Temps de lecture : 4 minutes

 

=== 16h30… === 

Dans ce but, il se dépêche de revenir dans sa chambre d’hôtel, la sienne, la vraie, et non dans celle qu’il a exceptionnellement prise pour s’envoyer en l’air avec son amourette de lycée, afin d’envoyer un mail à sa tendre.

Coucou, mon cœur,

Je ne sais pas comment.

Tu dois te demander pourquoi.

Étant trop occupé pour appeler ce soir, je préfère t’envoyer un mail.

Tu me manques mon bébé !

Ça va à la maison ?  Tout va bien ?

Mon téléphone est en rade, voilà les raisons de ce mail.

Oui, il a un mal fou à démarrer son message.  Sa touche « effacer » chauffe et sa patience s’use avec elle.  Agacé, il se lance soudain et ne s’arrête plus :

J’ai fait une énorme bêtise et j’ignore comment te l’avouer en face.  Je préfère me servir d’un mail pour pouvoir tout te dire d’un coup, sans qu’on ne s’interrompe mutuellement pour s’engueuler, car c’est forcément ce que tu voudras faire lorsque tu sauras.  Je pourrais bien entendu tout garder pour moi et me dire que tu ne l’apprendras jamais, que tout ira bien, parce que je ne recommencerai plus, pour qu’on continue de vivre peinards.  Qu’est-ce qu’un petit mensonge à la con après tout ?  On serait pas le premier couple qui se ment, ahah, mais ouais non je ne peux pas faire ça.  Si on doit en finir, autant que cela soit fait paf paf !!! Soyons honnêtes l’un envers l’autre. Ce n’est bien sûr pas ce que je veux. Tu le sais, à quel point je t’aime, non ?  Oui, tu le sais…  Tu es toute ma vie et les enfants aussi.  Pourtant, j’ai couché avec Paula.  Je ne vais pas te mentir en te disant un tas de trucs clichés comme quoi, j’ignore comment c’est arrivé, elle m’a chauffé puis violé.  Je n’y suis pour rien et blablabla, car je sais très bien ce qu’il s’est passé.  Je l’ai revue, j’ai eu envie.  Je sais même pas pourquoi.  Après, ce que je ne comprends pas, c’est que c’est toi la femme de ma vie, c’est toi que j’aime, c’est toi que je ne veux pas perdre.  Je ne veux strictement rien de plus avec Pao’.  Mais pourtant, j’ai fait cette connerie.  Je l’ai invité à manger une pizza, et nous sommes ensuite allés à l’hôtel.  J’ignore ce qu’il m’a pris.  Enfin si, je le sais, j’ai eu envie, je l’ai fait, mais j’ignore pourquoi.  Mais je te le dis quand même, maladroitement et d’une traite : je ne me relis pas, je me demande si je suis compréhensible, et j’ai déjà peur de ce que tu commences à penser de moi.  Je dirais que tu as envie de rompre, et tu aurais raison de vouloir divorcer, cela serait ton droit.  Puis-je dire ce que je veux, moi ? Non, je n’en ai pas le droit, après avoir eu un tel comportement, je n’ai le droit que de fermer ma gueule, mais tant pis, je vais oser le faire, et te rappeler à quel point je peux t’aimer, mon bébé… Quoique tu décides pour nous, souviens-toi de cela.  Parce que je suis réellement désolé… Je me sens tellement mal, tu sais.  De me dire que tu ne me pardonneras pas. Je ne comprends pas, je te le jure, je ne comprends pas, car c’est toi que j’aime, la plus belle et parfaite à mes yeux, la seule et unique que je voudrais toujours, mais pourtant, cela est arrivé.  Que va-t-il advenir de nous, désormais… ?  Que vas-tu décider ?  Tu ne voudras plus jamais de moi, hein.  À mon retour, tu me feras signer des papiers de divorce et tu ne voudras plus jamais entendre parler de moi.  On se disputera les enfants, notre famille explosera, blabla, j’ai tout gâché.  J’ai commis l’irréparable, et je ne sais même pas pourquoi…  PUTAIN !! Mais je t’aime pourtant tellement, je ne devrais pas t’envoyer un tel mail, je devrais tout garder pour moi, tu ne saurais alors jamais ce que j’ai fait, et tout irait biennnnn !  Mais non, tout n’ira jamais bien, parce que tu mérites de savoir, et je t’aime beaucoup trop pour te faire l’affront de te cacher tout ça. Ton mari est une merde !  Alors j’envoie ce mail !!! Mais je t’en prie, souviens-toi que c’est toi que j’aime, et que rien n’était prémédité !!! Aïsha, c’est toi que j’aime et c’est toi que j’aimerais toujours…

L’écrivain de mails à rallonge clique sur « envoyer » sans rien ajouter de plus, le visage blanc comme un linge, l’estomac plus noué que jamais.  Amorphe, pétrifié par ce qu’il a tenté alors qu’il n’en était absolument pas obligé, il s’allonge sur son lit pour rester à fixer bêtement le plafond.

Pourquoi a-t-il envoyé ce maudit message ?  Son mariage ne se relèvera jamais de sa connerie !

Il ne s’est jamais autant détesté qu’aujourd’hui.  Abruti d’avoir trahi la personne qui comptait le plus à ses yeux, demeuré d’être ensuite allé confesser niaisement son crime…