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=== 9 juin, 18 h 30… ===

Malgré toute sa bonne volonté et son implication dans la recherche du diagnostic de sa sœur, Joakim se noie autant dans l’incompréhension que les professionnels diplômés à ses côtés.  Il pensait pourtant les surpasser.  Un triste retour à la réalité pour son égo malmené par le réel.

Au rythme où l’état de santé de sa sœur se dégrade, elle n’en a plus que pour une semaine maximum.  Nullement naïf, le jeune Bauer sait bien que le pire arrivera dès que le corps de sa cadette ne pourra plus assimiler tout ce qu’on lui fait subir pour tenter de la soigner à tâtons.  Elle n’en a plus pour longtemps.

Bien conscient de cela, il ne va pourtant pas la voir et ce, malgré qu’elle puisse désormais recevoir plus de visites qu’en soins intensifs.  Joakim ne peut se résoudre à se présenter devant elle tant qu’il ne peut lui annoncer qu’elle sera sauvée.  Il n’en a pas le courage.  Il ne veut plus voir son visage tant qu’il ne sera pas certain qu’elle vivra encore de nombreuses années derrière celui-ci.  Borné, il refuse de se dire que dans quelques jours, elle s’éteindra sans qu’il n’ait rien pu tenter.  Ce scénario-là est impensable.  Inconcevable.  Il va trouver un moyen, il le sait.

Sous ses airs calmes et assurés, il perd pourtant pied et entre très vite dans une spirale dépressive, nourrie par cette peur terrible de « ne pas y arriver ».  À côté de quoi passe-t-il donc pour ne pas réussir à faire la lumière sur ce qui tue sa sœur à petit feu ?  Il y a forcément un moyen de la sauver et même s’il se dissimule habilement, il peut être débusqué !  Joakim le sait et son entêtement décuple !  Il va trouver LE petit truc qui emmerde tout le monde !

Le fait qu’il en soit à ses 48 h sans fermer l’œil ne l’aide pas à se concentrer dans de bonnes conditions, car, les nerfs à fleur de peau, l’esprit brouillon, il ne tolère et n’accepte plus rien de personne.  Il ne se contente plus que de réfléchir seul, encore et encore…  Inlassablement.  Il est forcément passé à côté de quelque chose de crucial et il doit absolument trouver quoi.  Se mettant de plus en plus de pression, il porte sur ses uniques épaules l’obligation de sauver sa sœur, car à ses yeux, personne d’autre ne pourrait réussir cet exploit.  Il ne leur fait plus confiance, à ces soi-disant diplômés qui ont, malgré leurs longues années d’expérience, laissé mourir son frère.  Il ne dormira donc plus tant qu’il n’aura pas trouvé le moyen de sauver sa cadette.

Et ce même si ses « collègues » diagnosticiens lui conseillent de décrocher quelques heures afin de rentrer chez lui, faire un somme, se relaxer…  Son acharnement effraie désormais, car personne ne souhaite le voir s’écrouler de fatigue.  Le manque de sommeil reste dangereux pour l’organisme et si 48 h, cela passe encore, plus serait problématique.

Joakim ignore les mises en garde.  Il n’a pas besoin de dormir !  Ce n’est pas sa vie à lui qui est en danger aujourd’hui !  Alors il restera ici et réfléchira jusqu’à ce qu’il trouve ce qui tue lentement sa sœur.  Point.

Devant son sérieux et son implication, le directeur de l’hôpital finit par lui proposer de rejoindre son équipe de diagnosticiens après son diplôme, mais Joakim refuse.  Ce métier ne l’intéresse pas.  Il ne se voit pas passer sa vie entière à trier des connaissances déjà acquises pour comprendre les maladies des uns et des autres.  À la place, il préfère la découverte constante et n’écoute déjà plus son interlocuteur lorsque celui-ci lui annonce que s’il souhaite travailler dans la recherche, il a aussi de la place dans le laboratoire de son hôpital.  Il est même prêt à lui payer une éventuelle formation pour qu’il accepte le job…

Joakim ignore cette nouvelle proposition car sa bulle d’épanouissement se fissure un peu plus à chaque instant.  En le voyant devenir aussi irritable, exécrable et stressé, il est difficile pour tous de se souvenir qu’il y a moins de 24 h, il jubilait autant qu’un enfant emmené à Disneyland pour la première fois de sa vie.

Joakim ne s’amuse plus, entre ces murs.  Désormais, sur son visage, seule la fatigue et l’anxiété se lisent alors qu’il enchaîne les cafés.  Il ne doit pas dormir. Il ne doit pas sombrer.  Il doit tenir… jusqu‘à ce qu’il ait trouvé.

Hajer l’appela soudain sur son téléphone portable qu’il a rallumé il y a vingt minutes.  Las et agacé, il décroche pour partager sa mauvaise humeur :

— Quoi encore ?

– Je… Je..    Je suis désolé de t’ennuyer, mais je dois te parler de quelque chose, et je…

— Tu vas jamais me lâcher à la fin ?  Tu ne réalises pas que j’en ai marre de t’avoir sans arrêt collé à mon cul ?  Tu ne peux pas aller voir ailleurs si j’y suis, un peu ?

– Ok. Je voulais juste te prévenir que je pars me rendre à la police.  C’est le mieux pour tout le m…

– Cool, ta vie !

Excédé, Joakim raccroche dès la fin de sa réplique et son mépris est palpable, décuplé par le fait que, depuis qu’il a rallumé son téléphone, ce ne soit que ce crétin d’Hajer qui ait tenté de le joindre !  Ah, pour faire la Miss Monde qui exige toute l’attention de ses semblables, sa rousse est douée, mais dès qu’il faut prendre sur soi et le recontacter plus tard, il n’y a plus personne !  Dieu qu’elle l’énerve, cette idiote !  Qu’à cela ne tienne, il ne la rappellera pas le premier, foi de Joakim. Qu’elle aille au diable, elle aussi. Stressé, il ne réfléchit pas au sens des paroles de son ami Hajer : dans un état second permanent, la tête qui bourdonne constamment, il n’est plus en état de se préoccuper des crises existentielles d’un crétin en dépression pour des conneries.