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Quelques heures plus tard et après que Joakim soit allé en boutique acheter le nouvel iPhone 5 en compagnie de sa petite amie, celle-ci doit le laisser à contrecœur pour se rendre à Click Models.

Elle arrive à l’agence de mannequinat peu après. Son doux patron la convoque immédiatement dans son bureau. Elle l’y rejoint sans attendre, un peu inquiète, stressée à l’idée qu’il soit mécontent de ses shootings, voire de son attitude ici, mais il la rassure rapidement.

Elle reçoit ses félicitations pour sa présence très régulière, son assiduité depuis toujours et ce malgré qu’elle n’ait qu’un contrat à mi-temps. Ses shootings sont aussi de plus en plus parfaits, ce qui fait désormais d’elle le mannequin féminin favori de la boite.

Fernando Cruz ne tarit pas d’éloges à son sujet. La rouquine est aux anges, plus fière que jamais et alors que son boss continue de la complimenter, l’air malin, il lui demande soudain :

— Trisha, ma belle Trisha, tu la trouves comment l’agence, toi ?

— Euh, géniale, pourquoi ?

— Géniale, c’est le mot. Notre agence est géniale et tout le monde le sait ! Travailler pour Click Models est synonyme de prestige ! et pas uniquement du côté de Los Angeles, vu que nous sommes partout !

Fernando esquisse un petit rire en coin qui exprime une sorte de satisfaction mêlée à une infinie fierté. Trisha acquiesce en lui souriant. Il est vrai que leur agence est réputée, mais elle ne voit pas vraiment où est-ce que son boss veut en venir alors qu’il le lui rappelle.

— Bon, venons en aux faits, reprend Fernando avec un peu plus de sérieux. Tu reçois bientôt ton diplôme, n’est-ce pas ? Ensuite, que feras-tu ?

— Pour tout vous dire, j’y réfléchis encore.

— Tu n’auras donc plus rien qui te retienne sur L.A. sauf ton contrat chez nous, que tu ne souhaiterais pas rompre, n’est-ce pas ?

— En effet, vu comme ça.

— Bien ! ! Tu n’auras donc plus rien qui te retienne à L.A., à part Click Models, que tu chéris sincèrement, donc cela ne te dérangerait pas de travailler dans une autre agence ? Miami, ça te branche ? Je ne te dis pas l’avancée prodigieuse que va faire ta carrière si tu acceptes ce poste-là, avec un contrat à temps plein, parce que tu es née pour être mannequin.

— Miami ?? s’interroge Trisha, sceptique, perplexe. Mais pourquoi ? Est-ce que vous me renvoyez ?

— As-tu suivi le début de notre conversation ? Parce qu’il me semble que j’y ai glissé l’information que tu es l’un de nos mannequins les plus prometteurs ! Si tu penses que je propose à n’importe qui un poste dans notre agence à Miami… Tu réalises que je te fais là une faveur ?

— Mais… Pourquoi moi ? Je ne comprends pas… Je suis loin d’être celle qui a le plus d’ancienneté, alors…

— Tu n’apprécies pas ma faveur ? Tu n’es pas contente ? Parce que tu sais, Clara en rêve depuis longtemps de cette opportunité.

— J’apprécie, mais.. Pourquoi moi.. ?

— Parce que pour être honnête, nous avons déjà trop de mannequins féminins pour cette agence-là, mais Click Models ne veut pas te perdre, car tu as l’âme d’un modèle. Tu seras accueillie comme une reine à Miami.

— Si Clara rêve d’une opportunité pareille, proposez-la lui… J’aimerais rester sur L.A, si possible.

— Bon. Je n’ai pas été assez honnête alors je vais donc ajouter une information de plus : il y a un mannequin de cette agence-là qui ne souhaite plus travailler à tes côtés et comme je ne peux absolument pas me passer de lui, je t’ai offert une voie de sortie tout à fait honorable pour que tu continues chez nous, dans les meilleures conditions possibles et entourée des plus grands, parce que je t’apprécie beaucoup, mais si tu veux, tu peux refuser ma proposition, je te signe ton chèque et on en reste là.

— Un mannequin qui… ? Jay ?!? balbutie Trisha, complètement désemparée par la proposition qu’on vient de lui faire.

