
— Hey, salut ! La salua-t-il en arrivant vers elle, l’air souriant et amical.
Il se sent crispé, stressé, craint sa réaction…

— Coucou Noah, répond poliment Perrine, mais avec cependant un air blasé.
Sa visite inopinée la dérange au plus haut point. Son estomac se noue, tandis que son cœur bat la chamade.

— Ça va ? Je veux dire, depuis le temps… tente Noah avec une certaine hésitation douloureuse ; Dieu qu’il pouvait être mal à l’aise à ses côtés, désormais…
Son cadeau qu’il triture dans le fond de sa poche le terrifie désormais. Est-il censé le lui offrir, ou devrait-il s’abstenir de lui présenter cette jolie gourmette en argent, vraiment très mignonne et féminine, mais qui pourrait faire too much… Qui sait, peut-être prendrait-elle très mal le geste, jugeant que de simples amis ne devraient pas s’offrir de tels cadeaux… ? Noah aimerait se glisser dans un trou de souris, à cet instant. Son regard devient fuyant.
— Ça va nickel, sourit Perrine en continuant de lui afficher un air las et désintéressé. Par contre tu m’excuses, mais je dois aller…

— Je voulais juste te souhaiter un joyeux anniversaire, l’interrompt vivement Noah en serrant un peu plus fort le boitier de son cadeau dans le fond de sa poche mais en n’ayant toujours pas le courage necessaire pour le lui présenter,
— Oh, c’est gentil ! remercie Perrine, touchée par l’attention, mais sans vraiment y prêter un intérêt.
Elle a l’air tellement désintéressée par la situation que Noah en a le cœur qui se serre,
— Perrine… Est-ce j’ai fait quelque chose qui t’aurais déplu ? Est-ce que tu me détestes à cause de la soirée chez Zack? Parce que, parce que…
Ses jambes se dérobent sous lui, d’avoir osé prononcer une telle phrase. Qu’a-t-il osé faire là ?! ?! Il n’en revient pas et s’insulte très vite en pensée. Il se maudit de parler ainsi sans réfléchir…
— Je ne te déteste pas, Noah, mais j’aimerais que tu arrêtes de revenir vers moi, stp, nous ne sommes pas amis, avoue Perrine avec une franche sincérité qui fait l’effet d’un électrochoc dans le cœur du blondinet,
— Peux-tu juste me dire pourquoi ? Parce que nous étions amis, et…
— Nous n’avons jamais été amis.
— Mort de rire…

— Contente que cela te fasse rire, maintenant si tu veux bien m’excuser…
— Comment peux-tu être assez garce pour me regarder en face en me disant que nous n’avons jamais été amis ! ? s’offusque Noah, le cœur et l’égo en miettes. Je ne comprends pas comment la Perrine que j’ai connue a pu…

— Mais merde, t’es vraiment trop crétin quand tu t’y mets !! crache sèchement Perrine, à bout. Tu ne réalises pas que la Perrine que tu as connue n’a jamais été ton amie ?! Parce qu’elle a toujours été amoureuse de toi, pauvre idiot !!! Et sachant que tu ne lâcheras jamais ta blonde, parce que tu es tellement faible que tu ne réalises pas quand quelqu’un se fout de ta gueule, ta pote Perrine a préféré te sortir de sa vie, parce que te fréquenter devenait trop douloureux. Voilà, t’es content ?! Je t’aime, abruti ! Tu comprends maintenant pourquoi j’en ai strictement rien à foutre de ton amitié ?! Ce n’est pas ça que je veux avec toi ! Alors stp, lâche-moi maintenant ! Je ne veux plus jamais te revoir ni avoir le moindre contact avec toi ! Oublie-moi ! Retourne niaiser avec ta conne, t’es bon qu’à ça !

Soudainement terrifiée par ce qu’elle vient d’oser faire, Perrine détale en direction de sa bande d’amis, tandis que Noah reste figé derrière elle, l’air bête et ahuri. Le cœur en vrac et la main tremblante au fond de sa poche, la paume refermée sur le petit boitier noir en velours…

