* *
*

Dépitée et furieuse vis-à-vis de ce que lui a fait Joakim, Amy reste décidée à tourner la page de leur affreuse histoire.

Elle a perdu trop de temps à aimer ce con qui ne le méritait pas.

Alors, en ce début de soirée et après une interminable journée de cours où elle n’a pas croisé Noah — le concerné étant apparemment grippé —, elle décide de l’appeler pour se renseigner sur son état.
Elle est heureuse, alors qu’elle colle son smartphone à son oreille, attendant qu’il décroche. Pour la première fois depuis longtemps, elle se rend compte qu’elle a envie de lui parler, de passer du temps avec lui. Il lui a manqué. Perdue dans les méandres de sa bouffonnerie dans sa période Bauer, elle a oublié à quel point la vie avec son blond était douce.

Elle doit donc se racheter auprès de lui. S’il n’est pas déjà trop tard. S’il y a encore quelque chose à sauver de leur histoire en perdition et presque inexistante. Amy commence à craindre une éventuelle trahison de son blond qui, lassé de son comportement, aurait pu la tromper avec une autre.
— Hey, coucou ! lui répond-il affectueusement en décrochant très vite son téléphone.
un ton de voix qui rassure aussitôt Amy. Elle s’empresse de lui renvoyer :
— Ça va mieux, toi ? Tu te sens comment, ce soir ?
— Un peu patraque. Et toi, ça va ?
« Toujours fidèle à lui-même… » songe Amy, le cœur serré. Grippé et alité, Noah Beckers prend la peine de se préoccuper des autres avant même sa propre personne.

— Ça va nickel. Mais j’ai envie de te voir. Je peux passer ?
— Si tu veux, mais tu ne fais rien ce soir ? Tu ne dois pas réviser, ou autre…
Une culpabilité douloureuse perfore l’estomac de la jeune fille. Elle a tellement menti à son interlocuteur ces derniers temps pour pouvoir échapper à ses bras qu’elle a l’impression qu’il s’attend à ce qu’elle le fasse encore…
— Non, je viens de sortir de cours et je voulais venir pour qu’on passe la soirée ensemble. Je dois m’occuper de toi !
— On ne dit pas non à une infirmière sexy. Je t’attends. Tu traverses derrière et me rejoins dans ma chambre ? J’ai des vertiges quand je me lève et si tu passes seule par la porte d’entrée, ma mère va t’ouvrir et te tenir la patte pendant vingt minutes, tu sais comme elle est !
— Oui, sourit Amy, l’air amusé, je passe par-derrière, l’esquive habilement, et je te rejoins. À de suite !
La blondinette est aux anges alors qu’elle file chez son petit ami. Elle ne prend pas la peine de se maquiller plus, ni de choisir de nouveaux vêtements plus affriolants car ses pensées du moment sont plus liées à des retrouvailles chaleureuses qu’à un besoin constant de devoir plaire à un beau gosse insipide.
Amy trouve que son ex-amant mérite le terme avec lequel elle le qualifie. « Il lui a volé une part de sa vie… » Elle le déteste pour cela. Il n’est qu’un sale type mauvais et calculateur. Il est l’égoïsme et l’insensibilité incarnés. Il mérite la mort. Non. Pire. Il ne mérite que solitude et abandon, lui qui pourrit son entourage pour ensuite prendre plaisir à le démolir allègrement. Elle lui souhaite le pire en pensées et prie pour que le karma le frappe si fort qu’il ne s’en relève pas !
*
En parallèle de ces pensées mauvaises, Joakim n’a pas les oreilles qui sifflent, mais plutôt un téléphone collé contre l’une d’elles. Il est en communication avec Kristofer et il le menace comme jamais, de façon glaciale et stricte. Son ton agressif file la chair de poule à son interlocuteur. De façon très claire, il le prévient que s’il ose encore, rien qu’une fois de plus, entrer en contact avec Amy Wills pour tenter de se servir d’elle afin d’atteindre ses propres objectifs, il en subira des conséquences terribles. Plus jamais il ne tolérera que son comparse ne s’approche de cette jeune fille. Il lui ordonne de l’oublier dès aujourd’hui.
Humilié, Kristofer tente de se défendre mais Joakim lui coupe très vite l’herbe sous le pied. Il ne veut plus l’entendre… Il n’a plus droit à la parole sur le sujet.
À cet instant et tiraillé par une honte douloureuse qui l’assaille, Kristofer réalise que pour la première fois de sa vie, son ami protège des gens. Au lieu d’être un connard avec Amy Wills, il l’a éloignée volontairement pour lui rendre sa vie et la faire échapper à leur monde. Kristofer sait qu’il a ainsi anticipé un éventuel coup bas qui l’aurait mis à faux vis-à-vis de sa rousse et, d’un coup de maître, s’est préservé habilement, tout en protégeant au passage la stupide blondasse. Il en reste interloqué. « Son ami a réellement changé… » lui qui marchait auparavant à ses côtés sans hésitation, le menace aujourd’hui car il se préoccupe du bien-être de deux connes. La haine de l’héritier de l’empire Péninsula, pour celle qu’il juge responsable de cette transformation, décuple. « Trisha… la connasse rousse… » Dieu qu’il la hait !
« Derrière chaque grand homme se trouve toujours une femme. »