
— Tu as une patience, toi, sourit Éva en dévisageant affectueusement la rouquine qui revient chez eux.
Joakim soupire, la tête embrumée par sa cuite, sa soirée mouvementée, tandis que son père se dépêche de répliquer, avec sévérité et sans décrocher le moindre sourire :
— Toi, tu ferais mieux de te taire. Si tu t’imagines être en position de dire quoi que ce soit, tu te trompes. Alors tu la mets en veilleuse et tu montes dans ta chambre, on reparlera de tout ça demain. Et je peux te dire que tu ne vas pas t’en tirer comme ça, fini les petites sorties nocturnes, fini les retours tardifs après l’éco–
— On a compris ! interrompt Éva pour soutenir son fils.
Elle ne peut jamais lui en vouloir très longtemps, quoiqu’il fasse. Joakim le sait et profite ce soir encore de son laxisme à son égard, pour esquisser une bouille anéantie, qui fait rapidement mouche auprès d’elle :
— Tu as vu sa tête ? C’est à peine s’il tient debout, alors laisse-le aller se coucher, et on verra tout ça plus tard. Joakim, monte une bouteille d’eau dans ta chambre, tu vas avoir besoin de boire beaucoup. As-tu mal à la tête ? Je vais te faire une aspirine.
— Ça va aller, je suis un grand garçon, je peux me débrou—
— NON, TU NE PEUX PAS DÉBROUILLER !
Raphaël explose, à bout de nerfs, fou de rage de voir son épouse tolérer que leur fils soit la pire des raclures. « Non, tu ne sais pas te débrouiller ! On l’a toujours cru, mais on s’est trompé sur ton compte ! Tu n’es qu’un gamin immature, menteur et manipulateur ! Quand je pense qu’on te faisait confiance ! »
— RAPHAEL, ARRÊTE ! s’énerve Éva à son tour pour l’interrompre de nouveau.
Dieu qu’il peut l’énerver quand il rage ainsi sur ses précieux enfants : « N’en rajoute pas, ce n’est pas en répétant mille fois les choses qu’elles rentreront mieux ! fous-lui la paix ! »
— Je vais vous laisser, je crois, intervient Trisha d’une petite voix, terriblement gênée d’être au milieu d’une telle scène,
— Je te ramène, se dépêche de proposer Joakim, avant de se faire couper de nouveau par son père :
— Tu ouvres encore une fois la bouche, Joakim, et tu en prends une ! Comment oses-tu encore annoncer que tu fais quelque chose ?! C’est fini Joakim, fini !! C’est fini tout ça ! Tu n’annonces plus rien ici !! Tu demandes la permission pour avoir le droit de faire quoi que ce soit !
— Vu l’heure, tu veux dormir ici ce soir, Trisha ? intervient de nouveau Éva pour éviter que son époux ne mette en pièces son précieux fils. Erika dort chez une copine, alors tu peux utiliser sa chambre, à moins que tu restes dans celle de Joa—

— Quelle punition, Éva ! hurle Raphaël, choqué par la faiblesse de son épouse. Oh mon beau Joakim, va tranquillement dans ta chambre avec ta copine !! Amuse-toi bien ! Tes doux parents t’aiment tant, oh toi, noble et doux enfant siiii bien élevé !

— Tranquillement ? le reprend Éva, désormais furieuse. Regarde-le ! C’est à peine s’il tient debout et il va surement vomir toute la nuit ! Donc ne t’inquiète pas, il va payer pour avoir désobéi, oh que oui ! Ce soir et toute la journée de demain seront les pires jours de sa vie ! Tu vas voir sa gueule de bois, Trisha, ou pas, il sera tellement mal qu’il voudra mourir ! Désolée, mais on ne va pas laisser une jeune fille rentrer chez elle seule, en pleine nuit !

— Tu me saouleeeeeeeeeees !!! Et puis qu’est-ce que tu fous encore ici ??? Retourne chez ta mère !!!! Barre-toi en tournée et ne reviens jamais, merde !!! laisse échapper Raphaël dans sa rage.
Il veut la blesser à tout prix ! Qu’elle souffre ! SOUFFRE, LE MARTYR !
— Sur ce… soupire Joakim, blasé par le cirque de ses parents et tout en se dirigeant vers l’escalier qui monte au premier.
Il fait discrètement signe à sa rousse de le suivre et se sent tellement mal qu’il n’a actuellement qu’une idée en tête : celle de foncer dans la salle de bains afin de se passer de l’eau sur le visage. Sa mère a au moins raison sur un point : cette soirée-là, il va la payer très cher. Aussi bien psychologiquement à cause de ses parents, que physiquement pour tout ce qu’il a ingurgité cette nuit.