Quitter L.A., sa vie dans la cité des anges, sa ville natale, sa Californie chérie, ou quitter définitivement Click Models, où elle se sent reine et douée dans ce qu’elle fait.

— À ton avis ? soupire Fernando en triant quelques papiers sur son bureau, l’air las, avant de reprendre sur le même ton blasé. « Tout est de ma faute, je suis un boss bien trop coulant et j’ai toujours pensé qu’il pouvait y avoir de la maturité entre ces murs. Erreur. Même ici les flirts se transforment en querelle de maternelle et au final, c’est sur bibi que ça retombe ! Ah, il a bon dos le pauvre bibi, toujours à devoir régler les ouins-ouins des uns et des autres. »

« Cela dit, n’en veux pas trop au coco, il ne peut plus travailler avec toi, mais il m’a réellement supplié de te trouver un poste dans une autre de nos agences, dans une autre ville, comme si j’avais besoin de ça pour le faire de moi-même, comme si j’allais laisser ma belle Trisha à d’autres ! Je ne lui en veux pas, sa bêtise n’est plus à prouver et cela venait d’une intention bienveillante à ton égard. Bref, je te donne jusqu’à la fin de la semaine pour te décider, je t’appellerai pour connaître ta décision. En attendant, tu peux prendre congé ; évite cependant de sauter sur qui tu sais en sortant de mon bureau, car je compte sur toi. Tu as assez de classe pour ne pas me provoquer un scandale ici. »

Encore sous le choc de ce coup de massue que vient de lui infliger son ancien flirt, elle se hâte de s’échapper de l’agence. Elle essaye de ne pas jeter le moindre regard en direction de ces collègues qu’elle aimait tant et qui vont terriblement lui manquer.

Clara se précipite vers elle alors qu’elle est déjà sur le parking, pour lui demander timidement ; et pour cause, tout le monde ici est au courant de sa probable mutation :

— Trisha ! Attends ! Ça va ? Pourquoi pars-tu si vite ?!

— Je n’ai plus rien à faire ici, alors je m’en vais. Logique, renvoie sèchement Trisha tout en arrêtant ses pas pour fusiller du regard son amie. Que fais-tu là, toi ? Tu n’auras pas attendu longtemps avant de choisir ton camp, décidément !

Elle fulmine en repensant à son interlocutrice qui discutait avec Jay Kellers lorsqu’elle est entrée dans l’agence.

  — On aurait pu croire que tu étais déçue de lui, qu’il me fasse dégager, mais apparemment non ! grince-t-elle encore, écoeurée.

— Personne ne te dégage, Fernando t’envoie à Miami…

— C’est la définition du dégagement, mais présentée de manière polie.

— C’est pas le genre de Fernando de prendre ce genre de gants, crois-moi, cette mutation est une faveur…

— Oh ça suffit ton cirque ! Fernando voulait me garder, c’est Jay qui a insisté pour que ce soit moi et uniquement moi qui dégage !

— Arrête de me parler comme ça, ce n’est pas parce qu’il m’a toujours plu que je cautionne ce qu’il t’a fait, c’est carrément dégueulasse comme vengeance, mais vois ça comme un moyen de faire faire un bond à ta carrière, à Miami tu vas côtoyer les plus grands, tu réalises ta chance quand tu y repenses ? Tu quitterais Click Models pour rejoindre une autre agence et tu retrouverais jamais une telle opportunité.

— Tu oublies que mon petit ami est à L.A. ! D’ailleurs, je me demande si l’autre chien ne veut pas m’éloigner de L.A. juste pour ça, fourbe comme il est, ça ne m’étonnerait même pas.

— C’est une blague ? On te propose l’opportunité de ta vie, et tu penses à ton idylle de lycée ?!

— Je peux te la renvoyer, celle-là, c’est pas une blague, de pleurer H24 pour Jay qui ne te calcule pas et avec qui tu n’as jamais rien vécu de concret, même pas une amourette ?

— Tu es vraiment méchante, Trisha…

— Je… Oui peut-être, désolée, soupire Trisha en baissant les yeux, allez j’y vais, ça vaudra mieux…

Le cœur gros, elle tourne vivement les talons pour décamper d’ici. Les larmes aux yeux, elle repense au terrible choix qu’elle doit désormais faire : son petit ami, ou un métier qu’elle adore réellement et où elle s’épanouit ?