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Pendant ce temps, Trisha se rend chez sa meilleure amie pour discuter de quelque chose qui l’angoisse terriblement. Elle a besoin d’être rassurée sur un point, car son petit ami lui en apprit beaucoup sur son binôme blond. Elle l’a vécu comme une humiliation, de réaliser qu’elle ignorait tout de la concernée !

— Trisha ? s’étonne Amy en ouvrant la porte de chez elle d’un air sceptique. « Que fais-tu ici ? Tu ne m’as même pas prévenue que tu passais. »

— Tu n’es pas venue en cours aujourd’hui, alors je m’inquiétais ! Comme tu ne me donnes plus de nouvelles quand ça ne va pas, je n’ai d’autre option que d’improviser !
— Pas de souci à se faire, tu sais que trois heures de sciences sociales, c’est pas vraiment mon truc. Mais j’aurais dû t’envoyer un message pour te prévenir, désolée.
— C’est rien, et au fait, pas mal du tout, ta nouvelle couleur ! Tu sors de chez le coiffeur ? sourit Trisha en pénétrant chez sa meilleure amie,
— Oui. Tu veux boire quelque chose ?

— Non, merci. En vérité, je venais surtout pour te parler de quelque chose d’important.
Le sang d’Amy ne fait qu’un tour et sa respiration se coupe brusquement.

— Tu sais que si quelque chose ne va pas, tu peux m’en parler ? poursuit Trisha en trottant derrière son amie qui se dirige vers la pièce principale, le visage désormais blanc comme un linge. « Je suis ta meilleure amie et tu peux tout me dire, à moi… Les problèmes avec Noah, ta mère, la santé, les cours, et peut-être la musique ? Tu ne m’en parles pas beaucoup ces temps-ci ! Ça avance toujours ce projet d’album de covers, ou je sais plus quoi ? ! »
— Ça progresse doucement, mais pourquoi tu me poses tant de questions ? Qu’est-ce qui a pu te mettre des inquiétudes étranges dans la tête ?
— Je ne vais pas faire de détours, alors voilà, j’ai discuté avec Joakim et il m’a tout dévoilé.
Amy manque de s’étouffer.
— Hein ?!
— Ne te fais pas de souci, il n’a absolument rien dit de mal. Il se préoccupe simplement pour toi.
— Qu’est-ce qu’il t’a dit… ?
– Tout.

Tandis que sa meilleure amie lui partage la manière dont l’homme qu’elle aime l’a dénigrée, rabaissée en la présentant comme une dépressive instable qui se cramponne désespérément à lui, Amy ressent non seulement une animosité grandissante pour lui, mais également un respect profond pour le salaud à l’esprit aiguisé qui a su prévoir un éventuel coup bas de son côté, tout en réussissant habilement à gagner les faveurs de sa petite amie fidèle.

« Bien joué, Joakim. Bien joué », songe Amy en congratulant en pensée la stratégie préventive à l’intégrité dégueulasse, de son amant.
À la fin du long discours affectueux de sa meilleure amie, elle joue le jeu et confirme timidement que Joakim l’a souvent aidée mais qu’elle accepte avec joie que son binôme roux prenne la relève.
Furieuse, trahie et blessée, elle comprend qu’il est désormais dans son intérêt de se détacher au plus vite de l’affreux manipulateur qui n’a aucun respect pour elle.

Elle lui en veut. Ce salaud l’a salie une fois de trop et elle souhaite que cette nouvelle humiliation l’aide à faire le deuil de leur relation abominable à sens unique. Elle demeure profondément écoeurée et ulcérée de prendre conscience que celui qui a su la ridiculiser comme nul autre est celui qu’elle a chéri plus que sa propre existence. Mais cela, Trisha ne s’en doutera jamais. Pour elle, son petit ami demeurera celui qui l’a trouvée un jour en ville, en larmes, décidant ensuite de rester quelques heures à ses côtés pour la consoler, tel un héros merveilleux et dévoué qu’il est. Ce crétin maitrise tellement l’art de la manipulation que sa rousse s’imagine aujourd’hui que pendant des semaines durant, une pauvre fille à problèmes l’a harcelé pour rechercher un ami à qui se confier, parce que la malheureuse ne savait le faire devant personne d’autre, alors que lui, pauvre altruiste au cœur gigantesque, souhaitait tout sauf cela et le gérait même très mal, de devoir cacher toute cette histoire à sa douce moitié… Joakim a bien joué, réalise Amy. Utilisant à la perfection ses failles, son mal-être connu de tous, il a avancé sa reine sur l’échiquier d’une main de maître. La blondinette vomit en pensée sur la noirceur de son âme. « Ce type est le faux-semblant incarné ! » se retient-elle d’hurler.