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Raphaël n’a mis que quinze minutes pour rappliquer à l’endroit indiqué, comme si sa propre vie en dépendait.
Ni une ni deux, il gare sa voiture devant la villa où l’attend sagement Trisha, tout en se demandant qui peut bien vivre ici et pourquoi la petite amie de son fils lui a indiqué pareille adresse pour les retrouver, tous les deux.
Il ne réfléchit pas plus longtemps sur le sujet et se précipite à l’intérieur de la demeure, aux côtés de la rouquine.
— Joakim ! ?! appelle-t-il soudain avec horreur, dès qu’il aperçoit son fils couché de tout son long sur le même canapé duquel Trisha n’avait pas su l’en décrocher.
Devant cette vision, le père de famille se sent partagé entre divers sentiments complètement opposés : une rage infinie ainsi qu’une détresse douloureuse de constater son enfant dans un état pareil, dans un endroit aussi douteux, entouré de jeunes sans éducation. Son désespoir est palpable alors qu’il réalise que celui dont il a toujours été si fier se trouve parmi ces dépravés répugnants !!
Sans attendre, il se précipite sur sa progéniture pour l’attraper et le mettre sur son épaule afin de porter son crétin de gosse, idiot, inconscient et immature.

Accomplissant sa tâche, il jette des regards haineux en direction de Kristofer ou de quiconque les observe, lui et Trisha.

Le père de famille suffoque en bravant la fumée nauséabonde qui flotte partout et provient d’un mélange de joints, de cigarettes et de cigares. Son fils semble profondément endormi mais il ne perd rien pour attendre, ce sacripan.
Abasourdi par la scène cocasse d’un père qui vient chercher son fils pour repartir en le portant sur l’épaule tel un sac de pommes de terre, Kristofer regarde la scène qui se poursuit à l’extérieur. Il y voit Raphaël jeter son fils sur la banquette arrière de sa voiture, toujours furieux. Cet abruti de gosse peut bénir la présence de sa petite amie qui se précipite s’asseoir à ses côtés pour le tenir tendrement dans ses bras, car sans cela, il se serait fait réveiller par une gifle terrible qui aurait eu au moins l’effet de lui remettre les idées en place !
— Attendez-moi un instant, je reviens ! demande Trisha en ressortant de la voiture pour revenir avec hâte vers l’entrée de la maison.
Elle a remarqué la présence de Kristofer à travers une fenêtre et veut lui cracher quelque chose avant de partir :

— Toi là, sombre fils de pute, je peux t’assurer que cette nuit est la dernière que tu passes avec Joakim.

— Tu es vraiment trop conne, renvoie Kristofer, acide, nullement heurté par l’insulte. En faisant venir son père ici, tu lui as juste donné une bonne raison de te dégager. Il était temps, tu me diras.
— Peut-être, mais après ça, je peux t’assurer qu’il ne pourra plus jamais remettre un pied ici, auprès de toi.
— C’était donc ça, au fond ? Tu étais prête à risquer ta relation avec lui, pour ruiner la nôtre ?

— Si c’est ce qu’il faut pour l’éloigner de toi, alors j’ai gagné, Kris. Parce que moi, contrairement à toi, je l’aime ! Aimer, c’est vouloir le meilleur pour l’autre. Mais connaissant ta vie et tes relations, je ne pense pas que tu connaisses la définition de ce mot… As-tu déjà éprouvé de réels sentiments pour quelqu’un ? Je suis certaine que non. Tu es bien trop égoïste et centré sur ton propre bien-être pour pouvoir penser à un autre être humain que toi.
— Espèce de…
— Sur ce, au revoir, l’interrompt Trisha en détalant dès qu’elle entend Raphaël klaxonner à l’extérieur.

— Je vais te détruire, sale pute… sur ma vie, Joakim ou pas, tu es déjà morte…