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Pendant ce temps, Amy soupire avec nonchalance, tout en écoutant le répondeur de son téléphone portable. Elle trouve le temps interminable.

Cette fois encore et comme à plusieurs moments de la journée d’ailleurs, elle s’est fait rappeler à l’ordre par Universal Music, qui n’a plus de nouvelles d’elle depuis quelques semaines.
La jeune fille nage encore dans l’indécision au sujet de son avenir potentiellement musical. Sans le soutien de Joakim ou même une relation avec lui pour l’inspirer, elle ne ressent plus l’envie de continuer dans ce milieu. Comme un artiste qui aurait perdu sa muse…

L’un de ses messages en attente attire soudain son attention et, titillée par une curiosité stressante, elle rappelle le numéro. Apparemment, cet homme à la voix grave est son nouveau manager musical, fraîchement embauché par Universal Music pour s’occuper de lancer sa carrière.
Dès qu’il décroche son appel, elle lui avoue qu’elle souhaite tout arrêter. Elle s’excuse de ne pas l’avoir dit plus tôt, préférant faire la sourde oreille aux nombreux rappels, mais avec le décès récent de sa mère, elle n’a plus la tête à rien. Son interlocuteur comprend très vite sa situation.
— Je m’appelle Richard Driver, mais appelle-moi Richard. Je me permets de te tutoyer, tu n’y vois pas d’inconvénient, j’espère ?

— Non, bien sûr que non.
— Très bien. Alors serais-tu libre demain, en fin de journée, pour qu’on puisse aller boire un café et qu’on discute un peu de tout ça, de ce qu’on projette de faire ensemble ?
Amy s’interloque, sur le coup. Son interlocuteur ne semble pas avoir compris la partie de sa phrase où elle lui disait qu’elle ne souhaitait plus continuer dans la musique. Avant qu’elle ne lui fasse cette remarque, l’homme lui répond de nouveau :
— Oui, je sais que tu es démotivée et que tu n’as plus envie de chanter, mais permets-moi de ne pas prêter attention à ton avis pour l’instant, en préférant me concentrer sur ton talent. Cela ne te dérange pas ? Parce que j’ai été embauché pour lancer la carrière d’une graine de star et c’est tout ce qui m’importe.

— Une graine de star ?
Amy ne peut s’empêcher de répéter sa phrase en réprimant un gloussement : « Vous allez un peu vite en besogne, car je n’ai fait qu’aller en studio deux ou trois fois, sans qu’il n’y ait rien derrière. »
— Oui, il parait que tu as pris tout cela à la légère et c’est pour ça que je suis là ! Ensemble, nous allons faire les choses bien. Tu me suis ?
— Je n’en sais rien.
— Je prendrai ça pour un oui. As-tu écrit des chansons dernièrement ou as-tu continué ta vie olé-olé ?
— Je n’ai rien écrit depuis ma dernière session en studio. Je n’ai plus rien de…
— Nous allons voir ça alors. Nous allons nous voir demain et tu me présenteras la chanson dont tu es la plus fière, d’accord ? Tu as la soirée pour te pencher dessus et on se voit demain. Ça roule ?
— Je ne fais presque que des covers, vous savez…
— Menteuse. Tu parlais d’écriture il y a quelques phrases !
— Oui, je sais, mais c’est rare !
— Donc à demain ! Tu as la soirée pour me pondre quelque chose dont tu seras fière !
— Je ne saurais même pas quoi écrire, le délai est trop court et puis en plus je ne sais pas si j’en ai vraiment envie…
— Ta mollesse est agaçante, Amy, reprend le manager d’une voix plus ferme et sévère. Tu as vécu des moments durs ces dernières semaines, mais il faut te relever, maintenant, alors ressaisis-toi et écris-moi une chanson ! On se voit demain, au café devant Universal Music.
— D’a… d’accord… déglutit Amy, aussi honteuse qu’une fillette prise en flag pendant le vol d’une sucette dans une supérette,
— Je te dis donc, à demain !
— À demain… soupire Amy, blasée mais toutefois satisfaite de réaliser qu’au fond, il lui reste peut-être encore quelque chose aujourd’hui : la musique ?