujourd’hui avec son jumeau…