Temps de lecture : 5 minutes

 

*

 

Trisha revient dix minutes plus tard, vêtue d’une chemise ample de son petit ami.  Délicatement, elle s’allonge à ses côtés sur son lit alors qu’il semble dormir, elle lui susurre doucement :

— Tu dors déjà ?

– Non

— Tant mieux, parce que je voulais te parler cinq minutes.  C’est important…

— J’aurais dû faire semblant de dormir, je suis trop con…

— Tu m’as snobée pendant quatre jours.

— Je me disais aussi que c’était étrange que tu n’en reparles pas…  Fuck ma vie.

— Quatre jours, Joakim !  Tu étais chez Kristofer, en plus !!  On avait discuté après l’enterrement et…  Enfin, je ne peux pas croire que ce soit vers lui que tu te sois tournée quand ça n’allait pas !!  Je suis là pour toi, et pas lui !!!  Tu le sais !!!  C’est moi ta copine !!!

— Tout ça n’est en fait qu’une histoire de jalousie, alors !

— Moi ??  Jalouse de ce con ?  Bon, ok, peut-être un peu…

— Je ne te snoberai plus… J’essaierai, du moins !

— Tu vas allumer ton téléphone portable alors ?!

— Je l’ai cassé chez Kris…

— En plus de te pourrir, il détruit la technologie, tu vois !!! Comment tu vas faire pour tenir ta promesse de ne plus jamais me snober, sans portable ?

— Je vais te révéler un scoop, mais promis, tu le répètes à personne, hein ?  Je vais faire comme tout le monde, je vais le remplacer !!!!

— Certes, mais ça ne me rassure pas, car on ne pourra se voir qu’au lycée quand tu daigneras y venir et le soir, tu ne pourras plus venir chez moi vu qu’il y a Amy dans ma chambre !  Quand va-t-on se voir dans tout ça ?!  Et dès que tu restes seul, tu peux pas t’empêcher de filer chez l’autre crétin…

— Amy vit chez toi ?

— Si tu ne m’avais pas snobé ces derniers jours, tu le saurais !  Depuis le décès de sa mère, en fait.  Mais du coup, on se verra beaucoup moins, je répète…

— Autant se prendre un appart à deux, lance Joakim dans un soupir et sans réaliser à quoi il s’engageait sur le long terme avec cette phrase.

Sur le coup, il ne pensait qu’à empêcher les deux filles d’être collées l’une à l’autre en permanence.  Des fois qu’Amy Wills ait envie d’être trop bavarde, un jour…

Trisha le dévisage sitôt sa réplique terminée, complètement abasourdie,

– Tu…   Tu viens de dire que… ?

— Bonne nuit !!!! Renvoie honteusement Joakim en lui tournant le dos pour faire semblant de dormir :  « Dors bien !!! »

— Oh mon dieu, pour réagir ainsi, c’est que tu étais sérieux !!!  MAIS JE LE VEUX AUSSI, OUIIIIIIIIII !!

– Oublie !! Je ne t’entends déjà plus.

— On pourrait faire ça l’an prochain, ma mère pourra se porter garant, l’idéal serait qu’on ne soit pas trop loin des maisons de nos parents respectifs !!! Ça les rassurerait !!! En plus, ça sera super pratique, l’an dernier, j’avais une copine qui vivait avec son copain et c’était super sympa !  D’ailleurs, ça me fait penser que cette conne m’a plus appelée depuis son entrée à la fac.  Heureusement qu’on n’est pas aussi casaniers avec nos potes, nous, parce qu’eux, ils s’étaient éloignés de tous pour rester à deux !  Franchement là-dessus, nous, on est carrément au-dessus, on conserve une vie sociale et je sais que ça continuera !  On sera jamais niaiseux à préférer mater un DVD en couple plutôt que de sortir avec nos potes, hein ? Oui, moi j’ai confiance en nous là-dessus !

— Alerte ragots de filles !!!!  As-tu conscience que j’ai le mal de crâne de ma vie ?  Tu m’as confondu avec Amy ?!

– Ne change pas de sujet !  Focus sur le sujet, focus !  L’appart !

— D’accord… Alors ça ne peut pas se faire, je ne veux pas être loin d’Alarich.  Il ne comprendrait pas.

— Ah… Oui, je comprends. Excuse-moi… bafouille tristement Trisha en accentuant sa détresse à l’aide d’une adorable bouille d’ange battue.

— Au pire, il faudrait trouver quelque chose de vraiment près de chez moi, genre, cinq minutes à pied, soupire de nouveau Joakim, complètement manipulé par celle à qui il ne saura jamais dire non.  « Mais bon, vu la colère de mon père, je ne te promets rien.

Il termine sa phrase en se tournant vers sa petite amie pour l’enlacer tendrement et la ramener contre lui.

— Rien que le fait que tu y songes sincèrement signifie beaucoup pour moi…  sourit Trisha en retour, terriblement émue, le cœur battant à tout rompre.  Je t’aime…

— J’espère bien…  Avec tout ce que je supporte de toi…

— Qui supporte qui entre nous, tu veux qu’on demande aux lecteurs ?  Eux, ils savent…

— Vas-y, je les ai tous dans la poche, les filles sont folles de moi et les mecs veulent m’égaler…

— N’importe quoi… susurre Trisha en s’emparant tendrement des lèvres de son petit ami pour l’empêcher de continuer de dire des bêtises plus grosses que lui…