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De retour chez lui après avoir ramené sa petite amie, Joakim se sent profondément abattu.  Pour lui, perdre Enzo signifie presque autant que perdre son cadet.  Il a en effet toujours possédé une franche complicité avec le plus jeune frère de Miguel, quand à l’inverse, avec Tomas Sanchez, leur relation s’arrête au classique « Bonjour, comment vas-tu, au revoir ».

Le cœur gros, il traverse la maison familiale d’un pas lourd avec pour unique but de rejoindre la chambre d’Alarich…

— Maman ? demande-t-il très rapidement une fois entré dans l’antre de son cadet.

Il voit sa génitrice assise à son chevet de son frère alors qu’il semble endormi.

à moins qu’il ne soit…  Joakim en a le souffle coupé et son visage palit à vue d’œil. Eva bondit aussitôt dans sa direction pour le rassurer d’un air chaleureux :

— Ne t’inquiète pas, mon chéri, il était juste un peu fatigué !  Et moi je m’ennuie, j’allais chercher un magazine pour m’occuper en attendant qu’il se réveille !  Mais dis donc, tu n’es pas censé être en cours à cette heure-ci, toi ?

— Qu’est-ce qu’il a ?  questionne Joakim avec anxiété et sans prêter attention à la question précédente de sa mère ni au fait qu’elle soit actuellement dans la maison familiale.

Sa sœur aurait sauté de joie devant sa présence, trop heureuse de passer du temps avec elle, mais lui se fiche de sa personne comme de sa première chaussette sale.

— Rien de bien grave, tu sais bien qu’il est parfois un peu malade, mais ce n’est rien !  rassure encore Éva d’une voix douce.

Sans un mot, Joakim tourne vivement les talons et s’enfuit dans sa chambre.  Son cœur s’emballe, une sourde panique l’assaille.

Il l’avait dit !  Il l’avait prédit !  Un malheur n’arrive jamais seul, mais plutôt par son pack de douze !

C’est sur son sac de sport qu’il laisse s’exprimer sa terreur, jusqu’à ce que sa mère se précipite pour l’arrêter, inquiète de l’entendre frapper sans interruption depuis quinze minutes et terrifiée par l’état de ses doigts qui ressortent ensanglantés de sa crise de nerfs.

Un peu plus et son idiot de fils se brisait toutes les phalanges…  songe Éva, désespérée, en le prenant dans ses bras pour le réconforter.

— Il va s’en remettre.  Joakim…  Ce n’est pas la première fois qu’il est un peu patraque, voyons…  Tu le sais, toi aussi, qu’il va s’en remettre…