Il quitte les lieux peu après, l’esprit embrumé par la déclaration entendue, mais également par les vives palpitations qu’il ressent désormais entre les côtes.
De retour dans les vestiaires du gymnase des Soreal Dance, Perrine s’enferme dans une cabine de toilettes pour pleurer silencieusement toutes les larmes de son corps. À cet instant, elle le déteste plus que tout… d’être venu aujourd’hui lui gâcher ainsi son anniversaire. Il n’avait pas le droit ! De venir raviver ainsi ses plaies qui avaient commencé à cicatriser…
♪ If You’re Gone – Matchbox Twenty ♪
I think I’ve already lost you // Je pense que je t’ai déjà perdue.
I think you’re already gone // Je pense que tu t’es déjà enfuie.
I think I’m finally scared now. // Je pense que je commence à avoir peur, maintenant.
You think I’m weak – but I think you’re wrong Tu penses que je suis faible, mais je pense que tu as tort.
I think you’re already leaving // Je pense que tu es déjà en train d’abdiquer.
Feels like your hand is on the door // Ça se voit que tu es sur le départ.
I thought this place was an empire. J’aurais pensé que l’on possédait un empire.
But now I’m relaxed – I can’t be sure // Mais maintenant je regarde tout ça, calmé et posé, je ne suis plus vraiment sûr.
Dans la rue et tout en rentrant chez lui d’un pas lourd, l’air anéanti, Noah cogite, entre battements de cœur et pensées désespérées. L’a-t-il réellement perdue ? À cause de sa peur du changement et de son manque de courage pour lui avouer ses sentiments, clairement réciproques aux siens ? Son estomac se noue alors qu’il se laisse tomber sur le banc d’un abribus.

Masochiste, il se répète ses mots tranchants mais si véridiques…

Elle le trouve faible… Elle l’a abandonné, car elle le sait trop couard pour tenter quelque chose avec elle. Noah n’a plus ressenti pareille humiliation depuis très longtemps et cela le démolit. Il est en colère contre lui-même. Il a réussi l’exploit de perdre la seule fille avec qui il a la plus incroyable connexion. Alors qu’il avait besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’elle dans sa vie ! Il a réussi à laisser filer la seule relation concrète et saine qu’il possédait aujourd’hui, alors que c’était justement pour celle-là qu’il aurait dû se battre pour la préserver… Réalisant ses nombreuses erreurs et quittant enfin son cocon nommé « Deni », il s’énerve et attrape son téléphone portable pour tapoter un message instantané,
I think you’re so mean – – I think we should try // Je pense que tu es… – Je pense qu’on devrait essayer.
I think I could need this in my life Je pense que je pourrais avoir besoin de ça dans ma vie.
I think I’m just scared – – I think too much Je pense que j’ai juste peur – je pense beaucoup trop.
I know this is wrong. It’s a problem I’m dealing with. Je sais que c’est moche, c’est un problème sur lequel je travaille encore.
If you’re gone // Mais si tu plies bagages…
« Tu penses que je suis faible, mais tu as tort. On devrait peut-être essayer, je ne sais pas… »
« Le fait que tu ne saches pas répond à la question. Au revoir, Noah », répond Perrine dans la minute et juste avant que le jeune Beckers ne lui renvoie encore,
« Laisse-moi jusqu’à ce soir, ok. Je t’appellerai et tu verras. Le temps de régler des choses… En attendant, crois un peu en moi. »

Découragée et sans convictions, Perrine ne répondra rien d’autre à ce dernier message tandis que Noah, plus motivé que jamais pour reprendre sa vie amoureuse en main, range son téléphone portable au fond de sa poche, l’air désormais apaisé. Il sait maintenant ce qu’il doit faire pour arrêter d’être le pire des lâches que la terre ait porté.
Maybe it’s time to go home. Peut-être que c’est l’heure de se retrouver.
There’s an awful lot of breathing room // Il y a tant de pièces vides derrière nous.
But I can hardly move // Mais je peine à soulever mes pieds du sol.
If you’re gone – baby, you need to come home // Mais si tu plies bagages… – Baby, tu dois revenir vers moi.
‘Cause there’s a little bit of something in me, in everything in you // Parce qu’il y a un peu de moi, dans chaque part de toi…

Il décide de rompre avec Amy pour choisir la seule qui illumine ses journées et dont le « je t’aime » l’a rendu plus heureux que jamais, sans lui offrir une désagréable impression de ne pas être à sa place…
I bet you’re hard to get over // Je parie que tu peines à surmonter mon absence.
I bet the room just won’t shine // Je parie que les pièces que tu traverses sans moi sont tout simplement ternes et sombres.
I bet my hands. I can stay here // Je parie mes mains et je peux rester là à attendre
I bet you need – more than you mind. Je parie que tu en as besoin, plus que tu ne le penses…
[…]