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— Qu’est-ce qui a bien pu se passer ici pour que tu te mettes à boire seul ? souligne Joakim d’un air intrigué, tout en escortant son ami vers le canapé le plus proche où il va le forcer à s’asseoir.

Las, Kristofer se jette dessus en couinant dans un état second :

— Je suis un raté !!!! Shane vient de me larguer !!!!

– Encore ?? ironise Joakim dans un ricanement, plus amusé qu’autre chose.

Il a l’habitude de ce genre de scènes…  Bien que, depuis quelques mois, elles commençaient à se faire rares.  Chassez le naturel, pour le voir revenir au galop…

— Rigole, rigole, enfoiré !!! On verra ce que tu diras quand l’autre conne te larguera !!!

— Si tu ne veux pas te faire larguer par une autre personne dans la même soirée, évite de parler de Trisha ainsi, se refroidit Joakim.

– Tu ne veux pas y croire, mais tu verras que ça arrivera!!! Tu crois qu’elle t’aime, mais les gars comme nous, ça ne sait pas rester avec des gens comme eux ! On est a part ! C’est peut-être pour ça qu’on s’entend si bien… Toi et moi…

— Tu ne sais toujours pas boire, toi, décidément, une demi-bouteille à peine et on te ramasse à la petite cuillère, soupire Joakim en se servant un verre de whisky.

Il trinque aussitôt après avec la bouteille de vodka que son ami tient encore en main et les deux amis commencent ensemble une longue séquence de descente de verres…

Joakim a tant à oublier, ce soir…

 

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Les jours suivants ne seront pas différents de cette nuit-là, bien au contraire.

Joakim va recommencer à plonger, toujours plus profond et encore plus qu’il n’aimait le faire dans ses pires moments de débauche…

Chassez le naturel…  Il reviendra aussi vite qu’il a décampé.

À croire que les séances avec son psy n’ont eu aucun impact positif dans sa vie.  Elles n’ont été qu’une ridicule perte de temps car rien ne peut lui retirer la peur terrible de perdre son cadet.

Il reste en effet terrifié de voir son frère dépérir lentement.  Il sent sa fin arriver et ne veut pas qu’il s’en aille.  Il est terrifié à l’idée d’assister à son départ.  Sa plus grande peur dans la vie reste de voir son ange le quitter prématurément et le seul moyen qu’il a trouvé pour ne plus avoir à y penser reste d’être saoul 24 h/24 pour s’empêcher de songer au pire.  Il le fera et ce même si pour cela il doit se détruire à petit feu jusqu’à un quelconque événement qui pourrait lui être fatal.  De toute manière, sans son cadet, il ne se donne plus le droit d’exister.  Il ne veut pas d’une vie sans lui.  Il ne le mérite pas.

Les types comme lui n’ont pas leur place dans ce monde…

Il devient donc de plus en plus irresponsable avec sa santé, testant tous les mélanges possibles et inimaginables, jusqu’à rendre dingues d’admiration les plus grands toxicos des soirées de Kristofer.  Il attend l’overdose fatale…

[Dans ce monde apocalyptique et dans cet univers âcre,
Tout n’est que vulgairement mimétique et bien trop simulacre.

Pourquoi la mort semble-t-elle aussi égoïste, pourquoi ouvre-t-elle prématurément ses portes à Enzo, tout en offrant en parallèle des vies longues, des existences parfaites ainsi que des santés de fer à des êtres comme lui ?  Joakim ne comprend plus.

 

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Un autre soir, dans un moment très sombre où un mélange de drogues met ses nerfs plus à fleur de peau que jamais, Joakim explose subitement son iPhone contre le mur d’en face.

Sa rouquine tentait de le joindre car elle ne l’a plus vu depuis deux jours et son inquiétude grandit devant le fait qu’il recommence à agir comme à l’époque où tout allait mal entre eux.  Une angoisse très justifiée si l’on constate la réelle épave qu’est devenu son compagnon en très peu de temps. De son côté, Kristofer ne reste qu’à moitié mécontent de cela, puisque cette déchéance du jeune Bauer le ramène lentement vers lui et rien au monde ne pouvait lui faire plus plaisir que son retour.

Il prend toutefois soin de l’ami qui parait chaque soir un peu plus défoncé que la veille, avec la crainte de l’overdose fatale.  Où se situent donc ses limites ?  Jusqu’à quel niveau peut-il jouer ainsi avec sa vie en se moquant ouvertement de sa santé ?

Dans cette appréhension, Kristofer tente toutefois de se rassurer sur un fait : son binôme et meilleur ami n’a jamais été un suicidaire qui voudrait en finir.  Sous ses airs abattus et désespérés, il sait toujours ce qu’il fait, même inconsciemment.

Kristofer croit en la ténacité de son comparse.  Il se relèvera !